« Quelque chose suit son cours » Anaïs Marty (2018)

Anaïs Marty place sa création (présentée comme sonore) « Quelque chose suit son cours » (autrement dit : un processus. Ou une chose en train de se faire) sous le patronage d’une citation extraite d’un texte célèbre de Pasolini sur les lucioles. Composées d’un échantillonnage de voix enregistrées ici où là depuis 2015, ces paroles offertes à l’écoute sont présentées comme autant de petits insectes qui émerveillent puisqu’ils brillent dans la nuit.

La représentation est donnée dans un espace bi-frontal (quadri-frontal même). Quatre « récitantes » (silencieuses) vêtues de noir sont assises sur des chaises derrière des pupitres disposés aux quatre coins de l’espace.

Pour faire entendre ces extraits de paroles puisées dans la vie courante, les comédiennes se lèveront l’une après l’autre « pour demander la parole » (selon un protocole à la fois simple et solennel – oxymore volontaire – et suivant un ordre un peu mystérieux).

Les conditions d’enregistrement de ces paroles ont été variables : appels téléphoniques, entretiens, confidences, paroles prononcées dans un bar bondé de monde, conversations dans un appartement, dans un véhicule, etc.

Les comédiennes d’une juste sobriété sont à la fois les opératrices et les supports d’écoute des paroles diffusées.

Les sujets abordés sont aussi divers que les antidépresseurs abusivement prescrits, le témoignage d’une scène de suicide, des marques d’attention d’une grand-mère à l’égard de sa petite-fille, la présomption sexuelle des hommes, des recettes de cuisine, des demandes de mère à l’égard de ses enfants, des réflexions sur le déroulement et sur le sens de la vie, des extraits de chansons, etc. D’autres sons sont également retransmis : moteurs de véhicules, chants d’oiseaux, etc.

Ainsi émise, chacune de ces paroles du quotidien (pour certaines très banales) est aussitôt transfigurée et se leste d’un poids accru.

Le dispositif suit son cours sans modification jusqu’au moment où (un long moment après, suffisamment long et interpellant pour faire naître un début de – bref – « ennui » : comme si tout avait été fait pour arriver au bord de cet « épuisement ») tout change.

L’espace est chamboulé.

Les paroles continuent d’être diffusées, mais les supports de diffusion varient : des tablettes tactiles au baladeur, puis aux enceintes de différentes formes et de différences puissances.

Les opératrices expérimentent une multitude de dispositifs. Son, lumière (éclairages et dispositifs lumineux de Hugo Dragone), accessoires (ballon baudruche, ventilateurs, plante verte, draps, cigarette, pneu, dos féminin, masque d’oiseau, etc.) et mobiliers sont explorés comme accompagnateurs des paroles diffusées (qui passent au « second » plan) et comme matériaux.

Jusqu’à l’instant où les lumières prennent l’avantage et où les lucioles trouvent concrètement leur incarnation…

Collection : Pauline Bertani, Eve Coltat, Anaïs Marty, Camille Roy, Anne-Laure Sanchez
Mise en scène : Anaïs Marty
Avec : Pauline Bertani, Eve Coltat, Camille Roy, Anne-Laure Sanchez
Lumière et régie : Hugo Dragone
Production : Compagnie Mala Noche (Besançon)
Partenaire : Compagnie Les indiens (Lyon)
Avec le soutien de la SPEDIDAM

 

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