« Nocturama » de Bertrand Bonello (2016)

Dans le titre « Nocturama » de Bertrand Bonello (2016), on entend le mot nuit bien sûr, mais également le mot cinéma.

Le film est peut-être avant tout dans Paris (il n’y aura pas de récit du film ici) (courez le voir) une immense variation de déambulations : au début du film déambulations concertées, dans la deuxième partie du film déambulations aléatoires, puis arrêt (brutal) de toute déambulation à la fin du film.

Comme Nathalie Sarraute (avec d’autres) a « inventé » le nouveau roman, Bertrand Bonello « invente » peut-être le « nouveau cinéma » (le tropisme cinématographique) : une figure sensorielle est explorée ; cette exploration et son élucidation priment avant tout.

A travers le monde, il existe, nous l’imaginons bien, des lieux hyper-sécurisés (la sécurité est l’un des thèmes du film de Bonello). Par exemple, on ne survole pas à sa guise la Statue de la Liberté. Dans sa pièce « Static » en 2009 (on imagine les heures – les jours de négociation avec les forces de sécurité), le plasticien britannique Steve Mc Queen avait réussi la performance de faire des tours d’hélicoptère autour de la statue comme personne avant lui ne l’avait fait et comme personne ne l’avait jamais montrée.

Juste pour les premières images de « Nocturama », le film de Bonello mérite presque d’être vu : Paris vu du ciel comme personne – peut-être – ne l’avait jamais filmé…

Ensuite, le film déroule ses trois parties.

Premièrement, la déambulation concertée. Nous suivons un groupe de personnages dans le métro, dans les rues, dans des lieux, dans des immeubles de Paris. Nous devons élucider tout d’abord qui ils sont. Au milieu des passants, qui est un personnage du film et qui ne l’est pas ? Combien sont-ils ? Ils sont tendus, concentrés. De manière synchronisée (un décompte du temps est égrené), ils exécutent, nous le sentons, un plan déterminé…A lui seul, celui-ci nous tient en haleine.

Plusieurs flashbacks scandent cette partie : au cours de l’un de ces retours en arrière, nous retrouvons pour la première fois tous les personnages réunis. D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Quels liens les unissent ? Comment se sont-ils rencontrés ? Quelle est leur « préhistoire » ?

Leurs origines sociales et géographiques (comme leurs mobiles) sont troubles. Bonello prend soin de ne rien expliquer, de ne rien justifier. Certains des personnages sont issus de la grande bourgeoisie parisienne (le souvenir du groupe Baader-Meinhof traverse l’esprit) (ils sont inscrits à Sciences-Po), l’un des membres du groupe connaît même le Ministre de l’Intérieur… D’autres viennent de la banlieue…

La première partie de leur plan exécutée, ils font, dans la deuxième partie du film, une station – un huis-clos – dans un grand magasin. Là, dans les rayons de la Samaritaine, ils exécutent une seconde variation de déambulations non-préméditées celles-là, aléatoires, « improvisées », laissant libre cours au hasard, à l’imprévu, à l’imagination, aux fantasmes et aux pulsions même de chacun.

Le magasin devient une suite de galeries. On oublierait presque que nous nous situons dans un (haut) lieu de consommation. Si dans la première partie du film, nous sillonnons le métro avec de vrais voyageurs, etc. ; dans la seconde partie, nous évoluons dans un lieu plus irréel, plus « onirique ». De rayons en rayons, que l’on pourrait penser factices, reconstitués, on jurerait suivre les personnages du stand des marié-e-s au stand des jouets, de celui des mannequins à celui des vêtements (où certains personnages retrouvent mêmes leurs clones) comme nous parcourrions les travées d’une foire d’art contemporain, chaque stand nous réservant son univers et son lot de surprises.

La fin du film approche. Avec elle, c’est la fin du voyage. La récréation est terminée, c’est le retour (brutal, violent) à la réalité. Une machine implacable s’est mise en marche. Tout le monde descend, spectateurs compris.

On pense à « Elephant » de Gus Van Sant (on y pense tout au long du film). Tout aussi radicale (et « faucheuse ») que la fin du film du réalisateur américain, la fin du long-métrage de Bonello sur ce point ne nous détrompe pas…

« The Host and the Cloud » (captation de trois journées dans le Musée des Arts et Traditions Populaires désaffecté, avec reconstitution du procès d’Action Directe, couronnement de Bokassa, etc.) de Pierre Huyghe constitue certainement également une autre source majeure de ce…

Grand film

avec Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers, Meziani Hamza ; Manal Issa-actress ; Rabah Nait Oufella ; Martin Guyot ; Laure Valentinelli ; Ilias le Doré ; Robin Goldbromm ; Luis Rego ; Hermine Karagheuz ; Adèle Haenel

 

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