« Dancing Grandmothers » de Eun-Me Ahn (2016)

Qu’est-ce qu’un(e) chorégraphe (sud-coréenne de surcroît) (en l’occurrence Eun-Me Ahn) a à apporter de nouveau à la danse (ou un homme ou une femme de théâtre au théâtre) ?

Durant les trois-quarts du (passionnant) spectacle « Dancing Grandmothers » (samedi 26 mars à la Mals de Sochaux – MA scène nationale de Montbéliard), la chorégraphe Eun-Me Ahn se montre des plus agaçantes (ce qui fait un des intérêts majeurs du spectacle).

Dans des bains de couleurs (appuyés), percés parfois de (trois) faisceaux de poursuites qui se battent (pathétiquement ?) en duel (allusion à la fête, au cabaret ou au dancing), de fréquents changements de costumes « traditionnels », une chorégraphie à la grammaire approximative, des entrées frisant le ridicule (mimétisme des grandmothers), des courses effrénées avec balancements de bras monocordes, une première longue séquence de danse déconstruite, des projections vidéos parfois illustratives ou naïves (des bancs de poissons au fond de l’océan indien), des choix musicaux (électro) discutables, nous font douter de ses qualités de chorégraphe.

Dans la seconde partie, les jeunes danseurs cèdent la place à des grands-mères qui esquissent quelques pas de danse sur le plateau.

Jusque-là, à part quelques sauts acrobatiques, quelques crises d’hystérie à même le sol, « rien » ne distinguait fondamentalement ces corps jeunes des corps plus âgés (et pour cause…).

Dans le dernier quart du spectacle, les jeunes danseurs, revêtus de justaucorps roses et de pantalons flottants, se lancent soudainement dans une séquence chorégraphique beaucoup plus écrite, beaucoup plus synchronisée (et par là même Eun-Me Ahn se montre une chorégraphe de grand talent – et ses danseurs des danseurs incontestables) et c’est alors que l’on comprend rétrospectivement que la chorégraphie se posait une série de questions (et c’est là son apport à la danse) :

– Qu’est-ce que la chorégraphie ?
– Qui est habilité à danser ? (des danseurs ? de vieilles dames ? le public ?)
– Qui est habilité à être artiste ? Comment devient-on artiste ?
– La danse est-elle source de bonheur ? De gaieté ? (question philosophique bien asiatique) Qu’est-ce que le bonheur ?

A la fin du spectacle, danseurs, grands-mères et public (à l’invitation de la chorégraphe) se rejoignent sur le plateau dans une danse œcuménique. Les questions restent magistralement posées et un commencement de réponse s’est fait jour…

Un spectacle aux effets certes appuyés, mais un grand spectacle.

Mise en scène, chorégraphie, scénographie et costumes : Eun-me Ahn

Avec : Eun-me Ahn, Hyung-kyun Ko, Nam-hyun Woo, Youngmin Jung, Si‑han Park, Hyekyoung Kim, Jihye Ha, Hyo‑sub Bae, Ee‑sul Lee, Kim‑bum Kim, Moon‑seok Choi, Mi‑sook Lee, Lee‑sub Shin, Mi‑kyoung Lee, Sun‑deok Kim, Chang‑nang Ahn, Jung‑hee Yoon, Hee‑sook Choi, Dal‑wha Chung, Jung‑nim Jang, Myunghee Lee, Hong‑bun Son et Sang‑won An

Lumières : Jang Jinyoung ; Vidéo : Tae‑suk Lee ; Costumes et décors : Yunkwan Design

Tournée réalisée : Théâtre de la Ville (page officielle) Paris (dans le cadre du Festival d’Automne à Paris), Le Carré-Les Colonnes ( Saint-Médard-en-Jalles – Bordeaux) ; La Comédie de Clermont-Ferrand Scène nationale ; Le Manège de Reims Scène Nationale ; MC2: Maison de la culture de Grenoble ; Maison de la Danse de Lyon ; Scène Nationale d’Albi.

Prochaines dates : La Comédie De Valence (jeudi 31 mars 2016),Kaserne Basel *Musik* (jeudi 14 avril 2016)

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