« Et balancez mes cendres sur Mickey » (« Esparcid mis cenizas en Eurodisney ») Rodrigo García (2006)

Poursuivant sa croisade contre les lieux de consommation, Rodrigo García dénonce la confusion qui est volontairement organisée par les magasins modernes à l’intérieur desquels, une fois que vous êtes entré, il est presque impossible de dire où vous êtes, en raison du design moderne épuré et aseptisé : dans un magasin de chaussures ou chez un marchand de thé, dans un magasin de lampes ou une boutique de piercing ? Plutôt que sur Mickey, c’est sur Eurodisney, lieu de loisir de masse par excellence, que l’auteur aurait préféré que l’on jette ses cendres, mais le complexe de loisir, par l’entremise de ses avocats, a fait savoir à l’auteur qu’il ne souhaitait pas que ce dernier cite son nom dans le titre de sa pièce… Donc, la pièce démarre après « la mort » de l’auteur… Ne se faisant guère d’illusion, ce dernier jette sa bile (ses cendres, c’est également ainsi qu’il nomme le recueil de ses textes, à l’état refroidi, ce qu’il reste de soi, lorsque l’inflammation sur scène est terminée) et il sait que c’est vain. Les paroles de ce nouvel opus sont « diluées ». La société du spectacle (ce monde des illusions) est passée sur le grill, l’uniformisation des boutiques aseptisées (qui ressemblent toutes à des enseignes d’opticiens), la préférence que tout être « normal » exprimera envers le parc d’attraction Disneyland comparativement à n’importe quel lieu de campagne, l’urbanisation et la privatisation du moindre lac qui aboutissent à en interdire l’accès, la brephophobie du narrateur (autrement dit sa hantise des bébés), « l’état » policier que l’on trouve de manière éreintante dans toutes sortes de messages d’avertissements écrits ou vocaux (dans le train, dans votre voiture automatique, sur votre téléphone portable, sur la route, etc.), les théâtres devenus des lieux d’hébergement des rebellions de pacotille, le langage formatée des commerçants, dans les boulangeries ou dans les librairies, le stéréotype des manifestations dans la rue, les recettes que le narrateur préconise pour l’école : des cours de violence, des cours de simulations, des cours de frimes, l’urgence de redéfinir le langage ; peut-être comme autre remède, le désir de se jeter à corps perdu dans une nouvelle vie et de choisir un conjoint ou une conjointe au hasard dans la rue ou en prenant l’exemple sur les chiens qui éprouvent des joies pures et qui sont invariablement dans le présent ? Tout cela présage pour le narrateur un éternel retour à la maison dans un état désespérément inchangé…

Vidéo :

https://www.theatre-contemporain.net/video/tmpurl_3fxAvdRH

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s