« La cloche de détresse » de Sylvia Plath

On le sait (on le sait ?) les civilisations (occidentales, orientales, méridionales, asiatiques, etc.) auront fait un pas de géant en avant lorsqu’elles en auront définitivement terminé avec l’inégalité (encore criante majoritairement) entre les hommes et les femmes. C’est là un des enjeux majeurs du XXIe siècle et un des principaux gages de la pacification entre les peuples et à l’intérieur de chaque nation. En France – notamment dans le milieu culturel -, nous avons, visibles également sur les réseaux sociaux, quelques exemples de ce combat inachevé à l’occasion de débats sur la place des femmes à la tête des Centres Dramatiques Nationaux trop longtemps réservés à l’exclusivité des hommes (même s’il ne s’agit pas dans ce domaine de la seule injustice à réparer : on pense à la diversité sociale, ethnique, culturelle…) C’est pourquoi, à titre personnel, au sujet de l’égalité entre les hommes et les femmes, je suis si attiré, comme d’aucuns, par quelques pièces d’Henrik Ibsen : « La dame de la mer », « Hedda Gabler » ou même « Rosmersholm ».

Mais suffit.

Dans son premier et unique roman écrit en 1963 (juste avant son suicide), « La cloche de détresse » (également traduit « La cloche de verre »), Sylvia Plath (icône de la littérature américaine) parle de la domination des hommes (si sûrs d’eux !) ; en germe chez les jeunes hommes – futurs pères, de l’insupportable patriarcat (principal thème de son recueil de poèmes : « Ariel » – 1960/1962) prolongé par la domination patriarcale du corps médical (même lorsque celui-ci est dirigé par des médecins-femmes qui se montrent rassurantes et compréhensives) et du milieu psychiatrique et hospitalier de son époque (nous tombons ici en plein champ exploré par Antonin Artaud : « Artaud le Mômo », « Les malades et les médecins », « J’ai passé dix ans avec des aliénés » ou par Thomas Bernhard dans ses grands romans autobiographiques sur la maladie, la médecine et les hôpitaux : « Le souffle », « Le froid », « Oui ») avec leur arsenal d’asiles, de chambres d’isolement, de coercition par voie d’infirmiers musclés, d’électrochocs (jamais consentis), d’opérations de lobotomie (aux conséquences souvent désastreuses), etc.

A l’entame de « La cloche de détresse » (introduit par cette phrase prémonitoire : « C’était un été étrange et étouffant, l’été où ils ont électrocuté les Rosenberg… »), l’héroïne du roman, Esther Greenwood, dix-neuf ans, est à New York en compagnie de onze autres lauréates d’un concours de poésie organisé par un magazine de mode.

Dans les pages qui suivent, elle parle de son désir de devenir artiste et écrivaine ; (parce qu’elle veut devenir amoureuse) de ses tentatives d’histoires d’amour (toutes pathétiques du fait des hommes) (aucun homme dans ce roman n’est à racheter vraiment) (on a envie de hurler : « Mais fichez-lui la paix »), suivies de ses diverses tentatives de suicide (crûment décrites), de ses cures et de ses différents placements dans le milieu hospitalier, clos par son désir ardent d’échapper à la détresse et à la cloche de verre qui plane au-dessus de sa tête…

Le plus désespéré chez Sylvia Plath n’est pas qu’elle porte sur les hommes et sur la vie en général un regard aigu, acerbe, au scalpel, désillusionné ; mais que son regard souvent caustique soit dénué de toute illusion : voilà ce qui est le plus désespérant…

Sans autre commentaire.

Magnifique.

Chez Gallimard L’imaginaire.

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