« Bergman Island » de Mia Hansen-Løve (2021)

Voici un film qui donne furieusement envie de voir ou de revoir un autre, ce qui n’est pas son moindre atout : « Scènes de la vie conjugale » d’Ingmar Bergman, un film féroce d’entre les féroces. Dans le film de 1973, la caméra du cinéaste suédois, souvent fixe, s’éloigne ou se rapproche, capte souvent les visages en gros plans. Ce couple, qui paraissait harmonieux, qui semblait modèle, vu de l’extérieur, contenait l’enfer en lui. Pendant près de trois heures, le couple ne fait plus que s’entredéchirer. Représentatif du monde bourgeois, celui-ci vole en éclats. Les personnages jouent à huis clos, la mise en scène est souvent immobile, le film consiste en d’interminables conversations entre les deux membres du couple (hormis le début du film : l’interview d’une journaliste : puisque qu’il s’agira du couple qui sera en effet ausculté et mis sur la sellette, hormis la photo de famille avec les enfants – des filles- que l’on ne reverra plus jamais, signe que le père les ignore complètement, ou encore hormis le repas avec les amis qui montrent l’exemple de la discorde qui contaminera le couple initial) ; pourtant on ne s’ennuie pas une seconde, on est tenu en haleine, les personnages sont d’une cruauté extrême. Le réalisateur ne nous épargne rien, les personnages non plus, ils parlent sans tabou, aucun sujet n’est évité : ni l’indigence de leur vie sexuelle, ni l’impossibilité de l’homme de jouer son rôle de père, ni le divorce, ni le partage des biens (parce que le mariage est aussi une affaire), ni l’adultère, ni l’extrême souffrance de la séparation, ni les coups, ni la femme martyrisée par son mari, ni la veulerie de l’homme qui refuse de divorcer (parce que cela ne l’arrange pas) … Ce qui fait l’extraordinaire de ce couple, c’est qu’en dépit de leur désunion, ils restent toute leur vie liés l’un à l’autre : ils font le constat de leur incapacité à vivre ensemble et à s’aimer, mais dans le même temps (et ils l’acceptent), ils ne peuvent pas s’oublier. Aussi, tout au long et même jusqu’au bout de leur vie, ils continueront, malgré les coups, les empoignades physiques et verbales, à rester indissolublement liés…

Alors « Bergman Island » à côté ? Soit, il donne l’impression d’être un peu plus terne, un peu moins pourvu de contenu, surtout à vouloir se mettre dans les pas archéologiques et même quelques fois touristiques de la figure tutélaire, un peu pesante parfois, du maître suédois, mais parce qu’il traite du désir féminin : désir de créer (conversation sur la création et l’acte de créer), du désir d’être artiste, des fantasmes d’une femme artiste, de la frustration, aussi parce qu’il a un scénario que l’on suit à la trace et qui étonne, il contient donc bien une écriture cinématographique, on se laisse prendre par ce film en forme de fruit doux et parfois très amer…

Affiche du drame

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