« Empire » de Milo Rau (2016)

Pendant un grand laps de temps (une heure ? Une heure et demi ?), il ne se passe pas grand-chose (on trouve même le temps de « s’ennuyer »).

Les quatre comédiens entrent, font pivoter le décor. La façade en ruines ayant subi des bombardements cède la place à l’intérieur d’une cuisine kitch tout équipée.

Tour à tour, les comédiens se succèdent sur les chaises de la cuisine ou derrière la caméra pour filmer leurs partenaires. Les images du film sont projetées sur l’écran situé au-dessus de leur tête.

Issue d’une famille juive, Maia Morgenstern est roumaine. Akillas Karazissis est grec. Les deux autres Ramo Ali et Rami Khalaf sont syriens.

Tous les quatre sont comédiens.

Ils racontent leurs histoires.

Aux quatre coins du monde – ou presque – toutes les vies se ressemblant, leurs vies n’ont rien d’extraordinaire. Justifient-elles une pièce de théâtre ?

Sans qu’il ne se passe quoi que ce soit d’autre (les comédiens poursuivant leur récit et le filmage de leurs témoignages respectifs), soudain nous tombons dans l’extraordinaire.

Les deux comédiens syriens ont connu la guerre en Syrie. Victimes de Bachar El Assad, ils ont dû fuir son régime. L’un a connu la prison (il nous montre la photo de la porte de sa cellule), l’autre a dû partir en exil.

Dès cet instant, nous sommes sidérés.

Sur quoi cela fonctionne-t-il ?

Bon nombre de spectacles cherchent à atteindre un effet de réel. Un personnage souffre par exemple et l’on voudrait faire croire à sa souffrance.

Dans « Empire », cet effort est inutile. Les personnes qui sont devant nous ont réellement souffert. Elles ont réellement (et récemment) connu la persécution, la torture, la disparition d’un frère (dans les geôles de Bachar El Assad) ou d’une cousine (lors d’un attentat en Syrie), de leurs proches, la perte de leur père ou de leur mère durant leur exil…

Les médias parlent de la guerre en Syrie, des vagues de migrants, etc. Pour nous occidentaux, ces personnes ne sont que des milliers d’anonymes.

A la télévision ou au cinéma, nous pouvons voir certains visages de ces (milliers millions) d’aspirants à l’asile.

Dans « Empire », ce ne sont pas des personnes abstraites, mais des femmes et des hommes qui témoignent (sans véhémence) devant nous.

L’effet de réel est sidérant.

Nous sommes littéralement subjugués.

Conception, texte et mise en scène : Milo Rau ; Texte et performance : Ramo Ali, Akillas Karazissis, Rami Khalaf, Maia Morgenstern ; Musique : Eleni Karaindrou ; Scénographie et costumes : Anton Lukas ; Vidéo : Marc Stephan ; Dramaturgie et recherche : Stefan Bläske, Mirjam Knapp ; Son : Jens Baudisch; Technique : Aymrik Pech ; Assistanat mise en scène : Anna Königshofer ; Assistanat scénographie et costumes : Sarah Hoemske ; Stagiaire mise en scène : Laura Locher ; Stagiaires dramaturgie : Marie Roth, Riccardo Raschi

Au Théâtre de Vidy Lausanne, puis : Bonlieu Scène nationale d’Annecy ; Tamdem Théâtre d’Arras / Hippodrome Douai ; au Théâtre Nanterre-Amandiers.

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