« Le retour au désert » Bernard-Marie Koltès (1988)

Argument : Dans une ville de province à l’est de la France, au début des années soixante, Mathilde retrouve la maison familiale qu’elle a quittée quinze ans auparavant. Revenant d’Algérie avec bagages et enfants (Édouard et Fatima, deux jeunes adultes), elle est violemment accueillie par son frère Adrien qui l’accuse de revendiquer son héritage. 

Un lieu entouré de clôtures : la maison d’Adrien et de Mathilde

Le père Adrien vit cloîtré dans cette maison. Il y retient son fils Mathieu qui veut s’émanciper et faire de belles phrases.

Une dispute fratricide entre les deux frère et sœur

Des apparitions mystérieuses : le spectre de Marie, le parachutiste noir…

La présence de militaires, la place de l’armée, le rapport des hommes à l’armée et à la guerre.

L’apologie des muscles, de la musculature, de la virilité.

Celui qui voulait aller à la guerre se retrouve plus tard en état de vulnérabilité parce qu’il ne veut plus aller au combat et ne veut pas mourir. L’homme viril pleure.

Le désir des hommes d’être omnipotents envers les femmes.

Le crédo anti-machiste de la nouvelle génération, des jeunes femmes (Fatima)

Une sensibilité, une réception perceptive de la nature

L’herbe du jardin se sera redressée, et le vent et la rosée auront nettoyé le tronc de l’arbre.

Une succession de professions de foi poétique : un mixte entre des réflexions conjoncturelles et des réflexions « globalisantes ».

Des disputes pied à pied, argument contre argument.

De la défensive à l’attaque

Le conflit contre l’État, incarné par le Préfet de la police.

Le personnage de retour d’exil : Mathilde, l’ancienne bannie.

Les bourgeois parvenus, ex-roturiers (Adrien, le Préfet) contre les bourgeois de pure souche (Marie, première femme d’Adrien)

La vengeance pour un préjudice subi (la citoyenne Mathilde contre le représentant de l’État : le préfet et tous les patriarches réunis).

Un acte transgressif, iconoclaste : avec l’aide de son fils, Mathilde rase la tête du Préfet.

Le clan des bons citoyens, des gens sains, des notables, les bourgeois, les possédants, les hommes du monde, les gens de la bonne société, les gens honorables ; contre les « insoumis », les transfuges, les noirs, les nègres, les juifs.

La fille (Fatima) ayant des visions est traitée de folle.

Le personnage (la vieille domestique Maam Queuleu) veut réconcilier les protagonistes irréconciliables (le frère et la sœur) et se propose de faire la médiatrice.

Le personnage Marthe (seconde femme d’Adrien, sœur de la défunte Marie) a le pouvoir magique d’exorciser son mari. Elle aurait la capacité d’en extraire le diable qui est en lui.

La scène comme lieu de combat, comme lieu de conciliabules et de conciliations avortées.

Les agressions en crescendo, attaques ad hominem, les attaques contre les enfants, la mauvaise foi, les procès d’intention et les mauvais procès.

Le colonialisme, la guerre d’Algérie en arrière plan.

Ultimatum : Mathilde laisse vingt-quatre heures à son frère pour quitter les lieux.

Succession d’adresses, en forme de confession, au public : Adrien (méditation sur sa condition simiesque), Mathilde (méditation sur ses rapports à la nuit, au sommeil, à la vérité et au mensonge, son souhait de supprimer la notion d’héritage, son désir de ne pas être une femme, ni un homme, son désir de modifier le système de reproduction dans son entier : les arbres enfanteraient les bébés ; la préférence qu’elle aurait eu d’être un homme, sa vision très désenchantée de la vie : on ne peut faire confiance à personne, il ne faut surtout pas se montrer en position de vulnérabilité), Edouard (à la fin d’une démonstration scientifique par l’absurde, la vitesse de déplacement d’un homme sur terre et ce qui pourrait s’ensuivre si cet homme sautait en l’air, la disparition d’un fils dans l’espace qui n’a rien à faire là puisqu’il n’est pas aimé par sa mère).

La recherche d’amour dégénéré : Mathieu veut aimer sa cousine Fatima qui le rejette. Chez Koltès, il n’y a que deux sortes d’amours envisageables, l’amour dégénéré (les consanguins entre eux, quasi incestueux), ou l’amour avec les prostituées : il n’y a pas d’entre-deux.

L’amour impossible chez Koltès en dehors du viol, de la prostitution, de l’adultère.

Les gens des hauts quartiers (comme Adrien et sa famille), les gens des bas-quartiers (le café Saïfi et les prostituées).

Le sentiment d’exil, d’apatridité des personnages de Koltès : Mathilde. Des personnages sans terre.

Les comploteurs qui se désolidarisent.

Les extrêmes, les antagonistes (leurs fils), qui pactisent. Les alliances opportunistes.

L’arrivée d’un personnage complètement hors conflit, « superviseur » « en surplomb » : le parachutiste noir (noir de peau, vu le final), venu d’on ne sait où et reparti par le même chemin, le personnage qui vient apporter le trouble radical absolu et gratuit, dans la maison-propriété. L’alliance du bourgeois avec ce personnage indomptable, incontrôlable, aux instincts bestiaux. Ce personnage est nostalgique de l’empire colonial. Ce fantôme est le pendant (le répliquant) du fantôme de Marie.

L’attente au cours de nuit « à l’heure du crime » de celle qui a peur : Mathilde dans l’appréhension de la venue de son frère. Les méditations de l’insomniaque.

L’aversion de Mathilde envers les hommes, son rejet, sa haine des hommes, qui sont tous des violeurs, des agresseurs en puissance. La misanthropie de Mathilde. Son sexisme anti-masculin.

L’insomniaque apeurée qui se repaît de mots pour conjurer la peur et ne pas s’endormir.

L’entrée de l’assassin dans la chambre.

Les confidences, les confessions du tueur.

Le tueur en puissance se sentant tout à coup très seul et très vulnérable… continue malgré tout de donner des leçons de virilité et de machisme.

Ce père venant confier qu’il a fait une croix sur son fils.

Les comploteurs se réunissent dans le jardin dans le but de surprendre Fatima en flagrant délit d’hallucination et la faire interner, et ainsi nuire à Mathilde.

La convergence de tous les personnages en un même lieu (le jardin de la propriété) pour la scène finale.

La conjuration des comploteurs fait un mort : pas les enfants, pas le fils d’Adrien ou le fils de Mathilde qui étaient tous les deux en danger : Aziz, le plus faible, l’étranger, et celui qui n’a aucun rapport avec la querelle. Victime jusqu’au bout.

Les deux frère et sœur ennemis se réconcilient sur le dos de leurs enfants en décidant de fuir ensemble.

La propriété a été violée… La fille Fatima est tombée miraculeusement ou clandestinement ou subrepticement ou inopinément enceinte, par intrusion… par ingérence… malgré les avertissements répétés de sa mère.

Coup de théâtre final pour les personnages décidés à fuir (et qui vont fuir plus rapidement encore), deux personnages socialement conformistes touchés dans leur conservatisme jusqu’au cœur lorsqu’ils apprennent que leurs petits-enfants (les deux nouveau-nés jumeaux) sont…

noirs.

Les deux frère et sœur ennemis deviennent complices plus que jamais dans leur fuite.

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