Paul McCarthy (Deuxième rétrospective 2001-2016)

« Au lycée, j’illustrais le journal de l’école. Ma mère ne travaillait pas, mais elle voulait devenir artiste. Elle était ouverte d’esprit, socialement engagée. Mon père travaillait dans une épicerie. Il coupait la viande. Art et nourriture. J’ai toujours pensé qu’il y avait en moi un drôle de mélange de mes parents.

Mon premier personnage, Ma Bell, est apparu en 1971. A l’époque mes performances tournaient toujours autour d’un geste. J’ai toujours pensé qu’il y avait une corrélation intéressante entre l’utilisation des liquides et l’invention d’un personnage. Assez rapidement, j’ai recouvert la tête de mes personnages, leur regard. Il y avait l’idée de cacher mon identité. C’était pour créer une image, une sorte d’archétype. Pas moi, mais moi incarnant quelque chose d’autre. Incarner le Père Noël, c’est reprendre à son compte une identité universelle, dans le contexte du spectacle. C’est une figure patriarcale, un leader politique, un grand-père… Le Père Noël, c’est aussi la société de consommation. Le spectacle de Noël. Pinocchio, lui, c’est un héros adolescent. Son histoire dit beaucoup de ce que l’on cherche à inculquer aux enfants : le comportement de ces jeunes adultes que la société veut qu’ils deviennent.

Les premiers personnages avaient tous quelque chose d’un homme essayant d’être une femme. Puis il y a eu la série des patriarches : des capitaines de bateaux, des dirigeants politiques. Puis les animaux : singes et porcs. De 1973 à 1983. J’ai ensuite commencé avec les personnages de dessins animés. Je voulais faire quelque chose autour de Popeye. C’est devenu un travail sur Olive et Popeye, parce que leurs masques avaient vraiment l’air humain. Ce n’était pas des animaux comme Mickey. Ils avaient un côté grotesque. Les masques étaient parfois portés à l’envers, ce qui les transformait en créatures extra-terrestres. J’ai fait Popeye en robe aussi. Puis ça a changé et j’ai commencé à représenter tous ces personnages en sculptures. En 1983, j’ai arrêté les performances live. Ça m’intéressait moins. J’ai préféré créer des décors de films au sein desquels diffuser les vidéos des performances. Entre 1983 et 1987, j’ai fait des sculptures et des dessins. Et en 1987 une vidéo, Family tyranny, avec Mike Kelley, tournée dans un décor de télé minable. L’idée d’une télévision pathétique m’intéresse beaucoup.

J’imagine. Je m’intéressais au tabou. Pas avec l’intention de le briser, ni de choquer. Mon intention était de rechercher une énergie. Je ne voulais pas d’un public outré, mais d’un public intrigué. Pas du voyeurisme… Ou si, peut-être, mais dans le sens où je voulais que les spectateurs assistent à un spectacle dont le langage se dévoilerait à eux petit à petit. Ces performances se faisaient en petits comités, et non devant un vaste public que cela aurait pu mettre mal à l’aise. D’une certaine façon, je brisais un tabou en moi et en eux. Mais je ne cherchais pas à leur faire quitter la pièce. Et en réalité, quand les gens quittaient la pièce, c’était souvent par ennui ! Parce que même si les photos ont l’air spectaculaires, les performances prenaient du temps et pouvaient devenir fastidieuses.

Dans les années 60, j’étais influencé par Mc Luhan, parce qu’il travaillait sur les médias de masse. Les situationnistes et Guy Debord sont venus bien après. Aux Etats-Unis, les situationnistes n’existaient pas. Ils étaient invisibles. Donc j’ai utilisé le terme “spectacle” bien avant de les connaître. Mais aujourd’hui, je m’intéresse beaucoup à Guy Debord, à la façon dont il clarifie une vision du monde. Je ne suis pas sûr que dans sa pensée, tout soit correct. Mais j’aime le prendre comme un point de départ vers d’autres idées et réflexions. Pour moi il existait une correspondance entre Samuel Beckett et Guy Debord. Une façon de souligner l’absurdité du spectacle, phénomène sur lequel nous n’avons aucun contrôle. Et la nécessité d’en faire la parodie.

J’ai emménagé à Hollywood à cause de ça au début des années 70, pour être proche de l’industrie du cinéma. J’ai suivi les cours d’une école de cinéma (USC), mais je n’y étais pas du tout à ma place. Je ne faisais pas de films conventionnels. Ma caméra bougeait beaucoup, tournait sur elle-même. Je filmais des actions répétitives, obsessionnelles : le même personnage faisait et refaisait le même geste.

