« L’histoire de Ronald, le clown de McDonald’s » (« La historia de Ronald, el payaso de McDonald’s ») Rodrigo García (2002)

Depuis sa pièce « Boucher espagnol » en 1988, Rodrigo García a « inventé » un genre. Pourvu d’une somme importante de joyeux cynisme (cette fameuse philosophique grecque), au fil de textes plus exagérés, plus drolatiques, plus ironiques et plus sarcastiques les uns que les autres (à ne pas prendre au pied de la lettre. Quoique… Car la position qu’il affectionne est celle du : « Est-ce du lard ou du cochon ? »), l’auteur a trouvé le moyen de faire autobiographie théâtrale au sein d’une œuvre polémique et pamphlétaire. Dans ce nouvel opus, après avoir demandé aux trois interprètes masculins de raconter un souvenir personnel lié au sujet de la pièce : le restaurant McDonald, un établissement emblématique de l’alimentation ordurière, dont cette dernière est une des plus ingérées à travers le monde (chaque seconde quelque part dans le Monde , 700 personnes poussent la porte d’un restaurant McDonald ;  22 milliards de clients par an dans 118 pays !!!), l’auteur-narrateur-interprète, affublé du ton parodique qui le caractérise, revient sur ses thèmes coutumiers : la phobie du traître, aussi appelé l’entubeur (« Judas ») ; l’idéologie des dessins animés que le narrateur visionnait quand il était enfant (comme des millions d’enfants) et qui véhiculaient une idéologie dont il n’avait pas conscience à l’époque  (la loi du plus fort et la violence arbitraire et gratuite) ; le penchant pédophilique de certains présentateurs-télé qui animaient des émissions pour enfants  (ils les faisaient chanter pour mieux les sodomiser dans les coulisses). Plus cynique que jamais, il fait l’apologie de la loi de la jungle régnant à travers le monde et qu’il présente comme naturelle et évidente : les uns sont nés pour donner des baffes, les autres pour les recevoir… Cette idéologie correspond à celle qu’il apprenait en regardant les dessins animés, comme « Charlie le coq » … Le troisième monologue relate la vie de Ronald, un serveur déguisé en clown, distribuant de la nourriture indigeste aux enfants chez McDonald. Pour les faire mourir plus rapidement, il avait envisagé de mettre de la mort-aux-rats dans les hamburgers. Afin de témoigner de la dimension infecte de cette nourriture, il procède à une décortication d’un hamburger sous nos yeux. Se faisant philosophe, il déclare qu’aux États-Unis et en Europe les enfants de neuf ans mangent des hamburgers tandis qu’au même âge, les enfants de Cuba sucent des bites de touristes italiens ou se font sodomiser en Thaïlande par des voyageurs australiens, inférant finalement que le monde est équitablement divisé… Il achève la pièce par la dénonciation d’une série d’excès : la propension à l’oubli des pires tragédies humaines qui caractérise le consommateur d’informations (journaux et autres), l’inanité de l’art dans un monde où l’idéologie du travail est hégémonique au détriment de la vie de famille, de la vie amoureuse et sexuelle, de l’éducation des enfants, etc. La consommation de substances addictives (la drogue, l’alcool et le tabac) qui n’ont d’autres effets que de provoquer l’oubli des consommateurs et sur lesquelles l’État tire encore quelques bénéfices au passage. Trois listes d’ordures clôturent la pièce : quelques grandes marques de produits néfastes (McDonald et une quarantaine d’autres), des grands auteurs, et enfin la liste (non dressée puisqu’elle « change tout le temps ») des émissions poubelles et de pantins de la télé…

Entretien avec Rodrigo García

Comment s’attaque-t-on au symbole de la consommation qu’est Ronald, le clown de McDonald ?

Rodrigo García : Au départ, il s’agissait d’une réflexion sur la torture. Je voulais revenir sur la situation que j’avais vécue en Argentine, mais je ne voulais pas que le message politique soit aussi trivial, aussi évident. Je voulais utiliser une manière plus détournée. Un problème scénique et dramaturgique s’est posé par la suite : comment représenter la torture, la maltraitance physique et les sévices corporels sans faire un théâtre naturaliste ? Finalement, je suis parvenu à mélanger deux éléments : la torture et le monde de la consommation.

Il est beaucoup question d’éducation dans cette pièce. Est-ce afin de viser un public qui considère le temps du loisir uniquement comme un temps de consommation ?

De nos jours, on n’hérite plus d’une culture familiale, mais de sommes d’argent. J’éprouve le besoin de rappeler au théâtre que l’éducation des enfants est mal engagée, que l’on cède à toutes les facilités. Je constate par exemple une perte évidente de l’éducation de la sensibilité. On préfère
emmener les enfants au McDo qu’à la campagne, et les loisirs sont totalement consacrés à la consommation. Je suis moi-même un consommateur, je ne crache pas sur le capitalisme, je ne pleure pas sur les échecs du communisme, tout cela n’a plus de sens aujourd’hui. Mais je
dénonce le fait que la vie entière, celle des enfants comme celle des adultes, ne soit plus organisée qu’autour des produits de consommation. Comme il n’y a pas de Dieu, il y a quelque chose qui se substitue à la divinité, en l’occurrence la « qualité de vie ». Les gens pensent que leur vie a une valeur, alors qu’elle est remplie de vide et de divertissement. Nous assistons à un épuisement de la recherche d’expériences sensibles. Le phénomène qui se développe, c’est celui de l’intensification du néant…

Vidéo :

https://festival-avignon.com/fr/audiovisuel/l-histoire-de-ronald-le-clown-de-mcdonald-s-54960

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