« Première Épître de saint Paul aux Corinthiens » et « Tandy » Angélica Liddell (2014)

Dans « Première Épître de saint Paul aux Corinthiens », la narratrice Angélica se tient prête à toutes les humiliations pour retrouver le fiancé qui l’a abandonnée. Se jetant à corps perdu dans l’Épître, la prière et la supplication, elle se prosterne à ses pieds. A l’instar du Christ que Dieu le père a abandonné, elle se tient face à l’homme qui l’a quittée. Même malade de son eczéma, elle se tient disposée à être ravalée à moins que rien. Pour mieux s’humilier, elle le pose sur un piédestal supérieur à celui de Dieu lui-même ! Elle le hausse au rang des évangiles ! Pour regagner son cœur, elle sacrifie père et mère ! Mais son attitude est une ruse. Comme Dieu ou comme le Messie sur Terre, elle n’est pas venue pour réunir mais pour séparer les membres de la famille : le père du fils, la mère de la fille. Elle n’est pas venue apporter la paix mais le glaive. Elle s’apprête à souiller et à blasphémer le corps du Christ. Parce qu’elle l’aime non de pieuse mais de charnelle manière, jusqu’à la démence, elle est profanatrice, démon, Satane. Dès l’âge de trois ans, elle se masturbait avec le crucifix. Elle aime et appelle si fort cet homme exhaussé au rang du Christ, qu’elle aspire à le ressusciter : « Il n’y a que moi pour croire en ton retour ! » Par sa longue épître, d’une si haute tenue qu’aucun homme ne puisse imaginer être à la hauteur, elle parle directement au Seigneur, lui déclarant lui criant qu’elle est folle de lui. La vie l’ayant emporté sur la mort, toute la pièce n’est qu’une prière adressée à ce nouveau Christ, objet de son nouveau culte.

« Tandy »

En guise de prologue, un homme alcoolique aux penchants pédophiles prophétise la venue de la femme qui l’aimera, une créature répondant au nom de Tandy.

S’ouvre alors le journal de Tandy. Elle est en manque d’amour. Au sens littéral du terme, elle est un puits d’amour. Prédestinée à être la femme du prophète, elle veut aimer, rencontrer l’amour. Elle est en disposition d’amour. Mais elle ne s’adresse à personne. Elle attend, espère, attend et espère désespérément. Elle lui écrit. Elle lui écrit passionnément, mais le prophète ne répond pas. Elle est l’élue, celle qui a été désignée dans le prologue, mais elle parle dans le vide. Elle parle pour rien. Elle soliloque. Le prophète n’existe pas. Il ne viendra pas ou plutôt si, il viendra, mais il aura la forme d’un tronc, juste un tronc qui se masturbera devant elle. L’attente désespérée de cet amour la rendra malade. Elle n’aura plus que sa maladie pour interlocutrice. Elle parle sans arrêt, lui envoie ces paroles comme autant de bouteille à la mer, elle l’idolâtre, la vénère : ELLE AIME SA MALADIE ! Elle se demande si elle n’est pas devenue folle. Son désir n’a jamais été un désir d’amour, mais un désir de maladie. Elle clôt la pièce par une citation de quelques mots d’Antonin Artaud, autre grand malade devant l’éternel, adressés dans une lettre à sa présumée fiancée : «  Je suis en enfer si tu ne m’écris pas »…

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