Douglas Gordon

« L’idée de l’art est d’être aussi libre que possible… »

Né à Glasgow en 1966, Douglas Gordon a étudié à la Glasgow School of Art de 1984 à 1988 et a poursuivi ses études à la Slade School of Art de Londres où il a obtenu son diplôme en 1990. Basé à Glasgow et à New York, il travaille sur différents supports, notamment des textes, des photographies, des vidéos et divers types d’installation. Il est surtout connu pour ses œuvres réalisées à partir de séquences de films existants – documentaires et fictionnels – qui en modifient le rythme, le contexte ou l’échelle. Une fascination particulière pour le film noir a été l’une des caractéristiques de son œuvre. Les dualités telles que l’obscurité et la lumière, positive et négative, et les tensions entre le bien et le mal figurent en bonne place dans son travail.

1993 : « Psycho Hitchhiker »

1993 Psycho Hitchhiker

1993 : « 24 heures Psycho »

Douglas Gordon décide de ralentir le film Psychose de Hitchcock afin que la projection complète du film atteigne 24 h.

https://vimeo.com/37328822


1994 : « Kissing with Sodium Pentothal »

L’autoportrait Kissing with Amobarbital (1995, vingt-six diapositives)  s’ajoute à Kissing with Sodium Penthotal (1994, trente-huit diapositives), performances ayant eu lieu respectivement dans la chambre de l’artiste. Ce Self-Portrait est la projection d’une diapositive en négatif de l’artiste en train d’embrasser son reflet, les yeux fermés, à la surface d’un miroir, les lèvres enduites d’un sérum de vérité testé sur les prisonniers lors de la Seconde Guerre mondiale, la scopolamine. Douglas Gordon précise : « Ce que le regardeur voit, c’est le négatif d’une vérité, le négatif du Soi, et le négatif de l’image réfléchie du Soi. »

1994 Kissing 0

 

1994 : L’installation sonore intitulée « Something between my mouth and your ear Something… » offre un aperçu de la formation de l’artiste. L’œuvre est une pièce bleue qui devient de plus en plus sombre en fonction de l’heure et de l’intensité de la lumière extérieure. Dans la pièce se trouvent certains des premiers sons que Gordon a pu entendre. Choisies par l’artiste, ce sont des chansons du Top 50 que sa mère a peut-être écoutées pendant sa grossesse.

1994 Quelque chose entre ma bouche

 

1995 : « 5 Years Drive-By » (« 5 ans de voiture ») fait référence à la durée du scénario de « The Searchers » (« La prisonnière du désert »), un western de John Ford. Avec un happy-end garanti, John Wayne a besoin de cinq ans – d’où le titre de l’installation – pour retrouver un enfant kidnappé (sa nièce). Gordon étend 3 minutes du film sur les 47 jours de l’exposition. De sorte qu’une seconde de film dans la projection dure environ 6 heures. On ne pense voir qu’une image fixe, alors qu’en réalité on peut voir une séquence : un groupe de poursuivants se préparant à descendre une pente devant un paysage pittoresque de l’Ouest…La version de Gordon rend hommage à la nature héroïque de la quête et à la souffrance du personnage de John Wayne. Une seconde de temps de cinéma équivaut à 6,46 heures en temps réel, soit un nombre de trois images par heure, ce qui signifie que même le plus fervent des téléspectateurs ne verra probablement jamais plus de quelques secondes du film de John Ford. L’œuvre au ralenti est installée dans le désert du Nevada…

1995 5 Years Drive-By

 

 

1995 : « A Divided Self I and A Divided Self II » (« Un moi divisé I et un moi divisé II » est une installation vidéo à deux canaux qui s’affiche sur deux moniteurs. L’œuvre montre un gros plan de deux bras, l’un velu et l’autre lisse, se battant l’un contre l’autre sur un drap de lit. Dans la première vidéo, le bras velu domine, tandis que dans la seconde, c’est le bras lisse qui bat son adversaire. Au fur et à mesure que les vidéos se développent, il devient évident que les deux bras appartiennent à l’artiste et qu’il lutte avec lui-même. Comme le titre l’indique, la bataille entre les deux bras suggère une bataille interne entre deux moitiés du moi. Cependant, la source du tourment infligé à soi-même reste un mystère.

