« Etat d’urgence » (2012) « Never Forever » (2017) de Falk Richter

« Etat d’urgence » (2012) :

Dans une société en état d’urgence, une famille aisée occidentale (un mari, sa femme et leur fils) vit claquemurée derrière les clôtures d’un quartier résidentiel haute gamme surmonté de miradors et placé sous la constante surveillance de caméras-vidéo tandis que des hordes paupérisées et dangereuses rôdent à proximité dans le dessein de forcer les portails.

Rétif aux autorités (invisibles), démotivé par son travail et malheureux en famille, l’homme fait encourir à ses proches le risque d’exclusion de la cité nantie.

Face au danger de déclassement social, la femme, dans un état de détresse absolue, témoin de la vive réaction de leur fils en passe de répudier son père, somme son mari de modifier son attitude, de se reprendre en main et de faire preuve de meilleure volonté envers les autorités, ses collègues et sa famille…

« Never Forever » (2017)

Monades isolées au sein de la société moderne, ils dialoguent sur les réseaux sociaux, mais ils sont incapables d’avoir des relations amoureuses. Ils sont inaccessibles à la vie de couple et dans le même temps sont incapables de supporter leur solitude. Ils tchatchent par webcam, par mobiles, sur Messenger mais ils sont impuissants à établir le moindre lien. Ils se courent après, se déchirent, se disputent, se séparent, ils sont toujours débordés. Ils crient, pleurent, sont stressés, connaissent des « erreurs systèmes », buggent. Ils sont égoïstes, ultra-libéraux. Elles sont incapables d’être mères, ils sont incapables d’être conjoints. Ils divorcent, soliloquent, se querellent pour la garde des enfants. Ils se rencontrent mais ils ne se connaissent pas. Ils sont incapables de liaisons, mais ils souffrent d’abandon. Ils se soignent, ont des séances psy(s), utilisent des antidépresseurs, ont de brèves relations sentimentales. L’amour est leur douleur. Ils déballent leurs vies personnelles et leurs relations de sept jours sur les réseaux sociaux. Ils ont des relations sexuelles mais ne veulent surtout pas connaître leurs partenaires. Ils vivent de-pour-avec-sur Google, YouTube, Twitter, Facebook. Parfois médecins, parfois patients, ils somatisent, vivent par procuration sur les chaines d’informations continues. Ils connaissent l’impossibilité de se rapprocher physiquement d’autrui. Ils parlent à l’être décédé, quand il n’est plus là. Ils sont sujets performants narcissiques, « égos ». Leur méconnaissance de l’autre est absolue. Dans leur univers, les réconciliations sont irréalisables. Quid de leur fin de vie ?

Ils meurent de maladie Alzheimer dans des Ehpad.

Plus abandonnés que jamais.

Traduction : Anne Monfort.

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