« Zypher Z » par le Munstrum Théâtre (2021-2023)

Ce sont des êtres humains « augmentés » (un être humain qui se dédouble), autour de lui, puisqu’il s’agit peut-être du dernier des hommes, ce sont des éléphantes, des chiens, des singes, des oiseaux, des bovins, des vers de terre, ils sont souvent habillés de pantalons et de guêtres en cuir glacials et moulants qui les déshumanisent, ce sont des robots, des monsieurs-toilettes, des monsieurs-clavier, des monsieurs-machine-à-café, des monsieurs-téléphone, ils pourraient jouer « dans un film » de science-fiction de Terry Gilliam, leurs mouvements sont saccadés, robotisés, hyper-chorégraphiés, parmi eux on reconnaît plus ou moins fugacement R2d2 (l’un des robots de « La guerre des étoiles »), Canardo (le chien policier de Sokal), leur univers doit beaucoup à la bande dessinée. Leurs personnages révisent leur texte dans les w-c, ils s’agressent dans les toilettes de la multi-entreprise de sondages, grâce aux « explosions sonores », leurs apparitions sont instantanées et spectaculaires, ils se réunissent en conseil d’administration d’entreprise, leurs positionnements sont régulièrement frontaux, ils se suicident en pleine séance du comité d’entreprise sous les yeux éberlués de la directrice générale, le sang gicle sur tous les participants, ils ont des tumeurs inquiétantes qui poussent sur leurs épaules, ils manquent de se faire opérer par une infirmière équipée de toutes sortes d’outils inquiétants (scies, marteaux et thermomètres monumentaux), ils ont des crises de spasmes dans la salle de bain, tout d’un coup un être humain se dédouble, le sosie recouvert d’un liquide plasmatique « sort » brusquement tout nu de l’épaule droite de son géniteur, il se contorsionne sur le sol de la salle de bain : à présent ils sont deux. Lorsque leurs collègues « bestiaux » montent dans les étages supérieurs du gratte-ciel, ils empruntent l’espace étroit de l’ascenseur, les créatures masculines (volatiles) déshabillent du regard les créatures féminines (félines) qui se rebellent et administrent des taloches aux impudents, les buffles prennent leur repas de midi dans cet espace réduit, la digestion se déroule très mal (pets, rots, contorsions physiques, etc.). Ils parlent du monde du travail (dans cet institut de sondages), des cadences de bureaux, des rapports hiérarchiques ; ils font des réceptions (et s’habillent pour la circonstance : robe ample, queues-de-pie) sur le toit du gratte-ciel et boivent des coupes de champagne ; ils préparent une campagne présidentielle, la directrice générale de l’institut de sondage se décide, grâce à la présence du modeste employé désormais dédoublé Zypher (alpha et son double z) qui la motive à se présenter, avec le nouveau protocole de sondage qu’il propose ; au sous-sol, dans la salle des machines, dans l’underground du gratte-ciel, où le personnage principal (le pauvre Zypher Alpha) est descendu en empruntant le chemin de la cuvette des wc, ils diffusent de la musique techno. Dans cette boîte de nuit, tenue par un robot qui sert au bar des boissons à volonté, les monstres jouent des remakes parodiques du patrimoine artistique mondial : une scène de Roméo et Juliette, Brigitte Bardot dans « Le Mépris » de Jean-Luc Godard, l’apparition de Marguerite Duras cigarette à la main, mais ici comme dans les étages supérieurs, tout dysfonctionne, les bandes sonores s’enrayent et les lumières disjonctent. Pour s’entre-tuer (parce que l’univers qu’ils décrivent n’est pas « humain », leur monde a pris naissance dans les toilettes publiques de l’immeuble), ils s’arrachent leurs organes protubérants (la trompe de l’éléphante : le sang gicle à nouveau) ; ils font une campagne électorale et célèbrent leur victoire (c’est l’arriviste Zypher Z ayant éliminé la directrice générale éléphante pour prendre sa place qui est élu) lors d’un immense show mondial (rideau de fond de scène rose violacé scintillant, poursuite de cabaret, musique techno, micro, pom-pom girls pathétiques). Ils finissent dans un cube dépersonnalisé (peut-être inspiré du film de Vincenzo Natali), vide de tout ce qui avait précédé, et labyrinthique, habité seulement de Zypher(s) dupliqués à l’infini ; ils achèvent leur course sous une pluie de peinture, en formant un amas corporel laiteux, une sorte de retour à la matrice plasmatique. Pour jouer tout ça, ils sont seulement six, les deux concepteurs du spectacle jouent dans leur propre délire, ça va à toute vitesse (ils réalisent une véritable prouesse physique, technique, sonore, visuelle « à tous les étages »), rien ne s’installe jamais, tout est en permanence démenti, ils sont à la fois danseurs, circassiens, acrobates, magiciens, comédiens, chanteurs, ils sont à proprement parler décoiffants, leur univers est très fort, celui-ci relève de l’hyper-théâtralité, leur proposition est ar-chi-spec-ta-cu-laire.

En photo : Louis Arene, Kevin Keiss

mise en scène Louis Arene
conception Louis Arene, Kevin Keiss et Lionel Lingelser
texte Kevin Keiss & Louis Arene

avec Louis Arene, Sophie Botte, Delphine Cottu,
Alexandre Éthève, Lionel Lingelser, Erwan Tarlet

& avec la voix de Judith Chemla

lumières Jérémie Papin & Victor Arancio

créations plastiques, marionnettes Carole Allemand, Louise Digard, Sébastien Puech

masques Louis Arene, Louise Digard, Carole Allemand

création sonore Jean Thévenin en collaboration avec Ludovic Enderlen
costumes Colombe Lauriot Prévost assistée de Eloïse Pons

scénographie Mathieu Lorry-Dupuy & Louis Arene
chorégraphe Yotam Peled
effets de matière Erwan Tarlet

assistanat à la mise en scène Maëliss Le Bricon

stagiaire marionnettes Ninon Larroque

remerciements à Mo Dumond

régie générale & plateau Valentin Paul
accessoiriste / régie son Ludovic Enderlen
régie lumière Victor Arancio

habilleuse Audrey Walbott

administration, production Clémence Huckel (Les Indépendances)

diffusion Florence Bourgeon

presse Murielle Richard

– production –

Munstrum Théâtre

– coproduction –

La Filature, Scène Nationale de Mulhouse, Le Quai, Centre dramatique national d’Angers, Pays de la Loire, Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national, Les Célestins, Théâtre de Lyon, Châteauvallon-Liberté, Scène nationale, Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin, Théâtre de Châtillon, CPPC Théâtre de L’Aire Libre, Rennes

– résidences –

Centre dramatique national de Normandie-Rouen, La Ferme du Buisson, Scène nationale de Marne-la-Vallée

Le Monfort, Paris, Le pad / invitation par la cie Nathalie Béasse

​avec la participation artistique du Jeune Théâtre National, avec le soutien de Sidas Podiatech, avec le soutien de la Collectivité Européenne d’Alsace

​Le Munstrum Théâtre est associé à la Filature, Scène nationale de Mulhouse ainsi qu’aux projets du Quai, Centre dramatique national d’Angers Pays de la Loire et du Théâtre Public de Montreuil, Centre dramatique national. La compagnie est conventionnée par la DRAC Grand Est – Ministère de la Culture & la Région Grand Est. Elle est soutenue par la la Ville de Mulhouse.

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