A Divided Self I and A Divided Self II 1996 by Douglas Gordon born 1966

 

1995 : « Confessions of a Justified Sinner » L’œuvre fait référence à un passage du roman « The Strange Case du Dr Jekyll et M. Hyde » de 1886 de Robert Louis Stevenson, dans lequel l’auteur relate la transformation physique qui se produit chez le Dr Jekyll lorsqu’il reprend le projet qui le transforme en M. Hyde.

 

 

1996 : « Hysterical » Douglas Gordon réalise vidéo projection sur double écran à partir d’un film scientifique, traitant de l’hystérie chez les femmes. Le film est projeté au ralenti. Le dispositif de Douglas Gordon dilate l’espace en trois dimensions distinctes, amenant le spectateur à se déplacer. Il fait tourner le film en boucle, attisant la curiosité du spectateur. Cette scène traumatisante saisit le regard, imputant une certaine beauté à cet état de crise.

1996 Hysterical

 

 

1996 : « Monster Reborn » Dans cet autoportrait, Douglas Gordon s’exhibe selon une double image : dans son état naturel et défiguré, du moins déformé à l’aide de rubans de scotch.

Monster Reborn, 1996 / 2002

 

 

1997 : « Between Darkness and Light » (d’après William Blake) « Entre ténèbres et lumière » est une installation qui associe un film sur la révélation divine à un autre sur la possession satanique. Projetés sur les côtés opposés du même écran translucide, les deux films se superposent ; une zone sombre dans une image rend l’autre plus visible, et deux séquences lumineuses s’annulent presque. Lorsque les spectateurs se dirigent vers les projections, ils jettent des ombres sur un côté de l’écran, révélant ainsi une image plus nette de l’autre film. Les deux films – « The Exorcist » (1973), réalisé par William Friedkin et « The Song of Bernadette » (1943), réalisé par Henry King – parlent d’adolescentes conduites par des forces extérieures. Dans « The Exorcist », Regan est possédé par le diable ; dans « The Song of Bernadette », la révélation de l’héroïne la conduit à diriger sa vie vers Dieu. Gordon diffuse les deux films à leur vitesse réelle et dans leur bande originale. Le simple fait de les démarrer en même temps et de les laisser fonctionner génère une variation constante du niveau de l’image et du son. Dans une bataille d’images oscillantes, un purgatoire entre le bien et le mal apparaît. Ni le ciel ni l’enfer, ni le diable ni Dieu ne gagnent.

 

