« Les estivants », Valeria Bruni Tedeschi (2018)

Ce qui prime dans « Les estivants » de Valeria Bruni Tedeschi, film d’obédience tchekhovienne (ce n’est pas pour rien non plus que la réalisatrice rend hommage à son mentor Patrice Chéreau à la fin du film), c’est le lieu (en dehors du prologue, de l’épilogue et de quelques incursions à la gare locale : la quasi unité de lieu) : une immense demeure bourgeoise au bord de la mer Méditerranée ; et le clan, la famille de comédien-ne-s, qui en dehors de l’interprète principale prévaut sur les individus et qui au cours de cette chronique familiale offre l’occasion de la création d’une atmosphère haute en couleurs (dans tous les sens du terme) et de nombreux portraits plus pimentés et pittoresques les uns que les autres :

La sœur (dont on apprend lors d’un repas de famille en terrasse qu’elle a été violée à 7 ans, que sa mère l’ayant toujours su n’a jamais voulu en tenir compte : « Nous avons tous connu des choses difficiles dans notre enfance ») ; le mari de celle-ci, le beau-frère (l’intrus de la famille, grand industriel à la retraite qui a licencié quelques milliers de personnes et qui n’a pas voulu avoir d’enfant avec sa femme lorsque celle-ci en attendait un, inespérément) ; la mère (errant comme une ombre dans cette grande maison) ; le personnage principal en instance de divorce qui fait tout pour lutter, même pathétiquement, par la voie de nombreux coups de fils obstinés et désespérés à son ex-conjoint, contre cette séparation, qui est également venue dans cette maison mettre la dernière main à son prochain film qui portera sur leur frère décédé bien qu’elle ait franchement la tête ailleurs ; sa fille noire adoptée, enfant unique, qui sera la seule au fond à hériter « de tout çà !!! » ; son assistante à l’écriture du scénario qui, au cours de ce séjour, vit une histoire d’amour inespérée avec le cuisinier, aventure qui se terminera sèchement : « On dira que nous avons juste tiré un coup » ; l’ami de famille qui rate son suicide (la mort rôde à chaque encoignure de portes dans cette maison) ; la grand-mère qui ne parvient pas à trouver le sommeil et dont il faut une personne pour coucher avec elle ; tout le personnel taillable et corvéable à merci : la cuisinière présente dans la famille depuis l’âge de 18 ans (à qui donc on ne la fait pas) qui a une aventure avec le policier en faction à l’entrée du domaine ; son mari jardinier qu’elle menace de mettre en maison de retraite en Roumanie s’il continue d’embrasser le « maître de maison » (pourtant pièce rapportée) dans l’oreille et sur la bouche ; le serveur et homme à tout faire qui réclame sans arrêt une réunion à ses patrons aux fins d’obtenir des congés les dimanches et des jours fériés ; sa femme, la lingère, qui est encore très touchée par la mort du frère de la famille, leur fils qui ambitionne de devenir intendant de la maison mais qui passe le plus clair de son temps avachi sur une chaise… (et qui se masturbe dans sa chambre. « Ça veut dire quoi masturber ? », demande la petite fille qui assiste à la conversation…)

Lors d’une dispute, l’interprète principale cherche à expliquer à sa sœur (qui refuse qu’elle réalise un film sur leur famille) l’objet de son long-métrage : « C’est l’histoire des membres d’une famille qui n’arrivent pas à… » Du fait de la dispute, elle ne réussit pas à terminer sa phrase…

Pourtant on a bien compris…

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