Daniel Buren

Artiste français né en 1938 à Boulogne-Billancourt.

Daniel Buren : « Dire qu’une œuvre est spectaculaire c’est ne rien dire à propos de l’œuvre en question. C’est une manière d’allécher le badaud tout à fait identique à celle qui consistait à faire rentrer les spectateurs dans les cirques pour leur exhiber la femme à barbe ou l’homme serpent. Il faut dire de l’art qu’il est toujours hors du commun. Pour ce faire, tout peut être transformé en spectaculaire et peu y résiste : pour Ryman par exemple, dont l’œuvre est tout sauf spectaculaire, on nous expliquera que ce qui est spectaculaire dans ce travail, c’est qu’il refuse complètement de l’être ! Ensuite, on caractérisera les productions artistiques sur ce que certains percevront comme des manies sans étudier une seconde ce que ces caractéristiques veulent dire. Sont-elles par exemple des obsessions, des répétitions stupides, un manque total d’imagination ou bien le résultat d’une rigueur à nulle autre pareille, une étude si précise qu’elle continue à produire des effets par accumulation, etc. ? Peut-on réduire Huecker à un planteur de clous, même si c’est pour l’encenser, On Kawara à un peintre en lettres, Richard Long à un marcheur impénitent… Tous « spectaculaires » à leur manière… Associé à mon travail, le mot « spectaculaire » n’est pas plus approprié qu’il ne l’est en général lorsqu’il est utilisé pour d’autres œuvres, surtout lorsque ces œuvres ne sont pas spectaculaires ou pour le moins ne présentent pas le fait ni le besoin d’être « spectaculaires » en point de mire pour exister. Pour certains artistes c’est le but qu’ils se proposent, mais, pour beaucoup d’autres qu’on affublera du même mot, ce n’est absolument pas le cas. Les premières œuvres de Bob Ryman où personne ne voyait grand-chose de palpitant à part du blanc et encore du blanc, donc des œuvres parmi les moins spectaculaires du monde, les plus insignifiantes, les plus modestes, les plus non spectaculaires possibles et qui sont prises aujourd’hui pour exactement le contraire et pour précisément les mêmes raisons. Tous ces adjectifs (« spectaculaire », « grandiose », « monumental », « étourdissant », « magnifique », « exceptionnel ») remplacent aujourd’hui avec des dizaines d’autres termes du même genre, et à eux seuls, tous les débats et analyses possibles sur les œuvres qui, résumées d’autre part sous le vocable fourre-tout « d’art contemporain » sont annihilées par la plupart des compliments grandiloquents sous lesquels on les ensevelit. »

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