1998 : « Feature Film » Le terme anglais « Feature Film » signifie long métrage et c’est effectivement le premier long métrage de Douglas Gordon, du moins si l’on raisonne en termes de direction artistique et de durée, même s’il ne correspond pas exactement à ce que nous associons habituellement à cette notion. Il n’y a ni dialogue, ni narration suivie. Dans Feature Film, l’artiste ne se contente pas de s’approprier la bande musicale du film d’Alfred Hitchcock de 1958, Vertigo. Il met en scène son interprétation de la partition composée par Bernard Hermann pour Vertigo par le chef d’orchestre James Conlon, chef de l’Opéra National de Paris. Tout comme Douglas Gordon parvenait à retirer toute la terreur de Psychose en l’étirant sur une durée de 24 heures, dans Feature Film, il isole la musique de Vertigo de sa source et crée un nouveau film sur un chef d’orchestre (James Conlon) qui dirige avec beaucoup d’émotion un orchestre que l’on ne voit jamais jouant cette bande originale. Le film, composé uniquement de gros plans des bras, des doigts, de la bouche, des yeux et du front de Conlon, fonctionne sur plusieurs niveaux. Dans la version installation, il crée une sorte de « vertigo » (une sensation de désorientation et de vertige) lorsque les spectateurs essaient de trouver un équilibre dans le duel visuel qui oppose le film de la représentation musicale réalisé par Douglas Gordon au film d’Hitchcock, à la fois mystérieux, fascinant et rapide dans lequel on retrouve les icônes de cinéma que sont James Stewart et Kim Novak. Les spectateurs ne savent pas vraiment sur quoi se concentrer. Ils sont irrésistiblement attirés par ce film noir qu’ils connaissent bien sur le petit écran de télévision, mais la projection de Gordon, en grand format et en couleur exige qu’ils regardent le chef d’orchestre au moment où la musique commence.
Dans le premier film qu’il réalise vraiment (après s’en être réapproprié plusieurs), Gordon trouve en James Conlon un double, un compagnon de circonstance. Nous voyons le chef d’orchestre portant des vêtements qui ne correspondent pas à sa profession, mais bien à celle d’un artiste : un pull à col roulé de coton noir, les manches relevées, montrant ses avant-bras. Feature Film est essentiellement un ballet pour mains, une chorégraphie exécutée par un chef d’orchestre qui, et ce n’est pas un hasard, a à peu près le même âge que Gordon, possède son teint irlando-écossais et est lui-même l’interprète des travaux d’autres artistes, en l’occurrence de compositeurs. Feature Film est à lui seul une performance, un documentaire et une autobiographie. Les gros plans rapprochés que Gordon fait des bras et des yeux de Conlon notamment, sont un hommage à l’artiste/réalisateur dont la vision et les gestes, associés aux outils de son art, qu’il s’agisse d’une caméra, d’une partition musicale, de peinture ou de marbre, sont à l’origine même de la production d’art. Dans Feature Film, pour sa première réalisation, l’enjeu était de faire un film sur la réalisation de films, un film intime et personnel.

 

1999 : « Through a Looking Glass »

1999 Through-a-Looking-Glass

 

2000 : « Croque Mort » étend l’intérêt de Gordon à utiliser son propre corps comme terrain d’investigation dans la mesure où, ici, il a photographié sa fille nouvellement née. La répétition suscite également de l’intérêt pour Gordon, et cette série de sept photographies constitue une puissante installation visuelle autonome. En effet, les œuvres sont installées dans une salle entièrement rouge, comme une salle de cinéma avec son tapis rouge, ou à l’intérieur d’un ventre. Un croque mort, en français, était la personne qui, comme le dit la légende, mordait les pieds du défunt pour vérifier s’ils étaient réellement morts, d’où l’appellation « celui qui mord les morts ». Dans cette série, la fille de Gordon s’amuse à se mordre les pieds et les doigts, mais avec l’extrême proximité et l’ajout du titre sinistre, ce qui est tout simplement une vérification naturelle de l’existence physique d’un nouveau-né, se transforme en un rappel de notre mortalité physique. Ce qui pourrait être une série sentimentale d’images d’un bébé est transformé en une expérience inattendue.


2000 : Dans « Déjà vu », Gordon utilise une nouvelle fois le vocabulaire accessible du film hollywoodien et emploie la méthode de la répétition. Le travail est une projection triple écran du film noir D.O.A. (1950), où la projection centrale montre le film à la vitesse normale de 24 images par seconde, tandis que celles situées de part et d’autre le précèdent à 23 et 25 images par seconde. Les trois projections commencent en synchronisation mais se séparent de plus en plus au fur et à mesure de l’avancement du récit. Notre attention se déplace alors que des images qui sont déjà des flashbacks se répètent. L’installation réussit à confondre le passé, le présent et le futur, alors que le malheureux protagoniste tente de retrouver sa mémoire.

