Pierre Joseph

Né à Caen en 1965. Il vit et travaille à Paris.

Pierre Joseph explore, dès les années 90, le champ virtuel, les jeux de rôle, la possibilité de ré-activation des œuvres d’art et des situations. Il introduit volontairement des figures de la culture populaire contemporaine, personnages de dessins animés, de films cultes ou de bandes  dessinées dans l’univers « extra-ordinaire » de l’art contemporain. Ses processus de travail le conduisent à analyser les interactions de ses œuvres avec les spectateurs, acteurs malgré eux. Dès la fin des années 90, il se concentre sur la transmission des savoirs en endossant différentes postures : de l’élève ou l’apprenti dans ses œuvres vidéo, en maître de chantier dans ses workshops. Il ne se soucie pas des
savoirs imposés ou officiels mais de la gestion effective et quotidienne de la culture et analyse comment la connaissance est reçue, adaptée, travaillée et oubliée.

Pierre Joseph s’amuse à nous amuser. Aujourd’hui, il affiche sa volonté d’apprendre : tout et n’importe quoi, du base-ball au surf en passant par le japonais…

1990 : « Les ateliers du Paradis »

Ni cinéma, ni théâtre, ni même une performance, Les Ateliers du paradis ont initié un nouveau genre découvert pour la première fois par le public cet été 90 à Nice. L’action s’est déroulée dans la galerie d’art contemporain récemment ouverte. Les trois artistes se sont réunis pour une fête qui a duré à peu près le même nombre de jours qu’une exposition. Sous leur direction, la galerie est devenue un lieu de vie et de jeu dans lequel ils ont vécu leurs vies et leurs fantasmes « en temps réel ».

 

 

1991 : « Personnages à réactiver »

À partir de 1991, Pierre Joseph conçoit une série de Personnages à réactiver : le cow-boy, la fée, Don Quichotte, Cupidon, le motard, le noyé, Superman, Catwoman, Blanche-Neige, les « voleurs de couleur » d’une fameuse publicité Kodak, le paintballer, le policier… Chaque présentation de l’œuvre dans un lieu d’exposition consiste en la présence, au cours du vernissage, d’une personne dont l’accoutrement et le comportement (ou la posture, si le personnage est réputé inanimé) correspondent à un programme minimal défini par l’artiste. Dès le lendemain, la présence physique du personnage est remplacée par une image photographique. Pierre Joseph n’a pas poursuivi cette série qui l’a rendu célèbre, mais participe toujours au devenir des œuvres lors de leurs réactivations.

Little Democracy réunit les vingt Personnages à réactiver existants. Le spectateur fait l’expérience physique de ces œuvres, par la magie que contiennent les personnages. Le « Personnage » est à prendre ici, non dans sa valeur de performance, mais plutôt dans le sens qu’il a avec la littérature et le théâtre : une image au statut flottant qui est plus de l’ordre de l’apparition que de la représentation. « Des œuvres comme autant de passages hors-temps » (Pierre Joseph). Le lieu d’exposition devient un lieu propice à un jeu virtuel et à une aventure fantasmagorique.

 

 

 

1998 : « Learning by Experience »

 Fabriquer un objet de A à Z.

Changer une plaque d’interphone pour un visiophone à l’entrée d’un bâtiment. Lorsque vous dévissez la plaque avec les boutons et les noms des occupants correspondants, vous trouvez une masse de fils. Chaque fil est connecté à un appartement par les gaines isolantes du bâtiment. Nous mettons les derniers visiophones dans les appartements où les occupants étaient sortis, la première fois. Vous devez percer un trou à travers le mur d’atterrissage dans l’appartement et y faire passer le câble. Ce câble transmet à la fois l’image vidéo et la voix. Dans un atelier technique, vous exécutez l’installation en passant d’un réseau à l’autre, de l’ancien au nouveau. Pour ce faire, vous utilisez des serrures à scotch (fabriquées par la société 3M). Ce sont des fiches dans lesquelles vous insérez les câbles à connecter; quand vous les avez aplaties avec une paire de pinces, ils établissent le contact. Les petits câbles sont ensuite trempés dans l’huile, ce qui les rend imperméables et leur confère une longue durée de vie…

Pierre Joseph 1998 1

 

1998 : « Si j’ai le temps »

Pierre Joseph est filmé lors de sa première leçon de snowboard. « Si je suis un novice en surf, le professeur l’est tout autant que moi dans le maniement de la caméra… »

Pierre Joseph 1998 Snoboard

 

 
1998 : « Le Monde m’intéresse »

Abolissant les barrières modernes entre un artiste et son public, Pierre Joseph propose une interprétation assez humble du statut d’artiste en exposant son CV auquel il donne le titre suivant : Le monde m’intéresse.

