« Paresse » d’après « Le droit à la paresse » de Paul Lafargue et autres textes. Mise en scène de et avec Maxime Kerzanet (2017)

Maxime Kerzanet n’étant pas à un paradoxe près a beaucoup travaillé et usé de beaucoup d’imagination pour faire son spectacle sur la paresse.

Tout d’abord il a beaucoup lu. Outre Paul Lafargue, il convoque Karl Marx (« Le Capital »), Auguste Comte, Armand Gatti et quelques autres.

Comme il a également fait force usage (par paresse) de Wikipédia dans son spectacle, nous n’hésitons pas à user (par paresse) du même moyen  pour résumer la pensée de Lafargue. Ce… gendre de Karl Marx « s’étonne de ‘‘l’étrange folie’’ qu’est l’amour que la classe ouvrière porte au travail alors qu’il décrit celui-ci comme ‘‘la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique’’ ». Au lieu de libérer l’humain le travail aliène : « Dans ce contexte de révolution industrielle et de progrès technique, la machine, au lieu de libérer l’humain du travail le plus pénible, entre en concurrence avec lui. » La production produit de la surconsommation et la surconsommation produit à son tour de la surproduction, etc.

Mathieu Kerzanet en jeune homme alité (dans sa chambre d’adolescent : affaires au sol, aliments, ordinateur allumé, guitare électrique, sampler…) fait appel à moult personnages, en premier lieu : le paresseux. Entrant dans la cave, nous découvrons le comédien allongé à même le sol sur un matelas. Lorsque le spectacle démarre, il peine à se lever (difficulté à allumer la cafetière). Très tôt, il convoque son double dissimulé sous la capuche de son peignoir, un second personnage aux grandes dents (l’interlocuteur avec lequel il instaurera un dialogue – il fallait trouver un moyen apparemment – tout au long de la représentation). Relativement à la conduite du spectacle, ces deux-là sont en désaccord constant. Ce double (copain qui zozotte) fera usage de profusion d’orange, de chewing-gum pour se fabriquer de fausses (grandes) dents (dans l’intention de tourner la situation en dérision). Peut-être une simple autre « voix » aurait suffi parfois  ?

L’adolescent est dans sa chambre, dans son lit, il n’a pas envie de travailler, de concourir au grand bal de la productivité, de la réussite, du profit, du gain, de la rentabilité… Il revendique (artistement ? poétiquement ? socialement ?) le droit à la paresse, à l’oisiveté, à l’improductivité. Dans sa chambre, il est visité, en dehors de son monstre, par la figure du député qui déclame comme en meeting les doctrines de Lafargue ; puis par le « poète au travail », drôle, vaniteux, imbu de lui-même, multipliant ses jeux de mots de star (après avoir tenu la main d’une spectatrice, lui disant : c’est maintenant ‘‘main-tenant’’, qualifiant ses jeux de mots ‘‘poétiques’’ de : ‘‘cadeaux’’).

Pour mener son spectacle à bien, Maxime Kerzanet se travestit, s’enlaidit (la pomme croquée puis recrachée), se grossit (enfile un oreiller sous son tee-shirt qui arbore l’emblème communiste), fait de l’exercice physique (il faut bien s’entretenir), s’affuble de chapeau et de perruque, raconte deux blagues vaseuses, joue de la musique, chante (très bien) (c’est bien à regarder un comédien qui sait tout faire). Puis il se laisse aller (toujours par autodérision) (quoique ?) (à la mélancolie). Sortant de dessous son matelas un pistolet, il menace d’attenter à ses jours. La balle traverse la tête, les morceaux de cervelle sont projetés sur une spectatrice située trop près. Puis non, c’était une nouvelle parodie. L’acteur cite Armand Gatti, puis il tire sa révérence par un ultime morceau de musique.

Les dernières représentations auront lieu dans le festival de Caves à Orléans le 14 juin 2017 et à Paris les 17 et 18 juin 2017.

Renseignements et réservations au : 03.63.35.71.04 En ligne : www.festivaldecaves.fr

Photo © Studio Marulaz / Patrice Forsans

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