2000 déjà vu 2

 

2001 : « Fog » La caméra entoure une silhouette solitaire et immobile, entourée de brouillard, qui se dissipe ensuite. Les images sont visualisées des deux côtés d’un écran transparent, les projections étant synchronisées de manière à ce que l’une devienne un écho de l’autre. La figure et ses sosies se croisent, ne font plus qu’un, et se séparent sans fin. L’homme, sujet du film, est Robert Wringhim, dont la rencontre avec son double en la personne du diable le conduit à commettre des actes diaboliques, à commencer par le meurtre de son frère.

2001 Fog

Gordon divisé, depuis longtemps préoccupé par son moi divisé, dont le travail cherche à saisir la manifestation physique extérieure de la lutte interne entre le bien et le mal. Ici, cette dualité s’exprime à travers les points de vue changeants du double protagoniste, qui peut être considéré comme un substitut de l’artiste.

Le travail de Gordon s’appuie sur une multitude d’influences allant de la littérature classique aux films hollywoodiens. Le brouillard, constitué de séquences originales tournées par l’artiste, donne une forme visuelle dramatique au conflit incarné dans le roman écossais de James Hogg datant du XIXe siècle, « Les mémoires privées et les confessions d’un justifié ». Inspiré par la lutte et la disparition éventuelle du personnage principal du roman, Robert Wringhim, un homme juste qui se confronte à son autre diabolique. « Fog » peut être lu comme une partition visuelle détaillant la complexité de la constitution psychologique en constante évolution.

2002 Confessions of Justified

 

2002 : « Blind James (blanc) » fait partie d’une série d’œuvres uniques dans lesquelles Gordon « éborgne » des acteurs aussi célèbres d’Hollywood que Gary Grant, Kim Novak, Bette Davis, Jean Harlow, Jane Russell, Marlon Brando, Paul Newman. Gordon utilise des portraits en noir et blanc ou en couleur de vedettes de cinéma, principalement des années 1950 à 1960. Il s’approvisionnait dans les magasins d’affichage de films et de photographies et sur Internet. Il découpe les yeux des stars et monte l’image sur une planche de musée blanche ou noire ou sur un miroir. Beaucoup de stars figurent plusieurs fois. La série comprend environ deux cents œuvres de la même taille, encadrées en blanc, noir ou argent. Actuellement, l’artiste travaille sur une série d’images de plus grand format.

 

2003 : « Play Dead, Real Time » Pour l’installation monumentale, « Faire le mort, En temps réel », l’artiste a fait venir un éléphant indien de quatre ans, Minnie, d’un cirque du Connecticut. Dans la galerie, une équipe de tournage professionnelle l’a enregistrée alors qu’elle réalisait une série de tours : « jouer la morte », « rester immobile », « marcher autour de… », « revenir en arrière », « se lever » et « quémander » – sur ordre de son entraîneur situé hors écran. La séquence montrant les séquences de Minnie est montée avec précision, chaque prise passant au noir. Dans les images projetées sur les écrans, la caméra fait le tour de Minnie, dans le sens des aiguilles d’une montre sur un grand écran puis dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Le métrage sur le moniteur effectue un zoom avant et arrière sur elle, chaque nouvelle séquence commence par un gros plan de son œil.

 

2006 : « Self-portrait-of-you-+-me 1 »

 

2006 : Douglas Gordon collabore avec Philippe Parreno au long métrage « Zidane : Un portrait du 21ème siècle », qui utilise plusieurs caméras pour suivre chaque mouvement de la star du football international. La vidéo comporte 17 angles de caméra différents. Dans chacune des 17 versions de l’œuvre, des séquences brutes prises depuis l’un de ces 17 angles sont projetées sur un écran voisin. Des séquences s’intéressent tout particulièrement au visage de Zidane ; d’autres suivent les mouvements de ses pieds ou encore proposent des vues panoramiques du terrain au fil du match. L’expérience est poussée à son paroxysme lorsque chaque mouvement de Zidane est agrandi et projeté plus grand que nature sur plusieurs écrans. Les caméras portent un regard intense sur le joueur, offrant au spectateur une proximité avec une des figures que nous érigeons en héros.