Je voulais faire des films, mais ça ne m’intéressait pas trop de produire des scénarios et de les vendre, ce qui est la principale activité d’Hollywood. J’étais attiré par les films comme forme d’art, comme sculptures et non comme histoires. Mon travail filmé a en grande partie été une parodie d’Hollywood, une façon de le pervertir. C’est pour ça que je filme toujours mes performances. Pour la caméra. Je m’intéresse beaucoup à l’œil de la caméra. Je ne cherche pas spécifiquement à répondre à Hollywood. Mon travail est une réponse à la culture contemporaine et Hollywood en occupe une grande partie. »

Propos recueillis par Jade Lindgaard.

2001 : « Houseboat »

Le mythe de la «famille heureuse» est parodié.

 

 

2002 : « Dick Eye »

Carthy Dick Eye 1

 

 

2001 : « Blockhead Sculpture »

« Blockhead » est basé sur le personnage de Pinocchio, mais ce personnage populaire pour les enfants (Disney) est muté dans une forme grotesque. Sa taille surpasse physiquement le spectateur, mettant l’adulte au niveau d’un enfant, remettant en question les fausses constructions occidentales conventionnelles.

Carthy Blockhead Sculpture

 

2002 : « Daddies Bighead »

La grande sculpture «Daddies Bighead» peut être vue comme une visualisation de la masculinité. L’innocence du personnage de Disney Pinocchio est remplacée par des masses de rose avec des seins féminins et des phallus masculins. C’est une attaque contre le monde irréaliste sucré que Disney et d’autres médias de masse généralement admis représentent et que nous acceptons largement.

Exposées à la Tate Modern en 2002, Blockhead est haute de 35 mètres et s’inspire du personnage de Pinocchio ; Daddies bighead, 16 mètres de haut, s’inspire d’une bouteille de ketchup, motif récurrent dans l’œuvre de McCarthy. Les deux structures, comme toutes les œuvres gonflables, contiennent des moteurs et des ventilateurs. Elles dodelinent doucement de la tête en surplombant les visiteurs.

Carthy Daddies Bighead

 

 

2003 : « Piccadilly Circus : Pink Queen Behind Smudged »

George W. Bush, Oussama Ben Laden et la reine mère se livrent à une orgie de sexe et de violence.

 

 

 

 

 

2003 : « Mechanical Pig »

Un cochon qui respire.

Carthy Mechanical Pig

 

 

2003 : « Basement bunker : Painting queens in the red »

 

 

 

 

2003 : « Green grey Michael Jackson 1 »

carthy-michael-jackson-green-grey

 

2003 : « Kitchen set »

 

 

 

 

 

2003 : « Wild Gone Girls »

Une caméra de poche enregistre un certain nombre de femmes en bikini faisant la fête sur un bateau et ravageant à tour de rôle une jambe humaine avec une hachette. Son titre fait allusion à la marque de médias américains Girls Gone Wild dans lequel les jeunes femmes sont amenées à poser pour la caméra en échange de casquettes et de tee-shirts.

Carthy Wild Gone Girls

 

 

2003 : « Train Mechanical »

George W. Bush en séance de fornication avec des cochons et leurs petits.

 

 

 

 

2004 : « Static (Pinck) »

Combinant minimalisme et performance, Walt Disney et George w. Bush, McCarthy a utilisé le corps humain, avec tous ses désirs et ses tabous, pour créer un langage unique, irrévérencieux et satirique qui combine le pop art avec les contes de fées, les cauchemars des nouvelles quotidiennes avec des archétypes universels.

Carthy static (pink) 1

 

2005 : « Dreaming »

 

 

 

 

 

 

2005 : « Paula Jones (Original) »

 

 

 

 

 

2005 : « Pirate party »

Dans le spectacle Pirate Party, Paul McCarthy, en tant que capitaine pirate, orchestre l’amputation de sa propre jambe.

Fracassant, hacking, barbouillant et se frayant un chemin à travers la culture contemporaine, les actes de McCarthy ne sont jamais gratuits, mais plutôt des répliques hyperboliques de la violence dans la culture. Avec son fils Damon, McCarthy perpétue son identité performative dans Pirate Party. McCarthy, Damon et les acteurs de la performance abordent l’obscénité cachée derrière le fantasme des pirates dans « Pirates des Caraïbes » de Disneyland. Pirate Party confronte ouvertement la présentation du pirate comme étant glamour en dépeignant brutalement la débauche inhérente, la brutalité, le carnage et le sadisme du pirate. Cet essai se concentre sur une scène d’amputation dans Pirate Party afin d’explorer comment la mise en œuvre de la violence par McCarthy démantèle l’artifice de la figure pirate romancée.

