« Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, un projet d’alphabétisation » Angélica Liddell (2010)

L’alphabet et une liste de mots adjacente sont repris lettre par lettre, mot par mot.

Par exemple, l’amour de l’argent. Impolitiquement correcte, la narratrice n’éprouve de l’amour que pour l’argent. Il faut avoir beaucoup souffert, dit-elle, pour être devenue à ce point haineuse du genre humain. Elle ne se fait plus aucune illusion sur ses semblables. Elle ne veut plus échanger avec eux que des phrases courtes et utilitaires : « – Il reste du pain ? – Oui. – C’est combien ? ». « On devient une personne méprisable, dit-elle, à force de rencontrer des gens méprisables. Maintenant moi aussi, je suis une personne méprisable. » Soupçonnant le monde entier de vouloir l’agresser,  chacun d’être agresseur en puissance, elle ne fait plus confiance en personne. Réincarnation de « La Rochefoucauld des ‘‘Maximes’’ »  ou de « La Bruyère des ‘‘Caractères’’  » au XXIe siècle, elle ne croit plus en l’amour, ni en l’altruisme des êtres humains. En chaque homme, elle évalue le degré d’intérêt qu’il a à vous aimer ou à vous dire qu’il vous aime. A ses yeux, le monde est mû par l’intérêt, notamment celui de vous baiser, ou par la peur d’être seul(e). Elle ne croit plus en l’amour. Entre êtres humains, répète-t-elle, seules les conversations brèves et utilitaires sont concevables. Elle met à plat tous les vices et tous les travers de l’humanité. Il n’existe pas de pianiste suffisamment innocent pour jouer du Schubert. Elle aimerait rencontrer un gang de bandits pour commettre avec eux des délits. Elle préférerait que les espagnols veuillent être le nord de l’Afrique plutôt que le sud de la France. Il n’existe pas de société morale. Il n’existe pas de société morale et il ne peut pas y en avoir. Quand bien même les sociétés se targueraient-elles de l’être ou quand bien même elles se feraient championnes de la civilisation, il ne peut pas exister de société morale. Combien de barbaries ont-elles été commises au nom du bien ? Cela rappellera peut-être quelque chose, elle n’envisage pas que le Président de la France (championne de la civilisation) puisse être autre chose qu’un pervers qui se masturbe en pensant à des petites filles ou à des petits garçons. Elle se méfie de toutes les personnes qui se drapent d’une chasuble et se parent d’un certificat de virginité. Elle ne croit pas en la collectivité, en la foule, aux messes, elle ne fait foi qu’aux individus, elle ne prête sa confiance qu’à l’individu. Comment les innocents peuvent-ils être coupables ? Comment les innocents peuvent-ils avoir une quelconque part de responsabilité dans le crime ou dans le délit qu’ils ont subis ? Livrant sa peine, sa douleur, sa souffrance, sa dépression, préférant sympathiser avec les loups, elle espère la mort de son abuseur. Poursuivie par des pulsions de suicide, elle se défie tout particulièrement des pères qui se déclarent blancs comme neige. Blessée à mort, elle se considère moins qu’une merde.  La société peut être complice d’un violeur. Afin de le protéger et passer sous silence ses méfaits, un accord tacite peut avoir été contracté entre un violeur et ses proches. Elle hait la famille, cette cellule qui place sous le boisseau et qui protège en son sein les agissements des violeurs. Lorsqu’elle entend qu’une famille (c’est dire le degré de haine) s’est tuée en voiture sur la route des vacances, elle se réjouit en se disant : « Une famille en moins où peut être commis et couvert un viol. » La famille n’est pas le lieu d’une idylle, elle est le berceau de la barbarie. C’est pourquoi elle prône la destruction de la famille. Les enfants ne sont pas nécessairement à l’abri dans les familles. La famille n’est pas nécessairement une cellule aimante. Même après vingt ans, la victime ne peut pas oublier le mal qu’on lui a fait. Cela la soulage de savoir que ceux qui aiment la vie, ceux qui croquent la vie à pleines dents, ceux qui sont heureux, ça la soulage de savoir qu’ils mourront aussi.

Maudite soit-elle de s’être confiée au public ! Maudite soit l’humanité entière ! Elle plaide pour l’extinction radicale du genre humain. « Que plus un enfant ne soit conçu à la surface de la terre » !

Sans pardon.

Ni merci.

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