« L’espèce humaine », Robert Antelme (1947)

Les chiottes (lieux primordiaux de l’humanité où s’ouvre le récit), les Kapos, le travail forcé, le gîte (une église désaffectée), le froid, les coups, l’inactivité interdite, la lutte pour la survie, la distribution de la soupe, la faim, l’usage rare du miroir, les ruses pour éviter le travail, pour trouver de la nourriture (des patates), pour se chauffer (au feu du poêle), les poux, l’hygiène, les séances de désinfection, le travail sous la neige, les coups des kapos et des SS, l’habitude d’appeler les kapos par leur prénom : « Celui qui te tue est ton camarade », par la suite, l’épreuve du chômage technique en raison du commencement de la défaite allemande, les rumeurs au sujet de la progression des armées russes et alliées prétendument aux portes de Berlin… Robert Antelme relate son expérience des camps de concentration. Les châtiments publics, les viols entre déportés, les scènes de torture, les exécutions… Les séances de déclamation de poèmes de Du Bellay entre déportés pour se soutenir moralement et pour résister ; la fuite à l’approche des armées russes, l’exécution des déportés qui ne peuvent pas évacuer le camp. L’alimentation avec des biscuits pour chiens, l’espoir d’être délivrés en cours de route, l’exécution d’une balle dans la tête sur le bord du chemin pour ceux qui n’arrivent plus à marcher ; par petits groupes, l’élimination systématisée des personnes fatiguées ; la colonne de déportés terrifiée ; les exécutés désignés « au petit bonheur la chance ». Donné pour malade, tandis qu’il simulait, le narrateur est abandonné sur le bord du chemin par ses tortionnaires. Accompagnés de deux autres évadés, ils battent la campagne en pyjamas rayés. D’abord repris par des gendarmes, puis par des SS, ils sont ramenés aux pas de course à coups de crosse par les nazis dans la colonne des fuyards. Les alliés sont à 40 km, puis à 7 km… Cette proximité leur donne un sursis. La débandade des armées allemandes est absolue, l’indécision de l’escorte des déportés s’accroît. L’armée allemande n’a plus de forme, mais on les garde. Ils étaient 150 au départ, ils ne sont plus que 50. Les autres ont fui ou ont été exécutés ou sont morts d’épuisement, de froid ou de faim. Leur fuite devant les alliés se poursuit en train. Ils ne connaissent toujours pas leur destination. Pendant que tout le régime nazi est en déroute, ils découvrent qu’on les emmène… à Dachau !!! A Dresde, des civils, tout comme eux en fuite, montent, avec leurs bagages, dans les wagons à bestiaux. Le surréalisme toujours à son comble, ils descendent la gare suivante ! Dans les wagons, d’affreuses scènes de promiscuité se nouent entre détenus, c’est le terrible « chacun pour soi », l’horrible « sauve qui peut ». Au moment de la descente à Dachau, il pleut. Ils dorment sous la pluie. Ici non plus, les alliés ne sont pourtant pas loin… Les prisonniers entrent dans leur block, ils sont quatre par châlit. La libération arrive. Les soldats américains sont là. La cordialité reprend ses droits. Mais les déportés ne doivent pas sortir du camp…

Le déporté est en possession d’une connaissance intransmissible, immense.

La remise en cause par le SS de l’unicité de « l’espèce humaine » est un échec. Le SS peut tuer un homme, mais (« Si c’est un homme » Primo Lévi), il ne peut pas, en dépit de tous ses efforts, même les plus radicaux, le transformer en autre chose…

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