 

 

 

 

 

 

2005 : «  Caribbean Pirates  »

Dans la fameuse « Frégate aux pirates des Caraïbes » présentée pour la première fois dans le cadre de « La La Land Parodie Paradise » à la Haus der Kunst de Munich (2005), des pirates violent un village entier.

Projections des orgies impitoyables des pirates. Brutalité, gourmandise et sexe sont montrés sur les murs et dans les salles contiguës. Cowboys, pionniers et pirates s’aventurent dans des régions inconnues où ils peuvent s’engager dans le pillage, le viol et la torture.

 

 

 

 

 

 

2007 : « Brancusi Tree »

Carthy Brancusi-tree

 

 

2007 : « Santa with tree and bell »

A Rotterdam, le Père Noël a provoqué le plus grand scandale local de l’art des dernières décennies – et pourtant, il semble si amical et bienveillant ! Quel est le problème ? Ce Père Noël tient non pas un arbre de Noël miniature, mais un jouet sexuel : un plug anal. Lorsque les politiciens et le grand public ont appris cela, un long débat a commencé qui a dépassé de loin les frontières nationales. Certains l’ont trouvé insipide et offensant, tandis que d’autres ont considéré ce point de vue hypocrite à une époque imprégnée par le sexe commercial. Cette élite goûte-t-elle la subversion ou l’art devrait-il stimuler le débat ? Et devrait-il être permis dans la rue, ou ne serait-il pas plus en place dans le cadre fermé d’un musée ? Bien sûr, puisqu’il s’agit des Pays-Bas, l’argent est entré dans le débat. La sculpture a coûté 180 000 euros, ce qui n’est pas beaucoup pour un travail important de McCarthy. L’artiste américain est considéré comme l’un des chefs de file du monde de l’art. Le bas coût a été obtenu grâce à la vive négociation de Joop van Caldenborgh, (ancien) président du comité. Pendant ce temps, la sculpture a été déplacée d’un endroit à l’autre dans la ville comme une patate chaude. À la fin, le musée Boijmans Van Beuningen lui offrit un refuge, comme il l’avait fait plus tôt pour d’autres sculptures. Il est à espérer qu’un jour il sera donné un emplacement dans une rue commerçante. Le père Noël de McCarthy est le roi de la satisfaction instantanée, symbole du plaisir des consommateurs. Le design de la sculpture allie haute et basse culture. Rotterdam deviendra-t-elle un jour port d’accueil du ‘gnome avec le plug anal’, comme ce fut le cas avec d’autres sculptures controversées par le passé ?

Carthy Santa with tree and bell

 

 

2007 : « Piggies »

De mai à octobre 2007, le musée Middelheim d’Anvers, en Belgique, a accueilli les sculptures gonflables de McCarthy (Whitehot Magazine, octobre 2007). Cette pièce particulière contient deux cochons gonflables roses faits de vinyle industriel en plastique. Un des cochons a sa tête coupée et grimpe sur l’autre.  Dès l’entrée, les visiteurs sont immédiatement confrontés aux derrières roses des Piggies…

 

 

 

 

 

2007 : « White Head Bush Head »

carthy White Head Bush Head

 

 

2007 : « Pig Island Peaces »

Chaîne de sculptures de George W. Bush prenant un cochon par derrière.

Carthy Pig Island Peaces

 

 

2007 : « Shit Pile »

 

 

 

 

 

2009 : « White Snow dwarf »

 

 

 

 

2010 : « White Snow dwarf (Sleepy) »

Carthy White snow dwarf (Sleepy)

 

2010 : « Paula Jones »

Carthy paula jones original 2007 1

 

 

2011 : « T.G. Elyse »

 

 

 

 

 

2011 : « The Dwarves, The Forest »

 

 

 

 

 

2012 : « White Snow and Prince Horseback »

 

 

 

 

 

2012 : « White snow Cindy »

Carthy White snow cindy

 

2012 : « Horizontal »

A l’intersection du corps (espace vivant) et de l’objet, les corps moulés de McCarthy s’articulent autour des thèmes de l’éveil et du sommeil, de la vie et de la mort, de la présence et de l’illusion.

