« Labo Ratoir(e) » (A hauteur d’une cave) Gaëlle Hauger (2017)

Moins attrayant lorsqu’il est « un lieu de plus » où l’on fabrique des produits « culturels », le Festival de Caves est passionnant quand il est un lieu d’expérimentations, de tentatives, d’expériences, également un lieu de questionnements sur le théâtre et de recherches ALTERNATIVES (sinon : à quoi bon ? aurait-on presque envie de dire), un lieu où l’on prend des risques (plus ou moins calculés), un lieu où l’on mène non pas quelque recherche gratuite et injustifiée, mais une véritable recherche fondée sur un vrai bagage (artistique, dramaturgique et littéraire) et sur un vrai questionnement (parmi quelques exemples cette année dans cette catégorie – on ne peut pas les nommer tous – on ne peut pas les avoir tous vus non plus – dans le désordre – :  « L’Illétric », « Lentement », « Hamlet/Gertrud » aussi a fait quelque bruit ; et côté « spectacle » la salle de bain de « Marthe », etc.)

C’est ce que Gaëlle Hauger et ses complices viennent également de rappeler avec  « Labo Ratoire » (A hauteur d’une cave) et il est heureux que cela existe (s’en apercevoir constitue presque même un soulagement) et c’est une jeune femme encore presque étudiante (Rémi Lapouble – un de ses complices – et elle sont tout frais émoulus de la 3ième année Licence Arts du spectacle de l’Université de Besançon) qui se présente à la corde et il est sain, rassurant et naturel que ce (petit) rappel (est-il besoin ?) provienne également de jeunes gens.

Comme le nom du spectacle l’indique (presque humblement) (à présent il pourrait presque oser trouver un autre titre), « Labo Ratoire » mène à la fois une recherche sur le théâtre et sur le processus d’individuation. Dit deux fois plutôt qu’une, il est opportun que ce soit une jeune femme qui conduise (de façon non narcissique mais au contraire très convaincante) ce type de recherche en public.

Trois « cellules » font face aux rangées de spectateurs. A jardin, la cellule blanche (le premier à apparaître, prolongé par deux autres techniciens maquillés comme lui, de la tête aux pieds en blanc : lui jouera le rôle du musicien) ; à cour, la cellule noire (l’homme en pantalon, marcel et bretelles environné de miroirs brisés) ; (entre les deux) au centre la cellule rouge (la femme d’intérieur tout d’abord en peignoir avec grande lampe de chevet, puis  danseuse, puis chanteuse – déconstructiviste -, puis queer, etc).

Trois cellules – explorations musicales via de multiples instruments de musique pour la « cellule blanche » ; exploration métaphysique : « Si je suis un ensemble d’atomes épars – miroirs brisés – comment me réunifier ? », puis également exploration musicale par l’entremise d’un trombone à coulisse pour la « cellule noire » (en quête difficultueuse de sonorités harmoniques) (l’harmonie est la quête des trois personnages) ; explorations gestuelles (quel est mon corps ? comment bouge-t-il ? Puis comment articule-t-il ? Comment vocalise-t-il – avant que de parler – de concert avec le musicien ?) pour la « cellule rouge » – forment autant d’occasions d’expérimentations artistiques sonores et visuelles ; biais par lesquels Gaëlle Hauger s’interroge sur « son » identité (également de jeune femme) (non pas sur son identité « patrimoniale », mais sur son individuation : en quête de soi).

Quand les trois cellules ont achevé la déconstruction du soi (la défragmentation) (sans chaos) avant les mots, elles font émerger une nuée de livres de quelques valises (la masse des livres et de connaissances à ingurgiter au cours de l’existence ? L’issue se situe-elle dans les livres de Pessoa ou même dans des écrits pornographiques ?), les trois cellules cherchent la réunification du moi à travers, dans, avec l’appui des livres (quête qui se révélera peut-être également dérisoire).

Cette nouvelle phase achevée, les deux cellules (le yin et le yang) hasardent la rencontre de l’autre (à travers l’entité du public), rencontres qui deviendront deux nouveaux échecs : le yang tout d’abord après s’être grimé en clown (pathétique tentative ?) n’articule qu’un seul mot finalement à l’intention du public : « Pardon » (magnifique) ; le Yin après le revêtement d’une robe (tentative de féminisation non évidente puisque moche) finit simplement par dire : « Restez tels que vous êtes ».

Aux monèmes, reste l’inter-rencontre, exploration de leur territoire respectif à la lampe infra-rouge tout d’abord, puis de leur personnes-mêmes. L’issue se logerait-elle (soyons rêveurs !) dans l’amour ? Là non plus, la rencontre ne va pas de soi. La jeune fille est « rétive ». Elle accepte la rencontre de l’autre, mais non la fusion avec l’autre, la rencontre du masculin ne pouvant pas s’effectuer au détriment de l’indépendance du féminin, au prix de sa perte… d’identité.

Lorsque l’harmonie s’accomplira entre ces deux-là, suite à la compréhension du masculin, la rencontre de la véritable altérité (le vrai tiers) restera encore à faire. En la personne du monème maquillé de blanc de la tête au pied, la rencontre de ce tiers-là ne se confirmera pas davantage aisée.

De l’embryon (position fœtale sous toile plastifiée de la cellule blanche ouvrant son œuvre par l’installation de son espace de jeu musical au début du spectacle), aux essais des modules rouge et noir avant le verbe (la danse, le chant, la musique), avec le verbe (le pullulement des livres), à la tentative de l’union en couple (dans le respect de l’autonomie de chacun) à la rencontre de l’autre véritable (le différent, l’étranger, le monstre, le difforme), la boucle « Labo Ratoire (A hauteur d’une cave) » est bouclée…

Avec : Aurélie Bergier, Benjamin Blanquer, Rémi Lapouble.

Les 16 et 18 juin 2017 au festival de Caves.

Réservations : 03.63.35.71.04 ; tout le programme du www.festivaldecaves.fr

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