« Makala » d’Emmanuel Gras (2017)

Tout est herculéen dans  le film « Makala » d’Emmanuel Gras, et rarement peut-être un film n’avait autant traité de la matérialité. Dès l’aube, la caméra suit le jeune homme de dos à travers le village puis à travers la savane (elle le suivra tout au long du film : il s’agit de l’accompagner, de se laisser conduire où il va), il porte deux haches sur ses épaules. Arrivé près d’un arbre, le jeune homme  s’emploie à abattre ( !?) l’arbre au tronc énorme !!! à coups de hache (nous savons que cela lui prendra des heures, des journées peut-être ?) ! Nous sommes au pays brûlé de la République du Congo. Matérialité de l’arbre. De la sécheresse. De la douleur lorsque rentré dans sa case, le jeune homme se fait ôter une épine du pied par une jeune femme (sa femme ?). Matérialité de la faim. La cahute grouille de nourrissons. Il s’agit de s’alimenter. Un rat est trouvé, la caméra suit la cuisson… Tout a un poids, au sens propre du terme, au village : l’arbre à abattre, les branches à débiter et à assembler, les mottes de terre à ajouter par-dessus les branches (le jeune homme conçoit la réalisation d’un four), les piqûres d’insectes, le feu, les tas de charbon de bois (c’était la destination du four) accumulés dans des sacs en toiles ou en tissu puis attachés en équilibre précaire sur le vélo (seul moyen de transport) (le village vit sans mécanisation), la route à faire à pieds (50 km) afin d’ arriver à la ville (destination finale) EN POUSSANT le vélo lourdement chargé, tout d’abord par des sentiers, puis par des chemins blancs, puis sur la piste dangereuse où les piétons, les cyclistes (ils sont plusieurs comme le jeune homme à faire la même action), les automobiles, les autobus, les camions se côtoient… La poussière lorsque le cycliste est doublé ou croisé par des véhicules, le danger des raquetteurs qui ouvrent (ou non) l’accès à la ville, soudain la cohue, le bruit, les bousculades, les scènes de marchandage (lors de la vente des sacs de charbon)(but du voyage) dans l’espoir d’acheter des plaques en tôle, les ramener au village aux fins de bâtir la maison familiale…

Même les séances de prière avant le retour au village recèlent la même matérialité…

https://www.youtube.com/watch?v=qeJq4dGDHig

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