« Ça commence maintenant » Louise Lévêque, Marie-Bénédicte Cazeneuve (2018)

Nouvellement nommée directrice artistique de l’historique festival de théâtre des Nuits de Joux de Pontarlier, Louise Lévêque signe en guise d’acte inaugural à sa programmation : « Ça commence maintenant (je ne veux vivre que… », un spectacle libre, osé (seule en scène interprétée par elle-même) et courageux (parce ce que sa démarche est très personnelle) (on s’étonne presque de le dire…).

Pourvue d’un simple frigo (rempli de livres et d’accessoires) et d’une table de bureau, la scène se livre au procès-verbal des vies artistique et amoureuse (les deux étant indissociables) de la jeune metteuse en scène-interprète et reconstitue l’historique de sa création. Il y a un an et demi (autrement dit antérieurement à sa nomination), elle a décidé de réaliser l’acte fondateur de sa démarche artistique : « Ça commence maintenant ».

Jean Moréas (Manifeste symboliste), Filippo Marinetti (Manifeste futuriste), André Breton (Manifeste surréaliste), Bertolt Brecht (« Manifeste » du théâtre épique),  Pier Paolo Pasolini (Manifeste pour un nouveau théâtre), le temps des manifestes paraissait « révolu ». Avec « Ça commence maintenant », Louise Lévêque renoue, non sans lyrisme, avec ces grandes proclamations.

Par la mise en balance du monde séculier (consumérisme, matérialisme, mercantilisme…) et de la poésie, la pièce offre l’occasion à Louise Lévêque de se placer courageusement (insistons-y) et follement sous les figures tutélaires de ses modèles poétiques et littéraires (souvent féminins) et à leur image de commettre ce qu’elle appelle UN POÈME VIVANT.

Au premier rang, Sylvia Plath, poétesse, née en octobre 1932, morte (par suicide à 31 ans) en février 1963 (dont on lira l’extraordinaire roman  : « La Cloche de détresse ») et dont Louise Lévêque cite « Le colosse » : Le POÈME VIVANT équivaut à se fabriquer « une vie-colosse » : « Le colosse se forme dans le flanc de la poésie » (dixit Sylvia Plath).

En second lieu, René Char (1907-1988) : Élire la poésie pour « avoir la vraie vie et pour s’y fertiliser ».

Victor Hugo (1802-1885) dont Louise Lévêque, accompagnée d’un violoncelliste (ex-amoureux), chante un poème.

Au Panthéon personnel de la metteuse en scène : Marina Tsvetaïeva, poétesse (Louise Lévêque s’identifie clairement à elle, convaincue d’en être la « réincarnation » ou presque), née en 1892, morte, par suicide à 48 ans, le 31 août 1941 : « Une humaine devenue inhumaine ».

Concurremment avec l’historique de ses relations amoureuses personnelles et tumul-tueuse-s, Louise Lévêque adresse à la poétesse russe une véritable déclaration d’amour : « Marina on l’aime ou on la déteste » proclame-t-elle, « avec elle, l’entre-deux n’existe pas ». A l’image de son égérie, elle « se jette la tête la première dans l’ouragan ».

Comme Marina Tsvetaïeva dans sa poésie, Louise Lévêque s’engage toute entière dans son théâtre, se jetant à nu sur le plateau, parfois à quatre pattes, appelant le tonnerre et les éclairs, à l’occasion le corps couvert d’une peau de loup, extirpant un mannequin gonflable du frigo (ex-amant), n’hésitant pas à convoquer une chanson d’Eddy Mitchell, citant, vociférant, déclamant son mot d’ordre :

« Je ne veux vivre que dans un poème », titre de son seule en scène.

Avec cette nomination à la direction artistique du festival des Nuits de Joux, comme le montre cette pièce fondatrice, c’est clair, la poésie, l’art, la création et le risque (mots parfois un peu galvaudés) se sont invités et installés durablement (au moins pour les trois prochaines années) au cœur des moyennes montagnes du Jura (dans le Haut-Doubs) en période estivale.

Sur ce travail et sur cette équipe, on sera avisé-s de se montrer attentif-s et avec bienveillance et curiosité, on veillera à ce qui se fabrique là-haut, à distance des grands centres urbains et des manifestations culturelles médiatisées.

Il y a urgence.

En seconde partie de soirée : moment de poésie mise en acte, solo de danse de Louis Barreau sur « Le Boléro » de Ravel.

Le festival des nuits de Joux de Pontarlier du 21 juillet au 11 août 2018.

(Principales) reprises ou créations :

« Russie mon amour » Banquet-spectacle (les 27 juillet et le 3 août à 19 h)

« L’échappée belle » (Volume 1 « Adieu » de Balzac) spectacle randonnée de 6 km du 21 juillet au 11 août tous les jours à 14 h 30 (relâche les mardis).

« Antoine et Cléopâtre », le 8 et le 10 août à 21 h, le 11 août à 19 h.

« Ça commence maintenant », prochaines dates au Château de Joux ou au théâtre Blier en cas de repli : le 29 juillet à 21 h, le 30 juillet à 19 h, le 6 août à 21 h, le 9 août [au Théâtre de Morteau] à 20 h 30

L’équipe artistique du Festival des Nuits de Joux : Cantor Bourdeaux, Guillemine Burin des Roziers, Félix Depautex, Louis Barreau, Marie-Bénédicte Cazeneuve, Ariane Heuzé, Marlène Da Rocha, Sébastien Hoen-Mondin, Frédéric Jouhannet, Antoine Sergent, Marion David, Céline Diez, , Mathilde Martinage, Nicolas Cornille…

Réservations : 03.81.46.85.79 / 06.59.54.69.77

Tout le programme : http://www.cahd-lesnuitsdejoux.fr/nuits-de-joux/

Louise Lévêque

Nuits de Joux Louise 1

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