« Mort et réincarnation en cow-boy » (« Muerte y reencarnación en un cowboy ») Rodrigo García (2009)

On le dit, on le répète : Rodrigo García est un mauvais garçon et ses cow-boys sont les archétypes de cette salutaire méchanceté. Mauvais garçons, ils se complaisent à dévaster avec beaucoup de gourmandise toutes les idées reçues, toutes les religions, toutes les sacro-saintes vérités. Leurs principales têtes de turcs sont les couples. Ils battent en brèche l’amour. Pour le cowboy de Rodrigo García, l’accoutumance dans le couple est un tue-l’amour. Parmi les couples qui se retrouvent après vingt jours de séparation, le seul couple réellement amoureux est celui qui se retrouvera à l’aéroport et qui se précipitera, non dans la voiture, non à leur domicile après un passage par le restaurant, mais directement dans les toilettes de l’aéroport, pour baiser. Ceux qui établissent des sas et des étapes intermédiaires en prélude à un sauvage coït sont des succédanés de couples. D’autres lieux communs ou stéréotypes sont passés à la moulinette des cowboys. Selon eux, l’important, c’est de participer, il faut immédiatement jouir de la vie et le faire évidemment sans entraves, il faut préserver l’authenticité du rire et faire attention à ne pas lui faire perdre de sa valeur, il ne faut pas différer l’apprentissage de l’anglais aux bébés mais leur apprendre cette langue dès la maternité. La confiance n’existant pas, il vaut mieux se fier à des inconnus plutôt qu’à des personnes que l’on connait de longue date. Iconoclastes invétérés, les cowboys de Rodrigo García glorifient les bébés nés dans les pays en voie de développement, fruits de la rencontre « d’une chatte de treize ans » et « d’un jet de sperme passant par là par hasard ». Inutile d’avoir une vie propre et singulière, le bon cowboy est le suiviste, l’imitateur, celui qui ne cherche pas à se démarquer et qui met son pas dans la trace de ses prédécesseurs, de préférence dans celle de « n’importe quel connard ». Le bon cowboy est celui qui traverse correctement les passages cloutés, qui suit les flèches et les panneaux indicateurs installés par la municipalité, qui fume et qui savoure ses cigarettes jusqu’à la mort due au cancer, qui inonde de sa pisse les urinoirs où il se soulage afin qu’aucun autre n’ait envie de se soulager au même endroit que lui, qui honnit les parents et les enfants ayant un « air de famille », qui s’ennuie au musée et qui préfère passer son temps à filer des policiers dans la rue ou dans le métro, c’est plus rigolo. Pour un bon cowboy, se laver les mains est une hérésie, il vaut mieux se balader avec les mains crasseuses. Un bon cowboy a beaucoup à dire sur la propreté en général (comme celle qui consiste à mettre une grande serviette autour de son cou pour passer à table). Un bon cowboy fait l’apologie de la tache et de tout ce qui souille ou salit en général…

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