« Festen » mise scène de Cyril Teste (2017)

Pourquoi y a-t-il des caméras, un filmage continu (par gros plans souvent) et une transmission en direct sur grand écran situé au-dessus du décor de « Festen » ?

Pour sa dernière mise en scène, Cyril Teste utilise deux ou trois principes directeurs simples.

Dans toute situation de vie, il y a l’endroit… L’endroit, ici, c’est le salon somptueux (le manoir d’Helge Klingenfeldt), l’esthétique de la grande salle de réception, la table dressée au centre de la salle (dans l’attente de tous les convives et dans le préambule de la cérémonie, le premier départ de jeu est… de ne pas passer à table), c’est la vie familiale de façade.

« Festen » de Thomas Vinterberg (1998), tout le monde ou presque connaît le film-culte.

Premier principe directeur du spectacle de Cyril Teste donc, la vie de façade matérialisée par ce somptueux décor, le souhait de dépeindre une famille heureuse, de brosser le portrait d’un homme Helge (au crépuscule de sa vie) comblé, accompli, réalisé, goûtant un bonheur béat, entouré d’une épouse qui le chérit, d’enfants qui le vénèrent (pas tout à fait), d’une famille nombreuse (avec la mère – ou de la grand-mère – c’est selon – , dans le rôle de la petite folle de service) et d’une foule d’amis attentionnés et joyeux.

« Il ne faut pas se mêler de la vie de ses enfants ». Tout semble indiquer que nous sommes face à un père, une mère, des fils et des filles de bonne famille.

Dans toute situation de vie , il y a donc l’endroit, mais il y a aussi l’envers du décor. C’est là un des premiers rôles de la caméra de Cyril Teste, de nous faire passer de l’autre côté, de nous faire accéder aux coulisses (là où la situation se dégrade très vite), mais également aux cuisines, de nous faire entrapercevoir la chambre froide même, ou encore « les scènes d’antichambre », l’unique chambre des enfants qui devient un lieu d’ubiquité puisque les occupants des différentes chambres s’y croisent à leur insu et laissent paraître les relations adultères, les amours inabouties, les crises de couples, les traumatismes psychiques, les hantises, les apparitions d’une revenante… Et dans « Festen », comme on le sait, l’envers du décor (on avait envie de dire : l’enfer du décor) n’est pas beau.

Il est criminel.

Le premier rôle des caméras dans « Festen » de Cyril Teste est donc de nous faire passer d’un côté à l’autre.

Mais non solum. Le deuxième rôle de la caméra est de suivre au plus près les traits des personnages. Car quoi ? Dans « Festen », il s’agit de jeter bas les masques. A partir de la succession des révélations, on ne filme plus qui parle, mais qui écoute. Lorsque à plusieurs reprises, en crescendo (la première prise de parole du fils – Christian) (pour solliciter la parole de façon impromptue ou pour porter un toast, dans le cadre de la célébration de l’anniversaire du père, on se souvient qu’il est coutume dans « Festen » de faire tinter son verre afin de solliciter l’attention), la première prise de parole du fils, intitulée comme de juste (on s’en souvient) : « Quand papa prenait son bain », puis la seconde, puis la troisième prise de parole du fils, que l’ultime prise de parole, inattendue celle-là, par voie d’une lettre post-mortem, de la sœur – la jumelle défunte – parachève, le rôle de la caméra est de suivre au plus près les traits du bourreau ou encore ceux du fils accusateur (qui est nié).

Puisque dans ces sortes de familles traumatisées, on le sait également, le silence est lourd. Inconsciemment ou non, le secret de Polichinelle est connu de tous (pléonasme). Le crime est nié. Qui ose briser la loi du silence et percer le secret, celui-là (Christian) est rejeté. La famille se solidarise autour du bourreau contre le révélateur. De manière éhontée, on s’installe dans le déni collectif… Contre l’accusateur qui s’isole pour une transe archaïque (la face recouverte de terre), la famille s’unit pour danser la farandole. Même, la mère des victimes (et pour cause puisqu’elle est celle qui aurait dû protéger ses petits) est la plus fanatique dans l’installation de ces contre-vérités.

Le troisième et ultime rôle de la caméra dans le théâtre cinématographique (théâtre naturaliste filmé sur fond de nappes sonores continues) est d’effectuer des effets spéciaux et de faire apparaître ce qui sur scène n’existe pas : la sœur défunte, la disparue, qui n’a pas supporté, dont la lettre post-mortem porte le coup de grâce au tortionnaire et fait tout basculer.

Dans ces sortes de famille blessée dans leur chair, au point d’en devenir fanatiques et de se livrer à toutes sortes de dérives, y compris les plus racistes, si la parole des témoins vivants peut être contredite, souillée, salie, la parole des mortes, des revenantes, ne peut être contestée.

Trois principes directeurs simples.

Et efficaces.

Mise en scène Cyril Teste • texte Thomas Vinterberg et Mogens Rukov • adaptation Bo. Hr. Hansen • adaptation françaiseDaniel Benoin • avec Estelle André, Vincent Berger, Hervé Blanc, Sandy Boizard ou Marion Pellissier ou Katia Ferreira, Sophie Cattani ou Sandy Boizard, Bénédicte Guilbert, Mathias Labelle, Danièle Léon, Xavier Maly ou Eric Forterre, Lou Martin-Fernet, Ludovic Molière, Catherine Morlot, Anthony Paliotti ou Théo Costa-Marini, Pierre Timaitre, Gérald Weingand et la participation de Laureline Le Bris-Cep •  collaboration artistique Sandy Boizard et Marion Pellissier • scénographie Valérie Grall • illustration olfactive Francis Kurkdjian • conseil et création culinaire Olivier Théron • création florale Fabien Joly • création lumière Julien Boizard • chef opérateur Nicolas Doremus •  cadreurs Nicolas Doremus, Christophe Gaultier, Paul Poncet ou Aymeric Rouillard • montage en direct et régie vidéo Mehdi Toutain-Lopez, Claire Roygnan ou Baptiste Klein • compositing Hugo Arcier • musique originale Nihil Bordures • chef opérateur son Thibault Lamy • direction technique Julien Boizard• régie générale Simon André • régie plateau Guillaume Allory, Simon André, Rodolphe Martin ou Flora Villalard • régie lumière Julien Boizard, Nicolas Joubert ou Laurent Bénard • régie son Nihil Bordures ou Thibault Lamy • construction Atelier Förma • régie costumes Katia Ferreira assistée de Meryl Coster • administration, production et diffusion  Anaïs Cartier, Florence Bourgeon et Coline Dervieux • © photosSimon Gosselin

Production Collectif MxM • Production déléguée Bonlieu Scène nationale Annecy • Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings • Coproduction MC2: Grenoble, Théâtre du Nord CDN de Lille Tourcoing Hauts-de-France, La Comédie de Reims CDN, Printemps des Comédiens, TAP Scène nationale de Poitiers, Espace des Arts Scène nationale Chalon sur Saône, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène nationale, Lux Scène nationale de Valence, Célestins-Théâtre de Lyon, Le Liberté Scène nationale de Toulon, Le Parvis Scène nationale Tarbes Pyrénées, Théâtre de Cornouaille Scène nationale de Quimper Centre de création musicale. Résidence Ferme du Buisson / Scène Nationale de Marne la Vallée • Avec le soutien et l’accompagnement du Club de création de Bonlieu Scène nationale Annecy et de l’Odéon – Théâtre de l’Europe • Avec la participation du DICRéAM, de Olivier Théron – Traiteur & Evènements,d’agnès b.,  et de la Maison Jacques Copeau.

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