« Les Trois sœurs » d’après Anton Tchekhov mise en scène de Simon Stone (2017)

La maison est le lieu de prédilection d’Ibsen (auteur que le metteur en scène Simon Stone a déjà abordé : « Hedda Gabler », « la dame de la mer », « Rosmersholm », « Un ennemi du peuple », « Le Petit Eyolf », « le Canard sauvage », « la maison de poupée » …) et de Tchekhov (« Platonov », « Oncle Vania », « Ivanov », « Les trois sœurs », « La Cerisaie »).

Pour Ibsen, maison bourgeoise outil de domination de la femme, généralement tenu par un mari patriarcal ; pour Tchekhov, domaine de l’aristocratie en déclin investi par des parasites ou en passe d’être définitivement perdu.

Les deux auteurs donnent l’occasion d’un théâtre d’intérieur (de salon parfois) ; idée que Simon Stone, grâce aux nouveaux moyens technologiques à sa disposition qui permettent la sonorisation des comédiens, pousse à son extrémité.

Dans cet espace intérieur en forme de belle maison secondaire (villégiature), ramené au rang de propriété, la propriété comme unique moyen de reconnaître les membres (ici désœuvrés) aisés de la classe moyenne supérieure, les nouveaux riches, nouveaux parvenus (?), bobos (?), tout un chacun dans la salle ?, Simon Stone, metteur en scène hyper-naturaliste, réalise une illusion de vie quotidienne à scènes simultanées.

Dans six lieux différents de la maison (cuisine, salon, cage d’escalier, chambrées, salle de bain-wc et terrasses), les personnages enchaînent la réalisation de gestes familiers : réveiller la maison endormie,  allumer les lumières une à une, ramener et ranger les courses, sortir des bières du frigo, s’allonger sur un lit, aller aux toilettes, prendre une douche, aller se baigner, baiser, préparer l’apéro, s’installer sur des chaises à la table de la cuisine ou sur une banquette du salon, revenir du bain, danser, préparer un barbecue, jouer du piano, préparer le sapin de Noël, faire la fête, puis au final (faisant la preuve par le vide) ranger tous les accessoires dans les cartons, sortir le mobilier (déménager), passer l’aspirateur, etc.

Tandis qu’ils exécutent tous ces gestes de la vie courante, dans le respect du schéma de la pièce de Tchekhov (un domaine, trois sœurs désœuvrées  – Olga a finalement une relation avec une autre femme – Macha trompe son mari avec un voisin – Irina trouve un jeune premier dépressif – leur frère André est un loser – de personnage périphérique au début de la pièce, Natacha sa femme devient la maîtresse – despotique – des lieux – du général aristocrate défunt chez Tchekhov, le père devient chez Simon Stone une urne funéraire), ils échangent (comme chez Tchekhov ?) dans une langue réactualisée des banalités au sujet de leur difficulté d’être, leurs désœuvrements, leur vacuité, leurs questions existentielles, le « contexte politique » (Trump par-ci, Trump par-là), les questions d’organisation du groupe, etc. ; jouant en grand à la maison de poupée (avec ce que cela peut avoir de fascinant ? oui certainement), en nous émerveillant et en nous ramenant à notre âme d’enfant (les lumières qui s’allument une à une, la maison placée sur une tournette – version carrousel -, le feu d’artifice, la tombée de la neige)…

Comme chez Tchekhov, la pièce finit tragiquement.

Bon.

 

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