« Les Damnés » d’Ivo van Hove (2016)

Longtemps la cour d’honneur d’Avignon (et ses spectateurs) se souviendront de l’immense surface orange du décor des « Damnés » d’Ivo van Hove.

Orange.

Quelle étrange couleur (au passage très esthétique) ! En 1933, teinte annonciatrice de la couleur brune du National-Socialisme ? A l’heure actuelle, couleur des prisonniers de Guantánamo récupérée (les totalitarismes s’enfantent-ils les uns les autres ?) par les soutiers de Daesh adeptes d’un totalitarisme nouveau.

Est-ce là ce que suggère l’ultime image du spectacle d’Ivo van Hove lorsque Martin von Essenbeck empoigne une kalachnikov et tire par rafales sur les spectateurs dans les travées de la cour d’honneur comme pour nous rappeler de tragiques événements récents ?

Une déclinaison (moderne) d’un théâtre brechtien s’offre à nous. Tout est à vue. Les comédiens se changent sous nos yeux. A leur entour, telle une machination, la machinerie théâtrale est à nue. A jardin, les loges (des comédiens) sont à proximité des lits (des personnages). A cour, les cercueils les attendent. L’urne funéraire, qui accumule indifféremment leurs cendres mêlées, est à l’avant-scène.

Théâtre cinématographique : non parce que le scénario du film de Luchino Visconti constitue le matériau premier du spectacle mais parce que les comédiens sont filmés en permanence et font l’objet d’un constant… reportage.

Tout dans le dispositif et tout dans le scénario (préalablement écrit) accentue la fatalité du spectacle et semble nous dire son inéluctable fin.

Dans cette cour d’honneur du Palais des Papes (aux moments paroxystiques du spectacle, l’image du public-témoin est diffusée sur l’écran en fond de scène), on ne sait exactement à quoi nous sommes conviés.

Bis repetita : théâtre-cinématographique, théâtre du fondu-enchaîné (parfois les scènes s’enchâssent les unes dans les autres sans prévenir), théâtre doublé par la vidéo, théâtre cérémoniel/rituel (Pasolini), théâtres des origines (on retrouve tout dans ce spectacle : les Atrides, Shakespeare…) Fresque d’une famille d’industriels, épopée de toute la nation allemande.

Dans la grande cour d’honneur du Palais des Papes (qui fut à l’origine également une église), ce théâtre prend parfois les allures d’un théâtre-messe,

D’un… requiem (prémonitoire ?)

A quel destinataire ?

Peut-être à l’attention de nos sociétés occidentales et (nous ne l’espérons pas) à celles de nos (vieilles ?) démocraties déclinantes ?

Le spectacle d’Ivo van Hove est gigantesque.

« Les Damnés » d’après Luchiano Visconti interprétés par la troupe de la Comédie Française au festival d’Avignon.

Avec : Sylvia Bergé, Éric Génovèse, Denis Podalydès, Alexandre Pavloff, Guillaume Gallienne, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Adeline d’Hermy, Clément Hervieu-Léger, Jennifer Decker, Didier Sandre, Christophe Montenez et Basile Alaïmalaïs, Sébastien Baulain, Thomas Gendronneau, Ghislain Grellier, Oscar Lesage, Stephen Tordo, Tom Wozniczka

Solistes Bl!ndman [Sax] : Koen Maas, Roeland Vanhoorne, Piet Rebel, Raf Minten

Mise en scène : Ivo van Hove ; Scénographie et lumières : Jan Versweyveld ; Costumes : An d’Huys ; Vidéo : Tal Yarden ; Musique originale et concept sonore : Eric Sleichim ; Dramaturgie : Bart Van den Eynde ; Assistant à la mise en scène : Laurent Delvert ; Assistant à la scénographie : Roel Van Berckelaer ; Assistant aux lumières : François Thouret ; Assistant au son : Lucas Lelièvre.

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