Zidane: A 21st Century Portrait, 2005-2006

2006 Zidane 2

 

2008 : « Looking Down With His Black, Black Ee » L’œuvre rappelle la rivalité entre les jumeaux de la Bible Jacob et Ésaü, et l’imagerie religieuse joue un rôle important dans l’œuvre de Gordon. « Looking Down With His Black » est un film présenté sur trois écrans, qui diffuse des images de corbeaux, sautillant autour de la vaste chapelle du Palais des Papes à Avignon. Gordon s’est inspiré des films d’Alfred Hitchcock, et les échos menaçants évoquent ici le mystérieux film suspense du réalisateur « Les oiseaux ». L’inspiration première de l’œuvre provient d’un poème écossais, qui décrit un corbeau « Regardant en bas avec son noir, noir, ee » un groupe d’enfants, et l’artiste semble aborder les façons dont, même dans notre ère rationnelle et scientifique, de telles associations malveillantes restent ancrées dans nos mémoires et continuent d’affecter notre manière d’appréhender le monde.

 

 

2009 : « For 24 Hour Psycho Back and Forth and To and Fro » (« 24 heures psycho aller et retour ») Gordon exacerbe l’intrigue déjà troublante du thriller emblématique d’Alfred Hitchcock, « Psychose » (1960). Alors que le précédent film « 24 Hour Psycho » (1993) de Gordon ralentissait l’original de Hitchcock à quelques images par seconde, la durée du film a été prolongée à 24 heures. Le film se joue sur deux écrans contigus : sur l’un d’eux, le film commence au début et sur l’autre, à partir de la fin, de sorte que pendant un instant insupportablement court (un quart de seconde), après avoir attendu douze heures, les écrans affichent la même séquence.

2008 24 Hour Psycho Back and Forth and To and Fro 2

 

2010 : « K.364 » Le titre correspond au numéro attribué par le catalogue Köchel à la symphonie pour violon et alto composée par Mozart à Vienne en 1779. Connaissant cette œuvre de musique de chambre, Gordon en organise une nouvelle représentation avec des musiciens renommés, Avri Levitan (alto) et Roi Shiloah (violon), ainsi que l’Amadeus Chamber Orchestra de la radio polonaise. Il accompagne les deux musiciens lors de leur voyage de Berlin à Varsovie en passant par Poznań et enregistre le concert à Varsovie. Le matériau ainsi obtenu sert de base au film et à l’installation présentée pour la première fois au public de Francfort. Les conversations des deux musiciens sur le chemin de la Pologne révèlent que leur passé et celui de leurs parents sont étroitement liés aux relations germano-polonaises et, surtout, à l’histoire des Juifs polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

 

2011 : « Phantom »

Dans la sixième exposition de l’artiste à la galerie Yvon Lambert à Paris, Phantom présente trois installations autobiographiques. Une œuvre au néon à moitié détruite intitulée « Unfinished », contenant les mots « Je suis le nombril du monde », et une série de quatre cents œuvres encadrées – un journal ouvert des effets personnels de Douglas – plongeant dans les profondeurs obscures de la vulnérabilité des artistes à travers l’objectivation dans leur exposition. Phantom est un travail de collaboration avec l’auteur-compositeur-interprète Rufus Wainwright. Entourée de miroirs et d’un piano à queue, une vidéo de l’œil de Wainwright joue dans les ténèbres, invitant les observateurs à s’interroger sur la nature fragmentée et torturante de soi.

https://gagosian.com/quarterly/2014/12/12/making-eyes-douglas-gordon/

« Je suis le nombril du monde » clamait l’inscription en néon accrochée à l’entrée de la galerie avant sa dégradation par l’artiste lui-même. Quelques lettres sont encore lisibles tel un reliquat d’égo. Douglas Gordon expose de facto sa vulnérabilité — une vulnérabilité qui a trait justement à son exhibition — et anticipe sa propre déchéance.

