« Horloge » (« Reloj ») Rodrigo García (1988)

« Horloge », autrement dit « compte-à-rebours », « course contre le temps »,  présente les « derniers instants » d’un homme archi-esseulé dans son fauteuil à bascule, en maison de retraite : ses insomnies, son décompte des cafards, ses conversations imaginaires avec son notaire au sujet de la vente de sa maison et le paiement de sa maison de retraite, ses temps de méditation passés à regarder les oiseaux par la fenêtre, ses pétages de plombs avec les infirmières pendant qu’il mange sa bouillie (lors de ses cauchemars, l’homme est poursuivi par un contingent d’infirmières qui referment sur lui le couvercle de la poubelle où il est fourré), les temps passés à regarder les couples de vieux danseurs aux bals organisés dans la salle des fêtes de la maison de retraite. Ce vieil homme donne sa dernière prestation théâtrale, la sienne : « pour hurler à la dernière représentation, celle où il n’y a plus personne pour l’entendre. » Aux derniers instants de sa vie, il voit Verdi, dont il est fan. Sur son tourne-disque, le vieillard écoute son dernier disque rayé du compositeur, un fragment de « Rigoletto », l’histoire du bouffon difforme, bossu, tirée de la pièce « Le roi s’amuse » de Victor Hugo, remémorant la cabale subie lors des représentations de « Rigoletto », lorsque la salle criblait la pièce d’insultes. Tel le hâbleur Rigoletto, le vieil homme profère : « le théâtre me déteste à cause des choses que je dis ». Qu’importe : « Il parlera pour n’être pas écouté. » Il mourra, dit-il, à la fin du disque (rayé)… tout en se balançant sur son rocking-chair : « Allez, vas-y que je me balance ». Depuis combien de temps n’est-il pas sorti dehors, se demande-t-il ? Deux ans ? Quand il marche, il donne l’impression de progresser sur des patins. Il devrait s’estimer heureux à la maison de retraite. Rien ne lui manque. Malheureusement, il est frappé de pertes de mémoires. Sur les toilettes, il énumère les mots dont il se souvient. A proximité de lui, des bruits de poubelle surgissent de sa… poubelle : un présentateur météo, un commentateur de football qui crie : « goal », le présentateur d’un jeu télévisé. La poubelle tombe, on entend un fragment de « Rigoletto ». Le vieillard est à bout de force. Lors d’une discussion avec le directeur de la maison de retraite, il rappelle qu’il n’a pas revu son fils depuis deux ans. Il s’efforce de rassurer le directeur sur son état de santé : il défèque tout seul, il n’irait pas jusqu’à dire qu’il bande, mais il est parfois excité. Il a tâché de se sauver, mais ce fut un échec : « Il n’a pas pu faire le moindre pas. » Finalement, il cessera de se rebeller. Cette maison de retraite n’est pas si mal. Il se résout à y rester. On s’apprête à le maintenir sous respirateur artificiel. On entend une dernière fois l’air de « Rigoletto ».

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