« J’ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe » (« Compré una pala en Ikea para cavar mi tumba ») Rodrigo García (2002)

Comme souvent chez Rodrigo García, tout est dans la parodie du titre dont le stéréotype sarcastique exerce un attrait sur le spectateur.

Par pure provocation souvent, peut-être aussi comme il l’écrit dans « Fallait rester chez vous, têtes de nœud » parce que : « Moi aussi j’ai eu une vie merdique et je ne m’en plains pas », Rodrigo García est pédophobe. Aussi prend-il un plaisir à maltraiter les enfants (comme les animaux) dans ses pièces, conscient que certains spectateurs-lecteurs tomberont dans le piège qu’il leur tend…

Dans « Boucher espagnol », le père tapait son fils ; le narrateur « Fallait rester chez vous, têtes de nœud » administre des gifles et plus tard refuse que son fils aille à l’école lui donnant l’ordre de chercher du travail ; le Roi Lear abhorre ses filles. Tout aussi intransigeant, le protagoniste de « J’ai acheté une pelle chez Ikea… » déteste les enfants qui ne finissent pas leurs assiettes…

En incluant le nom d’une enseigne célèbre, populaire chez le « spectateur-consommateur moyen », le titre sonne comme un slogan publicitaire. Rodrigo García attrape l’instrument consumériste qui l’oppresse (la marque Ikea) (dans d’autres pièces c’est l’enseigne McDonald), lui affublant la forme stéréotypée et dérisoire d’une pelle pour devenir l’instrument de sa mort. Les pièces de Rodrigo García sont des farces, des actes d’autodérision. Rodrigo García est tragiquement clownesque.

Au fil de 21 fragments qui pourraient être les extraits d’un journal intime, l’auteur reprend un à un, parfois sur le ton de la blague, les sujets dérisoires et emblématiques qu’il affectionne dans le même temps qu’ils l’ulcèrent : l’usage de la photo, les services des agences de voyage, l’uniformisation des paysages urbains due à la prolifération des mêmes enseignes à travers le monde, la violence masculine, les existences résignées, les enfances inégalitaires dans le monde, la zoophobie, la phobie des chiens, l’hyperphagie humaine (la boulimie), le mésusage de l’émotion en matière d’art… Dans trois textes improvisés, Rodrigo García bat en brèche Noël, un moment « obligatoire » majoritairement perçu comme un moment heureux…

Vidéo 1 :

https://www.theatre-contemporain.net/video/Compre-una-pala-en-Ikea-para-cavar-mi-tumba?autostart

Vidéo 2 :

https://www.theatre-contemporain.net/video/J-ai-achete-une-pelle-chez-Ikea-pour-creuser-ma-tombe

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s