« Le chant des oiseaux » Albert Serra (2008)

Lorsqu’ils apparaissent l’un après l’autre dans les paysages somptueux, ce qui fait leur force digne du récit biblique qu’ils incarnent, c’est qu’ils ne sont pas une unité (un personnage unique, Albert Serra le fera plus tard dans « La mort de Louis XIV » en 2016) :

C’est qu’ils ne sont pas deux personnages (Albert Serra l’a fait en retraçant la geste de Don Quichotte et de son fidèle Sancho Panza dans « Honor de cavallería » en 2006) :

C’est qu’ils sont… trois : les rois Mages. Tour à tour, ils apparaissent dans des paysages arides et désertiques, au fil de majestueuses images en noir et blanc, habillés avec opulence, leur couronne somptuaire sur la tête, ils dodelinent plus qu’ils ne marchent dans leurs lourds et longs manteaux à fourrure, parmi les vallons, au haut des sommets, dans les rochers. De nuit, ils s’arrêtent face à la montagne, et ils s’interrogent dans un dialogue digne de héros beckettiens aux fins de savoir s’ils vont ou non gravir la paroi… plus tard lors d’une autre station, ils désigneront l’étoile du Berger… La caméra les laisse passer devant elle, les suivant jusqu’à ce qu’ils disparaissent à l’horizon, et que le dernier haut du crâne disparaisse sous la ligne de crête d’une dune de sable, la caméra demeure fixe, un haut du crâne puis deux, puis trois, réapparaissent plus loin, puis disparaissent à nouveau. Ailleurs, dans une vue en contre-plongée, la caméra les suit en silence, dans des images magnifiques, tandis qu’ils nagent autour d’un canot dans l’eau… Quand ailleurs Joseph, Marie, leur agneau et leur petit Jésus sont sédentaires et attendent dans leur maison pierreuse de bergers… eux crapahutent, déambulent dans de vastes paysages, traînent leurs corps pesants sur les parois rocheuses des montagnes, dans d’infinis paysages désertiques, progressant avec patience et bravoure jusqu’à parvenir enfin à s’allonger ou à s’accroupir lors d’une longue prostration, devant le Sauveur.

Devant le spectacle de leur sainte pérégrination, nous passons de méditation en méditation. A eux trois, ils représentent, jusqu’aux fins dernières de l’eschatologie, de la mystique ou de l’absurde, toutes les faces de l’humanité…

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