Phèdre(s), mise en scène : Krzysztof Warlikowski (2016)

Il n’est pas aisé d’être ANTIQUE et d’être antique AUJOURD’HUI.

Une pièce y réussit magistralement.

Phèdre(s), mise en scène : Krzysztof Warlikowski au Théâtre de l’Odéon, Paris.

Ses « ingrédients » ? :
Une (grande) figure tragique : Isabelle Hubert… et tous ses compagnons-compagnes de scène.
Pour donner de l’ampleur au drame : une scénographie monumentale (et gigogne).
Un non-lieu de passage. Quoi ? Hall d’attente-chambre-antichambre-vestiaire-piscine-arrière-cuisine-évier-du-monde-boucherie-chambre-à-gaz-lieuperdition-pluriel ?
Pour rendre le monumental du récit : les acteurs-trices sonorisé-e-s ; leurs corps, leurs visages filmés et projetés en gros plans sur le mur de fond de scène ou sur les côtés…
Un grand récit narré : trois heures dix (il faut ça)
Pour rendre le souffle du drame : une dramaturgie à tiroirs, la même épopée interminable triplée (le « même » récit joué à trois reprises pour mieux en souligner la fatalité – et pourtant on a l’impression que « quelque chose » avance…)
Une alternance d’interprétation entre l’incarnation et la narration. Espace et jeu épiques.

Une « efficace » dramaturgique :

Acte 1 et 2 : Wajdi Mouawad
« Acte 1 » : La chambre (gigogne) du « fils » aspire à pénétrer dans la chambre (le décor gigantesque) de la « mère », comme une mère pourrait être grosse du fils. Le fils-fauve tourne en rond dans sa cage.

« Acte 2 » : le « fils » pénètre dans le lit de la « mère ».
La mère tue l’enfant puis se pend.

Acte 3 : Sarah Kane
« Acte 3 » : La chambre du « fils » est dans le ventre de la « mère ».
La « mère » pénètre dans la chambre du « fils ».
Le fils repousse dédaigneusement les avances de la « mère », la « mère » humiliée se pend.

Actes 4 et 5 : John Maxwell Coetzee
La chambre du « fils » se retire du ventre de la « mère ».
« Acte 4 » : La « mère » morte est dans la chambre du « fils ». Le père veut se venger. Le carnage est total.
« Acte 5 » :
L’exégèse : Elizabeth Costello, réincarnation de Phèdre en conférencière.
Epilogue : Jean Racine. Parce qu’on rejoue sempiternellement la même scène originelle.

Une figure traverse toute la pièce Rosalba Torres Guerrero : le désir (tabou).

Phèdre(s) Wajdi Mouawad – Sarah Kane – John Maxwell Coetzee, mise en scène : Krzysztof Warlikowski, avec Isabelle Huppert, Agata Buzek, Andrzej Chyra, Alex Descas, Gaël Kamilindi, Norah Krief, Rosalba Torres Guerrero au Théâtre de l’Odéon, Paris.

Dramaturgie : Piotr Gruszczyński ; décor et costumes : Małgorzata Szczęśniak ; collaboration aux costumes : Géraldine Ingremeau ; Musique originale : Paweł Mykietyn ; Lumière : Felice Ross ; Vidéo : Denis Guéguin ; Chorégraphie : Claude Bardouil ; Maquillage, coiffures, perruques : Sylvie Cailler, Jocelyne Milazzo, Assistant à la mise en scène : Christophe Sermet

Au Théâtre de l’Odéon, Paris jusqu’au 13 mai 2016.

Puis en tournée en 2016 : La Comédie de Clermont-Ferrand – scène nationale (chanceux clermontois-toises ! grâce à Jean-Marc Grangier, son directeur) du 27 au 29 mai, Barbican – London & LIFT (du 9 au 18 juin) ; Grand théâtre de Luxembourg (les 26 et 27 novembre) ; Théâtre de Liège (les 9, 10, 11 décembre) ; Onassis Cultuel Centre – Athens (les 20, 21, 22 décembre).

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