« Saïgon » Caroline Guiela Nguyen / Les hommes approximatifs (2017)

Par un intérieur (scénographie d’Alice Duchange) réalisé jusque dans les moindres détails, Caroline Guiela Nguyen crée avec « Saïgon » (ce qui n’est pas aisé) l’illusion d’un théâtre du quotidien et d’une vie quotidienne (naturaliste).

La scène consiste en un restaurant comportant trois espaces de travail : une cuisine américaine équipée et en état de marche, la salle du restaurant, une petite scène de music-hall. Trois issues agencent la circulation : (côté cour) l’entrée du restaurant, (au lointain) l’accès à une dépendance (arrière-salle, toilettes, téléphone), (côté jardin) l’arrière cuisine.

Par le tissage entre les lieux (Paris-France, Saïgon-Vietnam plus tard Ho Chi Ming-Ville), les époques (1956 après la guerre d’Indochine, 1996 en France sous mandat de Jacques Chirac, de 1939 à 1945 entre les deux continents pendant la Seconde Guerre Mondiale), l’action se déroulant toujours au restaurant (à Paris ou à Saïgon : la ville donnant son nom au restaurant), par la succession de chapitres : chapitre 1 les départs (du Vietnam) en 1956 ; chapitre 2 Les Exilés (en France) en 1996 ; chapitre 3 L’absent (l’enfant vietnamien de la gérante du restaurant disparu depuis dix-sept ans engagé comme volontaire en France en 1939 et disparu sous les bombes américaines dans une usine à Bergerac en 1941) ; chapitre 4 le retour (au pays : le Vietnam) quarante ans après en 1996, se déploie l’histoire d’une famille : le père Edouard militaire français ayant fait la guerre d’Indochine (jeune puis décédé), son épouse vietnamienne Line (jeune puis âgée), leur enfant (adulte), Marie-Madeleine (gérante du restaurant), leurs amis : Haô exilé en France sans sa fiancée restée au Vietnam, les compagnons d’infortune français ou vietnamiens, les clients et les membres du personnel du restaurant.

Sur scène, les corps occidentaux (le cas échéant : grands longilignes) et les corps asiatiques (ici : souvent petits, maigres ou légèrement arrondis), les différents statuts (colons, colonisés, clients, personnels du restaurant, tour à tour autochtones ou étrangers selon le lieu de l’action), les langues (le vietnamien ou le français : avec pour conséquence de nombreuses scènes d’incompréhension), les cultures, les usages, les chants, les musiques, les éclairages (parfois bleus, roses…), et même les recettes de cuisine, s’entrechoquent.

Sur ces principes de jeu, de récits, de lieux et de contexte, sur fond de musique créant une ambiance souvent dramatique, tandis qu’à l’arrière-plan les personnels œuvrent sans relâche à la cuisine ou en salle et que des clients silencieux demeurent assis à leurs tables et consomment,  les souffrances des personnages se font jour : traumatismes des guerres (nerveux, hyper-actif au Vietnam, Edouard à l’occasion de son mariage avec Line en France s’invente une famille qu’il n’a pas), douleurs des exilés, couples déchirés, découverte de la perte d’un être cher…

Caroline Guiela Nguyen évoque sa double origine.

La confrontation entre ces différents corps, ces différentes langues, ces différentes cultures, ces différents lieux et ces différentes époques, est douloureuse.

Parmi toute cette communauté, seul un couple est métissé : la mère Line et son fils (bi-national). Parce qu’il est le fils d’Edouard et que l’exil de Line en France a abouti à une désillusion… la relation et la communication entre les deux ne sont pas davantage aisées. Elles sont  difficiles, pour ne pas dire impossibles (dispute du début au sujet du paiement de la facture du restaurant, cadeau d’anniversaire que le fils veut offrir à sa mère).

Suite à la co-présence des morts et des vivants et la co-existence des époques, le retour au pays (Ho Chi Minh Ville en 1996) ne sera pas davantage facile. Au pays d’origine, les exilés ne sont pas admis. Après quarante ans d’absence, ils ne sont pas nécessairement bienvenus. Le retour aux sources se révèle tout aussi compliqué.

Si elles étaient à refaire, la grande Histoire et les petites histoires seraient impossibles. « Rétrospectivement » (s’il est permis de dire ainsi), les vietnamiens ne se laisseraient ni envahir, ni coloniser, ni engager comme « volontaires », ni exiler…

Toutefois, la réconciliation apparaît. Une jeune femme vietnamienne entonne un chant de Sylvie Vartan. Les deux communautés s’attablent pour boire un verre ensemble. Un couple se met à danser…

Écriture Caroline Guiela Nguyen avec l’ensemble de l’équipe artistique ; Avec Caroline Arrouas, Dan Artus, Adeline Guillot, Thi Truc Ly Huynh, Hoang Son Lê, Phu Hau Nguyen, My Chau Nguyen thi, Pierric Plathier, Thi Thanh Thu Tô, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia

Mise en scène Caroline Guiela Nguyen, Collaboration artistique Claire Calvi, Scénographie Alice Duchange, Création costume Benjamin Moreau, Création lumière Jérémie Papin, Création sonore et musicale Antoine Richard, Composition Teddy Gauliat-Pitois, Antoine Richard, Dramaturgie et surtitrage Jérémie Scheidler, Manon Worms, Stagiaire dramaturgie Hugo Soubise, Traduction Duc Duy Nguyen, Thi Thanh Tô, Réalisation costumes Aude Bretagne, Dominique Fournier, Barbara Mornet, Frédérique Payot, Pascale Barré  , Perruques et maquillage Christelle Paillard  , Assistante à la création sonore Orane Duclos  , Régie lumière Sébastien Lemarchand  , Régie générale Jérôme Masson, Serge Ugolini

Production Les Hommes Approximatifs ; Coproduction Odéon-Théâtre de l’Europe ; La Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche ; MC2: Grenoble ; Festival d’Avignon ; CDN de Normandie – Rouen ; Théâtre National de Strasbourg ; CDN de Tours – Théâtre Olympia ; Comédie de Reims, CDN ; Théâtre National de Bretagne – Centre européen théâtral et chorégraphique ; Théâtre du Beauvaisis, scène nationale de l’Oise en préfiguration ; Théâtre de La Croix Rousse  –  Lyon.

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