Pierre Joseph cv

 

1999 : « Parlez-moi, dictionnaire des mots dont j’ai l’usage et dont je comprends le sens »

« Je connais le mot pierre. Le mot pierre se trouve  à la page 1672 de mon édition papier de 1996.  Petit Robert 1, dictionnaire de la langue française. Il y a quatorze mots sur cette page. Largement  marquée par pierre. Les mots sont divisés en  deux colonnes : quatre mots pour la première (qui contient le mot pierre), dix pour la deuxième  (qui contient aussi le mot pierre). Le mot pierre,  à cheval entre deux colonnes, est riche. Le seul mot que je ne connaisse pas dans la  première colonne est piéride. Dans la deuxième colonne je ne connais pas : pierrée, pierrier  et piéter. Le mot piéride désigne une sorte de papillon « dont les chenilles dévorent les feuilles des crucifères ». Comme j’ignore ce que sont des crucifères, je ne suis guère avancé. En lui-même le mot piéride est joli ; je n’exclus pas de l’employer un jour. J’apprends que piéride a un rapport avec les Muses, mais la relation entre les Muses et ce papillon n’est  pas claire. Pierrée est moins inconnu, si je puis dire, que piéride puisqu’il s’agit d’un dérivé de pierre et que tout dérivé me semble possible, acceptable, envisageable du point de vue du sens. Il découle. Peut-être même ai-je déjà rencontré pierrée  ça où là. Il s’agit d’un terme technique désignant « un conduit de pierres sèches qui sert à l’écoulement des eaux ». J’aurais dit qu’il s’agissait  d’un groupe de pierres, etc. »

Pierre Joseph 1999

 

2000 : « Mon plan du plan du métro de Paris »

Série des plans et dessins exécutés de mémoire par l’artiste.

Pierre Joseph 2000

 

2004-2006 : Atlas

Série des plans et dessins exécutés de mémoire par l’artiste.

Pierre Joseph 2004 Atlas 1

 

2004 : « La table sans nom »

La « table sans nom » renonce à sa fonction plane pour générer un espace-temps de réflexion.

Pierrre Joseph 2004

 

2005 :

 

 

2006 : « Si ce monde vous déplait »

Des canettes en voie de recyclage rejouent la figure du « tas ». Cette idée du Tout qui, religieuse hier, peut encore aujourd’hui se traquer dans les matériaux les plus prosaïques, y compris dans les commentaires hostiles à l’art contemporain : « Le pire dans cette histoire est que, quand vous apprenez à lire l’art contemporain, il devient encore plus vide, abyssal. » Parmi d’autres, cette phrase piochée sur un blog d’un observateur non aguerri à l’art contemporain défile sur un téléviseur…

 

2006 : « L’Ecole de Stéphanie »

L’espace a été pensé par Pierre Joseph : « Il intègre une série de douze photographies de vitraux, une moquette bleue, une table de conférence, un équipement audio-visuel, et des sièges en nombre suffisant. L’ensemble pourrait évoquer d’emblée une salle de classe de l’enseignement catholique mais ce n’est pas ici véritablement l’enjeu. La série d’images, prise sans vocation documentaire, ni cadrage exigeant, nous renvoie davantage du côté du mitraillage photographique et touristique que vers une lecture savante de l’iconographie religieuse. Malgré cela, fruit du hasard et de différents paramètres, dont l’ensoleillement de la cathédrale Notre-Dame, où ont été prises ces photos, ce jour-là, de la distance objectif/sujet, de la focale et de l’exposition, une seule scène de vitraux aura été choisie. Il s’agit d’un motif fréquent de l’art chrétien, l’arbre de Jessé, dans une version restaurée de Viollet-le-Duc. On pourra donc y voir et y lire, une allusion parcellaire à la généalogie de Jésus et donc à l’histoire et la transmission au sens large. L’arrière-plan de chacun des personnages de ces vitraux étant bleu comme l’est la moquette qui emplit l’espace de la classe, le dispositif inclut malgré lui le visiteur ou l’élève dans cette « histoire »… Ces images sérielles n’en sont pas moins tout à fait décoratives et joueront de cette manière et sur ce registre avec le reste de l’exposition. »

Le prototype de « L’Ecole de Stéphanie » n’est ni une fiction ni une parodie, mais le pilote d’une école, une situation amenée à se déplacer et à se renouveler, comme c’est le cas depuis sa création en 2006 pour « La force de l’art », triennale d’art contemporain à Paris.

« L’Ecole de Stéphanie » est un espace de projection, de travail, de transmission et de mutualisation des savoirs. Une petite école temporaire où les questions d’image, de représentation et de langage circulent librement. Un lieu émancipé des règles et de l’autorité, des classements et des disciplines, qui fonctionne hors programme et sans manuel.