SONY DSC

Un piano de la célèbre marque Steinway et son double brûlé, dont ne subsistent au sol que les restes calcinés. En toile de fond, sur un écran vidéo, un œil fardé de noir s’ouvre et se ferme, étrangement isolé de son corps d’origine, sorte de monstre ailé, papillon brillant et sombre. L’iris orphelin appartient au chanteur américain Rufus Wainwright, qui est également l’auteur de la mélodie diffusée dans la salle.

2011 Phantom 0

L’installation Phantom est placée dans l’obscurité et se compose d’un écran où est diffusée une vidéo, une estrade, des miroirs sur les murs de l’espace plongé dans le noir et un piano à queue. Dans un rapport frontal, Douglas Gordon conduit le spectateur dans le lieu métaphorique d’une expérience mentale et physique presque mystique. La mise en image de ces partis de corps contribue à créer une réalité ambivalente particulièrement troublante où les repères se perdent, entre violence et tendresse. Le regard représentant Rufus Wainwright est ainsi fragmenté, décuplé, puis rythmé par la charge émotionnelle de sa musique et permet de plonger le spectateur dans un univers plastique et mental, entre fascination et angoisse, désir et aversion.

2011 Phantom film still

 

 

2011 : « Larger than Life, Lifesize, & Smaller than… 1 »

 

2011 : « Pretty Much Every Film and Video Work From About 1992 Until Now,  0 » L’œuvre exposée dans plusieurs grandes villes depuis 1999, consiste en une compilation de toutes les œuvres vidéo de l’artiste depuis 1992. Dotée en 2003 d’une quarantaine de films, elle comprend désormais 82 vidéos réparties sur 101 moniteurs posés sur des caisses de bière.

2011 Pretty Much Every Film and Video Work From About 1992 Until Now

 

 

2012 : Dans « The End of Civilisation », un piano à queue brûle sur un site à l’écart situé au cœur du paysage cumbrian (Écosse). Le piano à queue, emblématique de la haute culture à la fois comme instrument finement travaillé et bel objet sculptural, est détruit en cet endroit verdoyant et désolé surplombant la frontière entre l’Angleterre et l’Écosse.

Le film est présenté sur plusieurs écrans avec un son superposé. Un écran est consacré à un enregistrement rapproché du piano en feu, du moment où il est enflammé à celui où il est réduit en cendres. Un autre présente une vue panoramique du paysage avoisinant, tranquille – parfois, des bouffées de flammes ou des traînées de fumée envahissent la périphérie de l’écran, seule indication que le paysage apparemment serein se trouve à proximité d’un feu.

https://www.youtube.com/watch?v=33PUyTL_3Ls

 

2016 : « I Had Nowhere To Go » Cela fait plus de 70 ans que Jonas Mekas, parrain du cinéma d’avant-garde américain, a quitté son village en Lituanie pour échapper à la persécution nazie. Il avait 22 ans. Aujourd’hui, il est l’un des derniers membres survivants d’une génération de personnes déplacées. Il est également l’un des plus grands « documentateurs » de l’expérience humaine. « I Had Nowhere To Go » (« Je n’avais nulle part où aller ») est son histoire d’exil, provoqué par les horreurs du XXe siècle, poussé par le besoin de créer plutôt que de détruire, d’aller de l’avant, de donner un sens… ou pas. Pour son nouveau projet de film et le travail d’installation vidéo, Douglas Gordon a enregistré Jonas Mekas en lisant « I Had Nowhere To Go ». À partir de là, il a rassemblé les étapes les plus importantes de sa vie et les situations les plus émotionnelles. Portrait d’une personne déplacée, filmique de Jonas Mekas présenté pour la première fois à Documenta 14 à Athènes en 2016 et à Kassel en 2017.

2016 I Had Nowhere To Go 1

 

2017 : « Back and forth and forth and back 1 »

 

2018-2019 : « The inventory of my desire » or « The anatomy of my desire »

 

2019 : « Solid Milk », vidéo (couleur), 12 min 24 s

2019 solid-milk-2019-video-still-12min-24s

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