« Fallait rester chez vous, têtes de nœud » (Haberos quedado en casa, capullos) Rodrigo García (2002)

En lieu et place d’une pièce au cours de laquelle ils devaient se livrer à la tuerie organisée de divers animaux déposés de manière incompatible dans un aquarium, cinq personnages se livrent à cinq monologues.

Dans le premier monologue, un homme, porteur d’un tee-shirt « I love Base-Ball » (?), n’aspire plus qu’à « foutre des baffes ». Rien de telle qu’une bonne raclée. Il joue sur les mots : « On parle de raclée mémorable, quand il reste quelque chose d’intact à l’intérieur du cerveau » ou bien encore : « Donner une raclée veut dire baisser la main, et non lever la main ». La bonne raclée doit d’abord être expérimentée sur les animaux avant de l’être sur les personnes. Sur la scène, un petit lapin blanc se sent tout disposé, sans encore le savoir, à la recevoir… La bonne raclée n’est pas une mise à mort du récepteur (cela reviendrait trop cher, vu le prix en cours des obsèques) mais un dialogue avec lui. La raclée doit être administrée sans témoin, sinon l’administrateur de la raclée se transforme en acteur, et cela ne serait pas bon pour lui. A défaut de pouvoir les donner au Président et au Premier Ministre, il faut donner les raclées aux Juges, ou à défaut encore au petit lapin qui est sur scène. La bonne raclée est une raclée gratuite. Elle doit être injustifiée et doit avoir ni rime ni raison. Le bon donneur de raclée ne doit avoir aucun antécédent dans son existence qui puisse justifier qu’il soit devenu donneur de raclée. La bonne raclée n’a d’autre raison que la rencontre entre la spiritualité du donneur de raclée et la spiritualité du récepteur de la raclée. C’est une rencontre, un dialogue, de spiritualité à spiritualité. A présent, l’homme s’apprête à avoir ce dialogue avec le petit lapin…

Dans le second monologue, un homme aimerait bien savoir ce qui fait « marrer les autres ». Selon lui, vu la mésaventure qui lui est arrivée, à savoir l’obligation de remplacer une pièce de tuerie entre animaux par une autre, « on ne peut pas vivre en pensant avec la tête d’un autre ». Mettant la phrase en application ou prenant la phrase au pied de la lettre, il imagine que l’on mette la tête décapitée de quelqu’un sur le corps tronqué d’un autre et qu’on réalise cette expérience à l’école par exemple, que tous les pions, les profs et les élèves échangent leurs têtes… Les parents, « venant de terminer de baiser », arrivent à l’école pour venir chercher leurs enfants et ils découvrent tous les enfants décapités avec la tête d’un autre. Pour en discuter, les parents se réunissent et se distribuent des baffes… Dans la foulée, surviennent les abus sexuels qui n’en sont ( « évidemment ») « jamais »…

Dans « Moi aussi j’ai eu une enfance merdique et je ne m’en plains pas », un nouveau personnage continue de professer de « grandes » philosophies : ce qui est bon pour les uns ne l’est pas pour les autres. Il lui est impardonnable d’être né. Dans sa famille, sa mère était prévenante, mais son père mettait tout le monde en boule. Pour procurer à sa mère la liberté sexuelle identique à son père, le narrateur emmène sa mère à une partie fine. Mais personne ne « veut » de sa mère de 70 ans…

Dans « Putain de toi et putain de moi », il est question de tromperie sur la marchandise. Les pizzas vendues avec l’argument de vente « double-ration de fromage » n’ont toujours qu’un « tout petit peu de fromage ». Il est impossible d’échapper à la trahison humaine. Il souhaiterait vider l’eau de l’aquarium, comme il projetait de le faire dans son projet initial, pour que les poissons s’asphyxient…

Dans « Je crois que vous m’avez mal compris », un parent annonce à son enfant que ce dernier n’ira pas à l’école aujourd’hui mais qu’il devra chercher du travail pour apprendre ce que signifie : « Gagner sa vie ». A l’instar de ses prédécesseurs, l’homme continue de dispenser ses leçons et conseils : « Tu achètes un livre et tu soulignes une phrase toutes les deux pages, comme ça quand quelqu’un te l’empruntera, il croira que tu l’auras lu ». Le parent annonce à son enfant : « Je vais te présenter un drôle de bonhomme… », tout en s’étonnant de n’avoir jamais vu le chien Rintintin copuler dans le feuilleton du même nom. Pourtant, voir le chien Rintintin copuler serait profondément didactique. L’homme est pour la libération de tous les animaux domestiques : le poney, Flipper le dauphin, le chien Rintintin, l’otarie… L’otarie à qui on apprend des tours n’est qu’un misérable pitre. Lorsqu’il avait huit ans, le narrateur voulait empoisonner le poney du photographe sur lequel ce dernier faisait monter les enfants pour les prendre en photo…

« Mon cœur pleure, il n’y a pas de mots » est le manuscrit que l’auteur souhaitait apporter aux comédiens pour la séquence de l’aquarium rempli de bestioles (projet qu’il n’a pas pu réaliser parce que le festival où cela devait se jouer l’inondait de fax émanant de sociétés protectrices des animaux et parce que ses comédiens désapprouvaient la pièce et refusaient de l’interpréter). Dans le même aquarium, ils devaient successivement apporter un poisson, vider l’aquarium, apporter un hamster, remplir à nouveau l’aquarium, apporter un petit oiseau, vider à nouveau l’aquarium, apporter une tarentule ou une vipère, … un lapin, … un chat, puis ils devaient introduire le tuyau d’une bonbonne de gaz dans l’aquarium… Au final, le titre de la pièce « Mon cœur pleure, Il n’y a pas de mots » devait s’inscrire, scindé en deux, sur le torse et sur le dos dénudé des acteurs…

https://www.youtube.com/watch?v=JdR7nkMaQIs

Rodrigo García

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