« Full Circle » Kaspar Tainturier-Fink, compagnie une bonne masse solaire (2019)

Comment se tenir dans le monde lorsqu’on se situe à 102 km à vol d’oiseau d’une centrale nucléaire où l’eau bout au cœur de son réacteur ? Lorsque le premier puits de pétrole est à 224 km à vol d’oiseau ? Lorsqu’on est logé à 130 mètres d’un jardin ouvrier ? Lorsqu’on a sous les pieds une dalle de béton déposée sur plusieurs couches de calcaire ? Quand il tombe des flocons de neige pour partie composés de matière plastique invisible à l’œil nu dans les Pyrénées, dans les Alpes et au pôle Nord ? Comment vivre à la lisière des choses, dans l’entre-deux, dans les parages de l’incertain ? Comment être le brin d’herbe qui réussit miraculeusement à pousser sur une dalle en béton ? Comment habiter un interstice ?

Ce qui réunit peut-être les quatre interprètes de « Full Circle », c’est « l’inhabilité », mais tous les quatre décident à tour de rôle d’entrer dans le monde à tâtons.

Comme la roche chutant du haut de la montagne puis déplacée par le glacier après plusieurs siècles se retrouve dans un environnement géologique où elle n’avait rien à faire, comment vivre ? Survivre ? Revivre ? Ou plutôt, comment les forêts, les variétés de plantes, les animaux réussissent-ils à se réinventer lorsqu’ils se situent à l’intérieur du cratère de Bikini, l’atoll où les américains réalisèrent leurs essais nucléaires de 1946 à 1958 et où toute vie humaine est encore impossible ?

Comment endossant la vulnérabilité dans l’impermanence trouver son chemin dans un entrelacs de faisceaux, dans la toile d’araignée tissée au démarrage de la perambulation, au risque de s’y faire piéger ?

Comment depuis un lieu d’incertitude atterrir, rompre avec les figures linéaires du récit, revêtir sa combinaison de cosmonaute, son casque et son rôle de héros, appeler à la mise au ban de ce dernier, en compagnie des figures jumelles de la Vérité, du Dogme et des paroles d’autorité et avec quelques morceaux de calques dérisoires suspendus à leur fil par des pinces à linges tenter la reformulation de paroles fragmentées et désordonnées ?

Comment, suite à la manipulation du petit oiseau à ressort, réinventer un Discours de la Méthode, en passant sans transition de l’une à l’autre , via l’incarnation de multiples personnages, accoler toutes les figures de la connaissance et des sciences de la nature  et prouesse réussir ce patchwork de définitions, de discours, de classifications du vivant, comme autant de paroles incantatoires et rassurantes, émanées d’un nombre d’auteurs aussi incalculables que variés : Buffon, Linné, Descartes, La Bible, Victor Hugo, François Mitterrand, Francis Bacon… et comme Echo poursuivre jusqu’à l’épuisement ?

Comment inviter les spectres au théâtre ? D’une maison en plexiglas, comment habiter l’espace et par d’uniques nuances de lumières, courir le risque de l’absence ? Et laisser les spectateurs vivre l’expérience ?

Etant le moins « assermenté », comment venir informer tout ce que l’on « sait » : « Quelque », même les détails incongrus , sur la géologie, les cours d’eaux, les séquoias, les replantations de forêts, nanti de deux feuilles maladroites pour une projection mal précisée et puis clore « Voilà, c’est tout » ?

Aujourd’hui, lorsqu’on a entre vingt-cinq et trente ans ?

Comment intituler ces essais quand ils auraient tout aussi bien pu s’appeler : «  Tout ce qui est solide se dissout dans l’air et tout ce qui se dissout dans l’air se sédimente dans le sol » ?

Comment vivre, expérimenter et surtout…

Comment habiter ces fêlures ?

Réponse :

« Full Circle ».

https://www.scenenationaledebesancon.fr/spectacles/full-circle

Conception, musique : Kaspar Tainturier-Fink / Interprétation : Clément Baudoin, Quentin Lacroix, Cloé Lastère, Nina Villanova / Scénographie, costumes : Emma Depoid / Lumière, son : Hugo Hamman / Régie plateau, vidéo : Valentin Dabbadie / Stagiaire costumes : Selma Cronier / Stagiaire régie son et lumière Adèle Draussin-Vignal / Avec la participation de Valentin Kottelat et Pauline Lefebvre-Haudepin

Production : une bonne masse solaire / Coproduction : Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche ; Les 2 Scènes, Scène nationale de Besançon ; La Fonderie – Le Mans / Soutien : Le Jeune théâtre national ; L’École de La Comédie de Saint-Étienne – DIESE # Auvergne-Rhône-Alpes ; Émergence – Ville de Besançon ; Région Bourgogne-Franche-Comté ; Ville de Valence, service Espaces Verts et Nature en ville / Remerciements : Lycée Pasteur Mont-Roland ; compagnie Si Vous Pouviez Lécher Mon Cœur ; Compagnie du Singe

©Jean-Louis Fernandez

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