« Martereau »(1953), « Portrait d’un inconnu » (1956), Nathalie Sarraute

« Martereau » Nathalie Sarraute (1953)

Dans une atmosphère de réception de « gens importants » ou de visites chez de « grands manitous », de collectionneurs et de grands bourgeois, une femme et son mari devisent sous les yeux d’un narrateur qui ne dit mot mais qui n’en pense pas moins.

Le mari, homme d’affaires très occupé, voyage beaucoup. La femme, parlant chiffons, mode, collections et expositions, cite de grands couturiers, de grands artistes, de grands tableaux, de grands peintres, des personnages légendaires (la dame à la Licorne, la Belle Ferronnière, La Dame aux Camélias). Elle évoque aussi sa déception du mariage. Elle s’est mariée trop tôt, à dix-sept ans. Elle n’a pas eu  le temps de vivre. Elle est passée d’une sujétion, celle de son père, à une autre, celle de son mari. Elle est insatisfaite.

Au terme de gros efforts, elle est parvenue à quitter son mari pour vivre dans le plus grand dénuement. Elle avait été recueillie chez des amis pauvres. Elle s’était mise à peindre, comme elle le voulait depuis toujours. Elle s’était lancée dans la fabrication de bijoux afin de gagner sa vie et devenir indépendante. Cette vantardise scandalise le narrateur qui reste silencieux. Ce dernier n’a pas les moyens de gagner sa vie. Il est malade et se tait. Qui, pareil au Misanthrope, dirait la vérité finirait seul et abandonné.

Depuis l’enfance, le narrateur reste près de ces gens afin de les écouter et consigner leurs mots : « Il fallait les capter tous au passage, sans rien laisser passer, tous leurs mots, leurs plus légères intonations et les examiner lentement, les désamorcer comme des engins dangereux. Flairer aussi leurs odeurs écœurantes. »

C’est la maladie, rien que la maladie, qui l’oblige à vivre à leurs crochets, chez eux, et à se laisser domestiquer par eux. Toutes les femmes et les filles de ce monde sont identiques. Elles feignent mais elles trichent, mentent et ne pensent qu’A SE MARIER. Pour elles, c’est un métier de faire la femme : dénicher l’occasion rare chez le brocanteur, de petits perchoirs pour la cage aux oiseaux, etc. C’est un métier et un « ART ». Le narrateur ne comprend rien et ne veut rien comprendre à cet art qui donne des épouses qui ne sont pas des a(i)mantes.

La femme ne bronche pas, ne réagit pas, lorsque son mari lui fait des scènes. Il ne parle qu’affaires, société anonyme, renvoi de la secrétaire, bourse, hausse du prix des terrains en Argentine… Tous ces discours couvrent le narrateur d’une couche de boue.  Le mari dédaigne les apprentis-artistes, les apprentis novateurs. Ce sont des « songe-creux », des « farceurs » et de petits fantaisistes : de petits créateurs de mobiliers.

Le narrateur se trouve être le neveu du mari. Pour lui, il est impossible de prendre de la distance, comme le font les autres, avec les membres de sa famille. Au restaurant, sa femme et leur fille sont des « pies jacassantes ». Leur conception du bonheur consiste en un foyer, une femme, une fille. Le malheureux narrateur se laisse ballotter au gré de leurs desiderata et de leurs mouvements. Il est le réceptacle de leurs insatisfactions respectives.

Ils médisent les uns des autres. Le témoin se donne pour but de connaitre leurs malpropretés. C’est au tour de la femme (sa tante donc) de médire sur sa fille, jugée trop molle et accaparée par le souci unique de plaire aux garçons. Toutefois, se mettre à l’écoute des confidences de la mère au sujet de sa fille est un jeu dangereux, puisque, au final, les deux femmes sont complices. Elles peuvent se ressouder et leur réconciliation peut se retourner contre le narrateur. Rien de plus banal en fin de compte que ce besoin de dénigrement universellement partagé. Avec le mari, le narrateur se livre également à ces sortes de divertissement.

