« Approche de l’idée de méfiance » (« Aproximación a la idea de desconfianza ») Rodrigo García (2006-2007)

Comme Guy Debord, grand contempteur de la société du spectacle, parlant au sein de l’Internationale Lettriste, puis à l’Internationale Situationniste, de « l’intensité du vécu », comme Jean-Luc Godard incitant à « Vivre dangereusement jusqu’au bout », les deux pièces de Rodrigo García qui se succèdent en 2006-2007 : « Approche de l’idée de méfiance », et « Bleue, saignante, à point, carbonisée », aspirent à user la vie jusqu’à la corde… Partout où l’on passe, elles recommandent d’épuiser ce que la vie vous offre, y compris dans les hôtels où vous êtes de passage, elles vous incitent à terminer les petits tubes de shampoing et de gel douche « généreusement » offerts par l’hôtel, même si ces tubes sont bas de gamme et bons marchés. Car si vous ne vivez pas votre vie jusqu’au bout, même au sein de ces chaînes qui vous proposent des produits minables, vous risquez de le regretter. Comme on épuise un tube de dentifrice en le tordant et en le pressant jusqu’à la lie, Rodrigo García épuise les mêmes sujets dans son œuvre au risque d’épuiser ses spectateurs. Mais selon l’auteur espagnol, il vaut mieux toujours user les mêmes cordes, user le théâtre et les confessions et risquer la rupture. Selon lui, la vie ne vous offre pas toujours de la qualité, elle a plutôt tendance à vous offrir de la merde. Témoin, la nourriture merdique que constitue un « Dunkin’Donuts ». Mais peu lui chaut. Car vous pouvez toujours vous goinfrer de « Dunkin’Donuts », en tomber malade, porter plainte contre le fabriquant de « Dunkin’Donuts », gagner fatalement votre procès (comment peut-on faire une bouffe si dégueulasse ?), obtenir des dommages et intérêts faramineux et terminer votre vie, puisqu’il s’agit de cela, de manière singulière et excessive. Si vous êtes pauvre, si vous vivez dans un pays en ruines, si vous songez par exemple à la Palestine, au Hamas, ou au pays d’Evo Morales, si vous êtes aux antipodes des occidentaux qui ont le privilège de se faire tatouer la peau parce qu’ils ne connaissent pas d’autres désirs et qu’au titre d’êtres superficiels ils n’ont pas vécu de grandes épreuves dans leur chair depuis la fin de la seconde guerre mondiale (aucun européen n’ayant vécu de grandes souffrances depuis soixante-dix ans, motif pour lequel l’auteur – d’origine argentine – ne peut faire confiance à aucun d’entre eux), ça sera pour vous, spectateur, le moyen de retomber sur vos pattes et de vivre votre vie intensément jusqu’au bout…

« Dans cette pièce, Rodrigo García s’adresse à l’intime. À l’exception d’un court fragment, le texte de l’auteur argentin n’est pas dit : projeté sur écran en fond de scène, il se donne à lire. Comme un recueil d’histoires minimales, le spectacle évolue dans le secret de ces visions ambiguës à la fois paisibles et inquiétantes. Entre un corps exultant dans un nuage de poussière et une étrange bacchanale enveloppée de miel, les mots oscillent du pamphlet à l’autocritique, autour de quelques crimes supposés aujourd’hui commis par l’auteur et tant d’autres… »

Festival d’Avignon

Vidéo intégrale :

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