Au centre de l’exposition se trouve une réplique synthétique de l’artiste. « Horizontal » (2012) présente la reproduction fidèle d’un McCarthy nu allongé horizontalement sur une table, un geste qui suggère l’existentiel, l’obsessionnel et le voyeurisme. Ce travail est lié à une sculpture antérieure de l’artiste « Paul Dreaming, Vertical, Horizontal » (2005). Dans ce nouveau travail, le corps nu apparaît à la fois comme sujet et comme matière. La peau de silicone présente toutes les rides et plis, la couleur révèle tous les détails de la peau, les vrais cheveux présentent toutes les indications de la vie – tout en restant une forme vide, le contenant représentationnel d’un avatar modélisé. Une vieille porte du bureau principal de la Bank of America au centre-ville de Los Angeles, sur laquelle repose McCarthy reproduit avec les yeux fermés, souligne l’aspect matériel et, en même temps, suggère une membrane divisant l’existence réelle, le temps et rêve.

 

 

 

 

 

2012 : « That Girl »

 

 

 

 

 

2012 : « White Snow Head »

 

 

 

 

 

2013 : « White Snow Ballon Dog »

Carthy White Snow balloon dog 2

 

 

2013 : « White Snow Dopey Dopey Head »

Carthy White Snow Dopey Dopey Head 1

 

 

2013 : « White Snow, Bookends »

Carthy White Snow, Bookends

 

 

2013 : « Chop Chop, Chopper, Amputation »

"Chop Chop" by Paul McCarthy, PMC #15585

 

 

 

 

 

2013 : « WS »

WS présente  une œuvre monumentale où s’entremêlent sculpture, vidéo et performance. En collaboration avec son fils Damon, l’artiste Paul McCarthy propose une interprétation subversive du grand classique Blanche Neige (Snow White). Tous deux nous offrent une œuvre d’art totale et complexe, loin de la version Disney, tout en se référant aux icônes et mythes américains.

Composée d’une forêt massive, à la fois enchantée et menaçante, faite d’arbres hauts de 10 mètres et de fleurs surdimensionnées aux couleurs vives, un paysage luxuriant s’étend en relief. Au centre de l’installation, une maison jaune style ranch, dont les trois quarts sont une réplique exacte de la maison d’enfance de McCarthy, pose le décor d’une performance filmée au sein même de l’ensemble.

Sur 820 m2, chambres, cuisines, salle à manger et couloirs sont remplis de détritus résultant du tournage, preuve du caractère performatif de l’œuvre. Tout autour de l’installation, la vidéo de 7 heures, est projetée sur quatre écrans de grande envergure, immergeant le visiteur dans un conte de fées alternatif où une utilisation non orthodoxe de la nourriture entre autre, transforme la performance en véritable bacchanale.

 

 

 

 

 

2013 : « Rebel Dabble Babble »

Rebel Dabble Babble est une installation vidéo complexe sur le thème du pouvoir et du jeu de rôle. Inspiré par l’un des grands classiques du cinéma américain, « La fureur de vivre » de Nicholas Ray, prenant pour point de départ les relations tumultueuses entre le réalisateur et les acteurs James Dean, Natalie Wood et Sal Mineo, le film développe une réflexion plus vaste sur les archétypes et les tensions œdipiennes à l’œuvre au sein de la famille aussi bien que dans l’histoire de l’art et dans le développement de l’industrie du divertissement. Paul McCarthy et ses acteurs (dont la star hollywoodienne James Franco) incarnent tour à tour les personnages du film de Nicholas Ray, et les acteurs du film eux-mêmes, dans un jeu de rôle hallucinant, pervers et fétichiste.

Deux grands décors sont installés dans l’espace en plein essor. Le premier est une maison à deux étages construite par les McCarthys. Pour James Dean et Wood, âgé de 16 ans, tous deux issus de familles malheureuses, la maison de Ray est devenue une maison de substitution avec le directeur comme patriarche non conventionnel. Les rumeurs abondent sur des affaires quasi incestueuses entre Ray et ses acteurs, des orgies de piscine et des débordements de bains de champagne. Ce sont ces scénarios qui sont à la base de Rebel Dabble Babble. Sur le dos de la maison en bois à deux étages, une réplique du panneau Hollywood est montée – à l’envers. Le deuxième étage est une réplique de l’escalier du salon dans la maison de Jim Stark, le personnage central joué par James Dean dans l’original « Rebel Without a Cause » et par James Franco (qui joue également Dean) dans Rebel Dabble Babble.

 

 

 

 

 

2013 : « Sisters »

Carthy Sisters

 

 

2014 : « Tree Plug (Inflatable) »

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2014 : « Chocolate Factory »

« Dans l’escalier, le visiteur est accueilli par le bruit d’une soufflerie qui alimente une forêt de sculptures gonflables multicolores monumentales – arbres ou sex toys, l’interprétation est libre. Alors que l’odeur de chocolat commence à se faire sentir, on décèle dans cette parodie de forêt enchantée la critique d’une Amérique infantilisée par la toute puissante société de consommation. Puis, à partir de cette « tête » de l’exposition, se déroule son long « corps », déployé horizontalement le long de la Seine dans une enfilade de salons du 18e siècle.