A cet instant, Martereau apparaît. Le jour où son oncle projette d’acquérir une maison, l’idée de solliciter Martereau pour des conseils de maçonnerie vient à l’esprit du narrateur. Sa tante garde le silence. Lorsque elle estime que son mari a fauté, le silence est le châtiment qu’elle lui inflige. Cette fois, la raison de ce long silence est l’affreuse maison de banlieue que son mari s’entête à vouloir acheter. Avant de partir quelques jours, le mari mandate sa fille devant sa femme afin qu’elle aille donner la somme d’argent nécessaire à l’achat de la maison, objet de leur litige. Il affirme, pour mieux désarçonner sa femme, qu’il n’achète pas la maison pour l’habiter mais « pour faire un placement ».

Le narrateur et la fille partent apporter l’enveloppe qui contient deux millions huit cent mille francs (six millions d’euros) en mains propres à Martereau. Le projet est que Martereau achète la maison en son nom afin d’éviter à l’oncle de la déclarer au fisc.

Les deux jeunes gens reviennent bien vite chez eux afin d’annoncer qu’ils ont bien rempli leur mission. Martereau a enfermé dans son coffre devant eux la somme que contenait l’enveloppe. C’est alors que le père pose la question : les jeunes gens ont-ils pensé à demander un reçu ? … Aussitôt, le narrateur repart à la recherche du document. Il croise Martereau dans la rue, mais celui-ci feint de ne pas le reconnaître. Quand il revient bredouille, le narrateur apprend que tout est arrangé. Martereau a téléphoné à l’oncle. La maison a bien été bien achetée et les droits de mutation ont bien été convenus.

Apaisé, le narrateur retourne chez Martereau. Lorsqu’il arrive à destination, M. et Mme Martereau sont en train de déballer la cuisinière… neuve qu’ils viennent d’acquérir. Martereau annonce au narrateur qu’ils vont vivre dans la maison qu’ils ont achetée pour le compte de l’oncle…

Lorsqu’il apprend toutes ces nouvelles inquiétantes, l’oncle décide de demander un reçu par écrit à Martereau.

Deux mois plus tard, il n’a toujours pas obtenu de réponse. Lorsque le narrateur se rend chez Martereau dans le but d’obtenir le précieux document, ce dernier annonce qu’il n’a pas répondu à la demande au motif qu’il trouvait offensant qu’on puisse mettre en doute son honnêteté. Prétextant la fatigue de sa femme et la sienne, il congédie le narrateur.

Un jour arrive où, au terme des travaux de maçonnerie, Martereau restitue la maison. Tous sortent un peu groggy de cette histoire.

Puisque la maison a été restituée, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat, le roman aurait pu ne pas avoir lieu.

Le narrateur rend une dernière visite à Martereau…

« Portrait d’un inconnu » Nathalie Sarraute (1956)

Portrait Sarraute

Un homme, peut-être soupirant, observe un vieux père et sa fille, qui n’est plus toute jeune. Le père et la fille ont une relation pour le moins névrosée – une espèce d’amour-haine, d’amour-rejet. Ils sont inséparables, mais ils ne se tolèrent plus. L’observateur écrit un roman dans le roman. Pour qualifier son récit, il parle du portrait d’un inconnu qu’il va voir au musée. Au moment où le narrateur s’approche de la fille, celle-ci vient de se fâcher avec son père pour une question d’argent. Son père est très avare, il soupçonne sa fille de vivre à ses crochets. La « jeune » femme choisit cet instant pour présenter son fiancé (Dumontet) à son père. Ce dernier se retrouvera seul et le narrateur restera bredouille.

sarraute

4 réflexions sur “« Martereau »(1953), « Portrait d’un inconnu » (1956), Nathalie Sarraute

    1. Bonjour Martine, Je vois que tu es beaucoup plus active que moi en ce moment sur les réseaux sociaux. Pour moi, en ce moment, étant en période de travail intense, dans moult directions, j’ai sérieusement levé le pied. De loin en loin, quand j’en ai le temps, je ne m’occupe plus que de l’animation de ce blog. Amitiés à Jean-Laurent et à toi. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir de nous raconter cette « incroyable » (elle était encore incroyable, il a quatre mois) période. jmp

      Aimé par 1 personne

      1. Hello Jean-Michel, pour moi aussi blog étonnammant délaissé… Tous mes voeux pour tes projets. Quel dommage que celui de la Grange ait été étouffé par ce malveillant virus. Mes amitiés à vous deux et à bientôt j’espère!

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      2. Oui. Et comme après plus de vingt-cinq années, la Grange de Dorigny va changer de direction et certainement d’orientation, il n’est pas du tout sûr que nous puissions nous revoir un jour en ce lieu… Amitiés.

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