« Théâtre choisi VII. Tragédies sanglantes : L’Empereur, Fantasmagories, Mise à mort » Hanokh Levin (2018)

Dans ce théâtre-là, quelque chose se réinvente (dans la pure tradition judaïque ?). Émasculations et autres supplices abondent sur la scène.

« L’Empereur » (1996)

De jeunes garçons naissent de l’union secrète de l’Empereur avec de jeunes filles. Les nouveaux nés sont abandonnés. Ils réapparaissent quelques années plus tard. Des mères, les jeunes filles d’autrefois, devenues reines, demandent à l’Empereur de reconnaître leurs fils. Sans hésiter, des eunuques marquent au fer rouge le front des jeunes garçons. L’Empereur se défausse en attribuant la paternité de ses enfants aux rois stériles. Les fils adoptent les pères désignés mais demeurent orphelins de mères. Redoutant de se faire déshériter, les reines autorisent des tripoteurs à castrer les fils de rois. Reconnus par les servantes, en raison de leurs paniers de nourrissons, les jeunes garçons martyrisés se révèlent fils des reines (les jeunes filles d’autrefois) qui viennent cruellement de faire meurtrir leurs enfants. Rongées par le remords, les mères se précipitent sur les plaies de leurs enfants pour les panser. Mais il est trop tard, ceux-ci les repoussent violemment en les maudissant. Les mères révèlent alors la vérité à leurs fils. Ils ne sont pas fils des rois, mais de l’Empereur. Durant tous ces épisodes, les princesses ayant beaucoup dormi ne saisissent rien, au moment de leur réveil, au destin des jeunes garçons. Elles baisent les jeunes castrés sur la bouche en promettant de les sauver…

« Fantasmagories » (2005)

Un père et une mère – appelés Faux-Semblants – vivent sous la menace de l’obligation de livrer leur fils à l’Impératrice de Chine qui le fera castrer afin qu’il rejoigne les cent mille eunuques dont elle a besoin. Comme le garçon n’est pas leur fils véritable (en effet, ils l’ont recueilli lorsqu’il était bébé), les parents n’éprouvent aucun remord. Choisissant de se sauver, le jeune garçon part à la recherche de ses vrais parents. Lorsqu’il les retrouve, il découvre deux vieux paysans en haillons, géniteurs de trois enfants affamés, dont un quatrième vient juste de mourir de faim. Le jeune garçon sollicite l’aide de ses vrais parents en leur annonçant qu’au cas où il serait remis au palais impérial (un sort enviable aux yeux des pauvres), il serait castré. A sa naissance, un devin prédit que le jeune garçon rencontrerait une princesse. Un coup de théâtre intervient : la vraie mère annonce au père faux-semblant qu’il est le véritable père du jeune garçon. L’enfant est né du viol qu’il a commis sur elle le jour où il était de passage dans la vallée. L’enfant est remis au Palais Impérial par ses parents faux-semblants. Dès son entrée, il est émasculé. Au lieu de le consoler, les eunuques le fouettent sauvagement. En signe de soumission, l’enfant doit baiser le fouet. Attaché auprès de l’Eunuque des déjections, le rôle du nouvel arrivant consistera à essuyer les fesses de l’Impératrice lorsqu’elle fera ses besoins. L’enfant continue de caresser l’idée de rencontrer un jour la princesse promise par le devin. Âgée de quatre-vingts ans, l’Impératrice soulève sa robe, écarte les jambes et s’agenouille au-dessus du jeune homme. Après qu’elle a soulagé ses intestins sur son visage, l’Impératrice ordonne à l’enfant de lui livrer le nom de la personne qui lui a dévoilé l’existence d’une princesse au palais. L’acte de dénoncer faisant partie des apprentissages que l’on doit faire en entrant au service de l’Impératrice, l’enfant désigne le doyen des eunuques. L’Impératrice ordonne la pendaison de ce dernier pendant que l’enfant est conduit dans la chambre de la princesse. Le jeune garçon savoure sa chance : tous les enfants du royaume rêvent de rencontrer la princesse. Mais quand il l’embrasse, il déchante : il découvre la facticité de cette dernière. Il s’agit d’un eunuque dissimulé sous sa perruque et ses habits. Au palais, tout est faux. L’impératrice est également un vieil eunuque. L’enfant a admis tous ces sacrifices (il s’est fait émasculer) pour du toc. Soudain le glas résonne. La mort de la véritable impératrice est annoncée. Il s’agit d’une très-très vieille dame. Elle repose sur son lit d’agonie. Avant de mourir, elle maudit tous ceux qui lui survivront. Le Dauphin est proclamé Empereur. Mais l’empire est l’objet de terribles troubles. Les héritiers de la famille impériale s’entretuent. La garde impériale fait irruption dans la chambre de la princesse et procède à son arrestation. La République est proclamée. Devenus soudainement inutiles, les eunuques libérés ne savent plus où aller. C’est l’hécatombe. La fausse princesse, la fausse Impératrice, le doyen des Eunuques, sont successivement pendus. La vraie princesse est amenée par les forces de l’ordre. Un soldat lui tranche la gorge. La réalisation de la promesse, selon laquelle un jour l’enfant embrasserait une vraie princesse sur la bouche, est proche. Les soldats s’emparent de l’enfant, lui tranchent la carotide et le pendent tête en bas, joue contre joue, avec la princesse. Pour exaucer son dernier vœu, après avoir fait ses besoins sur lui, un soldat appose les lèvres de l’enfant contre celles de la princesse : l’oracle s’accomplit. Les vrais parents font irruption dans le palais. Parmi les corps pendus, ils découvrent leur enfant dont la bouche est accolée à celle de la princesse…

« Mise à mort » (1979)

Un chœur de bourreaux extermine des victimes tirées au sort. Le choix échoit sur Tâche-Jaune. L’homme supplie qu’on l’épargne. Le chœur se dit prêt à accéder à sa demande à la condition qu’il réussisse à les convaincre. On lui concède trois coups d’essais. S’il échoue, il sera exécuté. Dans sa première plaidoirie, Tache-Jaune réclame la vie sauve au nom de l’amour. Dans la seconde, il propose de devenir esclave. Le chœur lui promet la survie à la condition qu’il accepte de se faire castrer. Tache-Jaune se soumet à cette terrible condition… Dans la troisième tentative, l’homme plaide la pitié. Le chœur admet cette proposition à la condition qu’il accepte de se faire amputer des quatre membres. « Pour gagner la pitié du chœur, il faut le vouloir vraiment ». Quand il est devenu homme-tronc, on le dépose dans une caisse. On invite ses parents à approcher afin qu’ils constatent sa déchéance. Le chœur annonce qu’il n’avait aucune chance d’en réchapper. Alors, Tache-Jaune réclame la mort. Puisque les hommes rêveraient de ces sortes d’exécutions, selon une certaine rumeur, on tranche la gorge à Tache-Jaune et on le badigeonne d’excréments.

Hanokh Levin :

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