On entre alors dans le cœur de l’exposition, où sont fabriqués les pères Noël en chocolat, à l’intérieur d’une structure en contreplaqué qui ressemble à un décor de cinéma et qui contraste avec les ors du salon Guillaume Dupré. Comme Étant donnés : 1- la chute d’eau 2- le gaz d’éclairage de Marcel Duchamp, comme d’autres œuvres de McCarthy, c’est de l’extérieur qu’il faut regarder ce qui se passe. Des performers chocolatiers en perruques Disney remplissent ensuite des chariots entiers de Santa et de Tree en chocolat qu’ils conduisent vers la suite de l’exposition. L’espace sera progressivement envahi de figurines – si toutefois les visiteurs gourmands et indélicats ne sont pas trop nombreux à les manger. Paul McCarthy a fabriqué une machine célibataire à désir et à désordre, une broyeuse de chocolat qui s’emballe, conçue pour produire à la fois trop et rien.

Le succès de l’exposition réside surtout dans la manière dont McCarthy a transformé son projet du tout au tout, quelques jours avant l’ouverture, en y intégrant l’agression dont il a fait l’objet place Vendôme : il a créé une série de vidéos qui recouvrent l’espace d’exposition, se reflètent dans des miroirs ou donnent l’illusion d’un reflet à travers un espace vide au dessus d’une cheminée. Elles sont toujours projetées par paires ; l’idée du dédoublement est ici essentielle. On y voit l’artiste écrire frénétiquement les propos de son agresseur : « You fucking stupid American. Are you the artist ? ». Un grommellement dont l’intensité augmente au fur et à mesure qu’on avance dans l’exposition accentue l’impression de transe qui se dégage de l’ensemble. Avec cette Chocolate Factory, McCarthy invite à un voyage onirique – quelques lits sont d’ailleurs installés dans une des salles d’exposition laissée en chantier. Qu’est-ce que l’art ? Qu’est-ce qu’être un artiste ? Telles sont aussi les questions qu’il soulève, celles des avant-gardes avant lui. La figure du patriarche, autoportrait de l’artiste que l’on reconnaît dans les Santa en chocolat, est rendue plus abstraite et plus forte. L’usage du chocolat, du ketchup ou de la mayonnaise est aussi une manière d’explorer le mystère de l’humain. » Anaël Pigeat, Art Press.

 

 

 

 

 

 

2015 : « White Snow Singularity »

 

 

 

 

 

2015 : « Spin Offs »

Jamais exposées à Los Angeles, les œuvres présentées – neuf sculptures monumentales en noyer noir de Blanche Neige, le Prince et Dopey, aux côtés de tentures murales saisissantes – cherchent à perturber les notions traditionnelles d’art et culture, tout en présentant aux spectateurs l’exploration infatigable des médiums de McCarthy.

Avec leurs bouches béantes, leurs cous tordus et leurs têtes qui se multiplient, les douze sculptures évoquent le dynamisme de la sculpture baroque classique et rendent hommage à l’histoire du classicisme. Pour créer les œuvres massives, McCarthy a travaillé à l’ordinateur, en utilisant la cartographie numérique et la combinaison pour explorer les possibilités d’échelle, de variation, de répétition et de fusion. Pour réaliser ces travaux, de petits morceaux de noyer noir ont été assemblés en blocs massifs, puis découpés avec précision et poncés à la main. Les variations de grain permettent un motif impressionnant qui révèle la remarquable marqueterie de chaque sculpture colossale.

« White Snow, Bookends » (2013), la plus grande œuvre de l’exposition, pesant un total de 16 tonnes, est une sculpture en deux parties représentant le prince et Blanche-Neige à cheval. Ses yeux sont fermés et sa bouche s’ouvre en un plaisir ou une douleur apparemment figée. McCarthy est devenu le producteur d’un Hollywood parallèle, employant des tactiques de l’industrie cinématographique pour refondre des icônes idolâtrées dans des rôles déviants. Derrière la séduisante façade Disney préemballée qui dicte la conduite américaine se cachent des envies sauvages et indomptables que McCarthy déchaîne avec dextérité et humour.

 

 

 

 

 

2015 : « Picabia Idol Core »

Carthy Picabia Idol Core 1

 

 

 

 

2016 : « Raw Spinoffs continuation »

 

 

 

 

Aujourd’hui, Paul McCarthy a 73 ans.

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