« Ça ira (1), fin de Louis » Joël Pommerat (2016)

« Ça ira (1), fin de Louis ». Joël Pommerat : metteur en scène de protocoles.

Joël Pommerat utilise des formes rituelles préexistantes et prend un joyeux plaisir à les reproduire et à les mettre en scène.

Déjà en 2006, « Les Marchands » représentaient les protocoles du monde de l’entreprise dans une suite de chambres d’hôtels impersonnelles, dans « Ça ira (1), fin de Louis », Joël Pommerat s’en donne à cœur joie : déclaration du Monarque Louis et du premier ministre à la Nation ; conseil des ministres ; arrivées du chef de l’État lors de diverses cérémonies ; à l’occasion du discours du Monarque aux corps constitués en présence de l’archevêque, reportage d’une journaliste à l’intention d’une communauté espagnole avec traduction simultanée ; nombreuses séances à l’Assemblée Nationale en présence de greffiers affairés et de huissiers porteurs de nombreuses dépêches ; joutes oratoires entre députés ; meeting politique (dans « Ça ira (1), fin de Louis », un des points d’orgue du spectacle sans doute est l’arrivée du Monarque flanqué de gardes du corps par le haut de la salle traversant les rangs des spectateurs comme autant de partisans, à grand renfort de musique électorale tonitruante) ; comités de quartier ; réunions, etc.

De la même façon, le spectacle de Joël Pommerat « Ça ira (1), fin de Louis » est « une mise en scène d’allocutions » : du roi à la chambre des députés, du Président de l’Assemblée Nationale à ses collègues, de parlementaires, de petites gens, de journaliste, etc.

Le contexte historique, ayant été traversé – comme on le sait – de tumultes violents, autorise au metteur en scène l’organisation, au sein même de son spectacle-protocoles, de très nombreux dérapages : successions de pugilats entre députés ; baiser d’une femme du peuple sur la bouche du Monarque ; désemparement absolu du Monarque et de la Reine évoluant dans ce tourbillon de l’Histoire comme deux étourneaux ahuris ; entorses aux règles de la préséance ; immixtion des affaires privées dans les affaires publiques : chagrin de la Reine à la suite de la mort de son fils, le dauphin ; souhait de la reine de voir le premier Ministre démis de ses fonctions, déchéance de la Monarchie, militaires chargés de la protection du roi usant du billard monarchique pour faire une partie, etc.

L’imposant dispositif qui présidait à la vie du Monarque au début du spectacle s’étiole peu à peu et disparaît comme peau de chagrin : pendant les combats qui font rage à l’extérieur, Louis reçoit les représentantes des femmes venues le chercher à Versailles pour le ramener à Paris sur une simple chaise…

Dans cette succession de tableaux ultra-réglés, « Ça ira (1), fin de Louis » (« une fiction politique contemporaine inspirée du processus de 1789 »)(les comédiens sont en costumes d’aujourd’hui) reconstitue sous nos yeux la Révolution Française « comme si on y était. »

Sans s’économiser, les comédiens (sonorisés) rejouent (vociférant, s’égosillant parfois) ces hauts faits historiques avec ferveur.

Durant toutes ces séances, le public est partie prenante. Les discours lui étant souvent adressés, des députés répondant à leurs collègues depuis les allées et les fauteuils d’orchestre, des applaudissements émis par des forces vives surgissant dans le dos des spectateurs (les premières fois, chacun, croyant que ces applaudissements si fournis sont enregistrés, est bluffé), la salle en son entier devient le Palais Bourbon et chaque spectateur peut se croire à son tour devenu un représentant de la communauté nationale : il est « sommé » de se positionner, il ne peut pas rester indifférent, il est concerné.

Une fresque de 4 h 20 !

De la bouche du Monarque, attaché à se remonter le moral, sortent les ultimes mots du spectacle : « Ça ira, Ça ira ».

Un théâtre-citoyen : le pari de cette équipe très nombreuse orchestrée d’une main de maître.

Création théâtrale : Joël Pommerat ; avec : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Eric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola, Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir

Scénographie et lumières : Éric Soyer ; Costumes et recherches visuelles : Isabelle Deffin ; Son : François Leymarie, Grégoire Leymarie ; Dramaturgie : Marion Boudier ; Collaboration artistique : Marie Piemontese, Philippe Carbonneaux ; Assistante à la mise en scène : Lucia Trotta ; Conseiller historique : Guillaume Mazeau ; Direction technique : Emmanuel Abate ; Régie lumière : Julien Chatenet, Gwendal Malard ; Régie son : Grégoire Leymarie ; Régie plateau : Jean-Pierre Costanziello, Mathieu Mironnet, Pierre-Yves Le Borgne ; Habilleuses : Claire Lezer, Siegrid Petit-Imbert, Lise Crétiaux

Production : Cie Louis Brouillard. Coproduction : Théâtre Nanterre-Amandiers ; LE MANEGE MAUBEUGE MONS ; Théâtre National Bruxelles ; MITsp – Mostra Internacional de Teatro, Sao Paulo ; Les Théâtres de la Ville de Luxembourg ; MC2 : Grenoble ; La Filature, Scène nationale – Mulhouse ; Espace Malraux, SN Chambéry ; Théâtre du Nord CDN Lille-Tourcoing ; FACM, Festival théâtral du Val d’Oise ;L’apostrophe scène nationale Cergy-Pontoise ; Centre National des Arts Ottawa ; Tnp Villeurbanne ; Célestins, Théâtre de Lyon ; Le Volcan – Scène nationale du Havre ; Théâtre Le Rive Gauche, St Étienne du Rouvray ; Bonlieu Scène nationale, Annecy ; Le Grand T, Nantes.

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