Sur toute la durée de la manifestation, des “maîtres“ et  “maîtresses“ interviennent selon un rythme intensif. Ils ne cherchent pas à régner, ils s’inventent des filiations et des trajectoires personnelles, des méthodes et des outils de pédagogie. Ils enseignent, le temps d’une classe, une leçon de choses, une leçon de mots.

Avec Philippe Azoury, Daniel Baumann, Nicolas Bourriaud, François Cusset, Dominique Gonzalez-Foerster, Mélanie Matranga, Charles de Meaux, Jean-Claude Moisdon, Lili Reynaud-Dewar, Arnaud Viviant.

Pierre Joseph 2006 Ecole 1

 

 

2010 : « Pourquoi tout n’a-t-il pas déjà disparu ? »

Diaporama sur cadre numérique, texte de Jean Baudrillard

Pierre Joseph 2010 Pourquoi

 

2010 : « Là, pas là »

Peinture spray, table, chaises, nappe, interrupteur

Pierre Joseph 2010 Là, pas là

 

2013 : « Mon nom est personne »

Une exposition en trois volets dont le sujet serait l’héritage, la succession, l’identité.

Premier volet :

L’arbre familial.

A l’origine, il s’agit d’un ensemble d’œuvres exécutées par des amateurs et toutes issues de « l’ arbre familial » de l’artiste. Pierre Joseph a « restauré » ces œuvres (qui n’en sont pas) sous la forme d’archives normalisées.

Les images immenses sont accrochées comme extraites d’un grand rouleau temporel… le visiteur se confronte physiquement aux agrandissements d’une peinture post-impressioniste, d’une aquarelle, d’un feuillet de carnet de guerre, de photos aériennes, de dessins d’enfants qui deviennent pour le coup de véritables œuvres d’art.

 

Deuxième volet :

Pierre Joseph parcourt un champ de luzerne en prenant des photos sans viser, en mode automatique. La luzerne offre un motif qui se répète à l’infini sans être jamais identique, c’est alors la multiplication qui fait apparaître la richesse du sujet.

A l’inverse de celle du photographe, la démarche de Pierre implique qu’il n’y ait aucune subjectivité, pas de vision personnelle, mais des automatismes qui le dépossèdent de « la chose ».

Les images seront réalisées par un tireur on line, sur un format standard.

Puis accrochées selon les normes classiques du genre, alignées, le centre de l’image à 1.50 M du sol.

 

Troisième volet :

Le mystère de la vie.

Avec deux chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art : Le panneau central du Jardin des délices de Jêrome Bosch, qui fait l’apologie des plaisirs de la vie et L’origine du monde de Gustave Courbet, dont l’évidence met tout le monde sur un pied d’égalité.

Ces peintures sont soumises à un moteur de recherche qui va proposer par similarité, pour chacune d’elle, une série infinie d’images issues de photographies amateurs. La transposition produit un appauvrissement de part la banalité même des images, qui pourtant en se multipliant nous permet de retrouver la richesse du tableau.

Pierre Joseph 2013 personne 3

 

 

2014 « Maintenant »

L’œuvre maîtresse de l’exposition, Endless Photographs, consiste en une série de clichés pris dans la forêt normande dont Pierre Joseph est voisin, sans prêter attention au cadrage, avec un appareil photo dernier cri, sans aucun réglage, et dont le tirage et la production ont été également réalisés par les moyens actuels de production (développement et encadrement via un site internet). Il en révèle ainsi un maintenant dépourvu de l’atmosphère romantique de toute forêt.

Pierre Joseph 2014 0

 

 

2016 : « Hypernormandie » se compose de deux pièces (champ de blé 1 et champ de blé 2) participant d’une même série intitulée Photographies sans fin.

Pierre Joseph 2015

 

 

2017 :  « Pierre Joseph ? »

Pierre Joseph interroge Google et Google Image sur Pierre Joseph… Il livre les résultats de ses recherches. La recherche en image du nom Pierre Joseph offre indistinctement au regard de l’utilisateur les images des œuvres de Pierre Joseph Redouté (Saint-Hubert, le 10 juillet 1759 – Paris, le 19 juin 1840) peintre wallon et français célèbre pour ses peintures de fleurs à l’aquarelle, et plus particulièrement de roses, et celles de Pierre Joseph artiste contemporain. Quand Pierre Joseph, le second, décide de jouer de cette homonymie pour réaliser 177 ans après la mort de Redouté, une série de photographies de fleurs comparable en bien des points aux aquarelles de ce dernier…

 

 

2018 :

Comment épurer le propos de toute problématique politique, sociale, idéologique, historique, pour arriver à exprimer le plus modestement l’objet « patate » ? Pierre Joseph creuse la perspective d’une pomme de terre simple.

Pierre Joseph 2018 0

 

 

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