« Faute d’amour » de Andreï Zviaguintsev (2017)

Les grands films (les films de Zviaguintsev – « Le retour » 2003, « le bannissement », 2007, « Elena » 2011, « Léviathan » 2014, sont toujours de grands films) sont complexes, faits de multiples « choses ». On fait l’amour par exemple, dans de belles scènes filmées à contre-jour, dans « Faute d’amour » mais dans des contextes constamment ou presque dénués d’amour. Dans la Russie de Poutine (les informations parlent de la prochaine fin du monde, de la guerre en Ukraine – téléguidée par l’Occident évidemment), nous suivons un couple qui se déchire (en situation de divorce), qui vend son appartement, dont chaque membre du couple tente de reconstruire sa vie : « Parce qu’on ne peut pas vivre sans amour », dit l’un des personnages du film. On suit l’homme uni à une femme plus jeune que lui (au mépris de l’avertissement de la mère de celle-ci : « Les hommes sont de grands enfants ») elle est enceinte de lui… Le couple recomposé vit dans une grande cité HLM sans âme, dans le même milieu social que le couple d’origine. Parallèlement, on suit son ex-femme qui tâche de refaire sa vie avec un homme riche (qu’elle aime), qui vit dans un grand appartement moderne, qui l’emmène dans des restaurants chics de Moscou, qui ne partage aucun des traits de son ex-mari (cadre dans une entreprise déshumanisée)… Par couches successives, sur arrière-fond de crise morale et financière (un plateau repas au self de l’entreprise coûte – d’approximative mémoire – 175 roubles ! un tour de commission au supermarché : 1535 roubles !) le film fore dans l’existence des différents personnages. Le milieu du film nous entraîne à la source de l’histoire du personnage féminin principal, chez sa mère : la scène est surréaliste. Zviaguintsev est iconoclaste. En Russie, on ne touche pas à la femme russe, notamment à la mère russe. La mère est le socle, le fondement de la patrie. Dans « Faute d’amour », Zviaguintsev dézingue complètement cette mythologie : la Mère (allégorie de la Russie) (on se conférera à la dernière scène) – les mères – ne sont absolument pas aimantes…

Au terme du film, l’homme et la femme réussissent à « reconstruire leur vie », mais au prix de la vie de qui ?

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