« Pour Sama » Waad al-Kateab (2019)

En 2015, l’armée russe vient à l’appui des armées loyalistes dans la ville d’Alep, trois millions d’habitants (troisième ville de la Syrie) divisée entre opposants et partisans au régime de Bachar El Assad. Alep-Est est totalement assiégée. 250.000 à 326.000 habitants se retrouvent encerclés dans les quartiers Est…

La jeune réalisatrice Waad al-Kateab et son mari qui se sont connus avant le début du conflit en 2011, il est jeune médecin, elle est jeune étudiante à l’Université de Sciences économiques à Alep, comme plusieurs centaines de milliers d’autres habitants d’Alep-Est, ont choisi… de rester.

Devenue journaliste, elle filme d’abord avec son téléphone portable, (après se l’être procurée) caméra à l’épaule, puis pour certains plans panoramiques de la ville bombardée ou en ruine avec l’appui d’un drone.

Les deux jeunes époux (ils se marient pendant la guerre) ont conclu un « pacte ».

Comme grand témoin du conflit et figure de la résistance « passive » (on ne voit jamais les forces actives au cours du film), il reste pour exercer son métier en compagnie d’une trentaine de ses collègues. Contraint par la force des événements, il devient urgentiste.

Elle reste pour témoigner et… filmer.

Ses images ne nous épargnent rien.

Un peuple martyrisé défile devant la caméra. Enfants, mères, victimes déjà mortes ou vivantes viennent par dizaines, par centaines, perdre qui un jeune frère, qui un enfant, qui une femme ou un mari, avec des fractures au crâne, les membres déchirés, saignant, criant, pleurant. Une mère inconsciente est apportée. Elle est enceinte de neuf mois. Il faut lui faire une césarienne. Son bébé est extrait du ventre sous nos yeux. La mère a survécu. Le bébé n’est pas conscient. Pendant de longues minutes, les médecins s’évertuent à le ranimer. Le bébé pleure. Il respire. Sera-t-il viable ?

La caméra passe. Elle n’a pas le temps de s’attarder, d’autres urgences arrivent…

Ce ne sont ni Waad (la jeune réalisatrice), ni sa fille Sama (envers qui ils prennent tous les risques) les plus impressionnantes du film, mais très certainement Hamza.

Calme, déterminé (impossible de ne pas l’être en de pareilles circonstances), contraint de trouver de nouveaux locaux suite au bombardement de son hôpital et de devoir faire face à la disparition de plusieurs de ses collègues et amis, ce jeune médecin urgentiste supervise, tout en procédant à de multiples opérations, cette suite interminable d’urgences.

Au cours des seuls vingt derniers jours des cinq ans que dure le siège, son personnel et lui ont dû procéder à 640 opérations… (64 opérations par jour dans des conditions d’extrême précarité…)

Pour toutes les victimes martyrs (il ne suffit pas de faire des images et de témoigner pour faire réagir la communauté internationale)

pour Sama,

Pour la réalisatrice,

mais très certainement également pour Hamza.

 

 

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