« Rester vertical » Alain Guiraudie (2016)

Alain Guiraudie : « Rester vertical » : l’anti-conformisme et le non-politiquement correct absolu.

Combien de fois, à la sortie d’un spectacle, on entend dire de la bouche d’un-e spectateur-trice : « J’ai été pris-e en otage » « Je ne le voulais pas » (etc.), tandis qu’il-elle a assisté à un spectacle auquel il-elle est venu-e de plein gré et au cours duquel un artiste s’est contenté de faire son métier (c’est la loi du genre), c’est-à-dire dans certains cas : se montrer à nu (dans le but de se faire aimer même tel qu’il est !), montrer le réel sans fard, etc. ; considérant que : « Rien de ce qui est humain ne lui est étranger » (ni à l’artiste ni au spectateur) (ou ne devrait l’être) ?

Le film d’Alain Guiraudie : « Rester vertical » produira peut-être le même type d’effet, malheureusement.

Avec son film direct, cru, âpre (comme un causse des Cévennes), Alain Guiraudie nous montre le monde (ou une partie du moins) « tel qu’il est », effectivement.

Le film nous dit (par exemple) : « Vous désirez voir l’Origine du monde ? Vous savez ce que c’est ? », eh bien je vais vous la montrer ! Et sans prévenir (un-e artiste n’étant pas un homme-une femme qui demande l’autorisation), il nous la montre et nous nous la prenons (l’origine du monde, la vraie) en pleine face.

Dans ce film d’obédience pasolinienne, sorte de « pastiche » génial de « Théorème », un homme (Damien Bonnard prêtant son corps un peu gauche et maladroit à son personnage Léo – saint ou diabolique ? -) arrivant dans un lieu (une maison bourgeoise chez Pasolini), un territoire beaucoup plus éclaté chez Guiraudie (les Cévennes, le marais poitevin, un port breton) devient objet désirant et/ou objet de désir – en tout cas révélateur ou support de projection – de toutes les personnes qu’il croise : amant d’une bergère (prénommée Marie…) (interprétée par India Hair) puis père de leur enfant dont il s‘occupera seul suite à l’abandon de la mère, courtisan d’un jeune homme croisé sur la route (travelling-avant au travers de bocages – première scène du film : « Vous n’avez jamais pensé à faire du cinéma ? »), puis objet de désir du père de Marie et grand-père de leur enfant (Raphaël Thiery), amant de la dernière heure (passeur de vie à trépas) du papy adoptif du jeune éphèbe (pasolinien) croisé sur la route (incontestablement l’une des scènes les plus fortes et les plus subversives du film)…

Qui est Léo ? Est-il proie ou chasseur ? Loup ou agneau ?

Tout en manipulant le conte et l’autodérision avec maestria (l’une des scènes les plus drôles du film est sans doute la sortie de Léo d’une gendarmerie nationale échouée en – pleine – rase campagne – comme il en existe sûrement à foison), le film, avant tout une fable (ce qui crée la distance nécessaire) montre (à juste titre) ce que le moralisme ambiant voudrait taire ; à savoir, entre autres…

Oui (c’est une porte ouverte défoncée) l’homosexualité existe. Oui, dans homosexualité, il y a … n’en déplaise à d’aucuns… le mot : sexualité. Oui, à tout âge et suivant tous les physiques, un corps éprouve du désir, etc.

Certaines scènes du film resteront incontestablement dans l’histoire du cinéma.

(Malheureusement ou dommage) « à ne pas remettre entre toutes les mains » ?, ce (grand) film, aspirant à ce que nous restions tous verticaux, se destine pourtant… à tous.

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