« Democraty in America » librement inspiré de l’essai d’Alexis de Tocqueville, mise en scène de Roméo Castellucci (2017)

Roméo Castellucci est un plasticien du plateau.

On retrouve le même savoir-faire : l’usage de cycloramas translucides, la vision du spectacle par transparence, le floutage, le passage obligé (?) du nu, le parement de fluides sanguins, un théâtre-cérémonial, une parade de choristes-danseuses porte-drapeaux munies chacune d’une lettre dont l’agencement laisse apparaître le titre du spectacle puis avec les mêmes lettres mélangées diverses déconstructions du titre.

« Soudain » le plateau nu se dévoile pour une longue scène entre un couple de farmers… Un sujet de « Democraty in America » est identique à celui de « Sur le concept du vrai visage de Dieu » : la religion ou plus exactement de l’impuissance humaine et de l’impossibilité de prouver l’existence de Dieu par la démonstration (ouverture de porte défoncée) de la non-intervention divine. Endolorie, la fermière s’enfuit dans le bois pour blasphémer ; abandonnée, la créature est contrainte de sacrifier son enfant…

Le spectacle continue de se dérouler : jansénisme esthétique ; croyance en des forces supra-terrestres (la scène des sculptures flottantes) ; défilé de scènes rituelles en costumes rouges à collerettes blanches ou costumes blancs et noirs de légistes ? de juges ? de médecins ? ou de professeurs d’universités ? De nombreuses chorégraphies de danses d’origines albanaises, hongroises, etc.

L’autre sujet de « Democraty in America » est la langue (le langage), l’usage dans certaines religions de glossolalies (donc l’emploi de langages des origines), le passage des langues primitives à la rédaction des lois les plus élaborées.

La démarche artistique peine-t-elle à se renouveler ?

« On s’ennuie doucement ».

A Roméo Castellucci, nous devons : « Orestea (una commedia organica) » d’après Eschyle (1995) ; « Sul concetto di volto nel figlio di Dio » (2011) ; « The Four Seasons Restaurant » (2012) ; « Go down, Moses » (2014) ; « Giulio Cesare. Pezzi Staccati » (2014) ; « Oedipus der Tyrann » (2015).

On peut aimer un spectacle pour une seule scène, fût-elle finale ! Le renouvellement apparaît. Dans une forme austère déjà usitée (la descente à la rampe de deux silhouettes), deux comédiennes en costumes traditionnels d’indiens (d’indiennes) réussis, recouverte-s de couvertures d’un très beau bleu ciel, coiffées d’une plume, donnant parfaitement le change, parlant le dialecte indien, évoque la persécution dont les indiens ont fait l’objet et comment les blancs expansionnistes (les mêmes fermiers de tout à l’heure) dédaignent leurs langues tandis qu’eux-mêmes devraient apprendre la leur.

Pourquoi ? « Pour savoir où le ruisseau se rend ».

Les comédiennes se dévêtent et abandonnent leurs peaux caoutchoutées sur la perche métallique qui leur sert d’agrès…

Du 30 mars au 2 avril au Théâtre de Vidy de Lausanne, du 13 au 15 juin au Festival Printemps des Comédiens de Montpellier, du 12 au 22 octobre à la MC93 de Bobigny (dans le cadre du Festival d’Automne à Paris).

Mise en scène, décor, costumes et lumière : Romeo Castellucci ; Textes : Claudia Castellucci, Romeo Castellucci ; Musique : Scott Gibbons ; Assistanat à la mise en scène : Maria Vittoria Bellingeri ; Maître répétiteur : Evelin Facchini ; Mécanismes et sculptures de scène : Istvan Zimmermann, Giovanna Amoroso ; Réalisation des costumes : Grazia Bagnaresi ; technicien lumière : Marco Alba ; technicien son : Paolo Cillerai.

Avec : Olivia Corsini, Giulia Perelli, Gloria Dorliguzzo, Evelin Facchini, Stefania Tansini, Sophia Danae Vorvila

Et avec douze danseuses locales : Clara Boitet, Amélie Demont, Jeanne Demont, Judith Desse, Emma Dufief, Marion Geisler, Lola Kervroedan, Melina Martin, Vivian Michaelidou, Estelle Roux, Clelia Vuille, Daniela Zaghini.

Chorégraphies librement inspirées par les traditions folkloriques d’Albanie, de Grèce, du Botswana, d’Angleterre, de Hongrie, de Sardaigne. Avec les interventions chorégraphiques d’Evelin Facchini, Gloria Dorliguzzo, Stefania Tansini, Sophia Danae Vorvila.

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