Dominique Gonzalez-Foerster

Dominique Gonzalez-Foerster est née en 1965 à Strasbourg, elle vit et travaille aujourd’hui à Paris. A l’appellation d’œuvre ou d’installation, elle préfère substituer les termes environnement ou intervention. Elle conçoit dès le début des années 1990 la série des Chambres en ville, aménagements construits sur le principe d’un décor de théâtre sans acteur. Elle s’inspire de l’univers fictionnel d’autres artistes ou écrivains pour créer des images dans lesquelles le spectateur puisse pénétrer.

« Chambres en ville » (1990-1994)

Dominique Gonzalez-Foerster crée des chambres comme des états d’âme. Avec du mobilier, du son et de la lumière.

« La chambre, c’est pour moi une dimension naturelle de l’art, le premier lieu où l’on accroche des choses personnelles ou collectives, c’est un espace mental où l’on compose une ambiance » : depuis 1988, la chambre s’est imposée comme une forme récurrente chez Dominique Gonzalez-Foerster : chambre biographique quand elle retrace l’univers d’une personne particulière, autobiographique comme la chambre des parents, littéraire quand il s’agit d’une version moderne de la chambre de Des Esseintes, le héros de « A Rebours » de Huysmans… L’ensemble des chambres constitue une sorte de musée-hôtel qui aurait des chambres dans différents lieux du monde. « J’utilise de moins en moins de mobilier. Avec de la lumière et une musique souvent composée par Xavier Boussiron, j’essaie de créer une ambiance. »

Dominique Gonzalez-Foerster a créé une pièce intitulée « Une Chambre en ville » : une télé allumée mais muette, un téléphone que des gens peuvent appeler de l’extérieur, un radio-réveil, quelques journaux du jour empilés dans un coin. Où règnent à la fois l’absence du propriétaire et la multiplication des modes de communication. Le tout doté de lumières changeantes, de couleurs alternées, sorte de scénario lumineux qui fait de la chambre une petite salle de cinéma : « Mes chambres sont comme des images mais dans lesquelles on peut rentrer. On est physiquement entouré par l’image, un peu comme au cinéma. D’ailleurs, il y a chez moi l’obsession d’un récit, d’une narration même spatiale. J’aimerais pouvoir générer des sensations aussi fortes qu’un livre ou un film. »

 

« Cosmodrome » (2001)

Apparaît alors un thème récurrent chez l’artiste, celui du voyage immobile. Elle part du postulat que la surface de la Terre ayant été cartographiée dans son intégralité, plus aucune découverte n’est possible, le voyageur se retranche dans un voyage à la fois immobile et fictionnel.

En 2001, Dominique Gonzalez-Foerster débute une nouvelle facette de son travail avec l’installation « Cosmodrome », créée de concert avec Jay-Jay Johansson, musicien suédois. Ce sera en effet la première de ses collaborations avec des musiciens, comme Christophe en 2002 ou Alain Bashung en 2003, pour lesquels elle créé non seulement les scénographies et les habillages vidéo de leurs concerts mais aussi les DVD retraçant leurs tournées respectives. La musique fait partie intégrante de son travail d’artiste et elle sollicite régulièrement des musiciens pour accompagner son univers plastique.

« C’est comme un rêve. Une immersion autre part. On ne sait pas où l’on va. D’abord, on entre dans le noir absolu, seul avec soi-même, on ne voit même pas les autres que parfois on frôle ou on bouscule comme dans une fourmilière. Le sol sablé, noir, mat, épais, où l’on s’enfonce, ajoute à la déstabilisation. La musique est douce, désincarnée. Au fond, un écran s’éclaire de points lumineux blancs, puis rouges qui dessinent peut-être la silhouette d’une ville du futur, la nuit; des points verts, mouvants, des lignes et des masses vaguement géométriques qui ne renvoient à rien de notre quotidien, à rien de connu en tout cas. Brusquement, sur le mur de gauche, un néon rouge va et vient, hésite à se livrer dans sa matérialité, et une voix tout aussi désincarnée surgit de nulle part. A droite, en un éclair, une nappe de lumière comme une ouverture, une porte vers autre chose peut-être, un autre possible. La voie lactée se matérialise, les sons pulsent, nous remettant dans un contexte familier, comme un sens qui se donne, qu’il appartient à chacun de saisir, de construire. Et enfin, sur le petit troupeau craintif des visiteurs, quelques flaques de lumières qui, en nous matérialisant, nous font acteurs de cette étrange expérience. Soudainement, tout s’arrête, l’obscurité nous ramène à nous-mêmes, nous redonne notre identité. » Par Florence Charpigny

Foerster Cosmodrome 0

 

« Exotourisme » (2002)

Foerster Exotourisme

Ainsi, reçoit-elle la seconde édition du Prix Duchamp en 2002, pour son environnement Exotourisme, mêlant de la musique électronique douce créée par Christophe Van Huffel à des images de synthèse aux couleurs acidulées et aux formes difficilement identifiables. Exotourisme fait référence à des contrées lointaines à l’existence incertaine et des vaisseaux spatiaux aux formes kitsch.

https://www.youtube.com/watch?v=JII-HkpeK-U

 

« Atomic Park »  (2004)

Atomic Park est un lieu situé dans le désert de White Sands (Nouveau-Mexique), non loin du site de Trinity, où la première bombe atomique a explosé en 1945. Ce parc national offre un paysage ambivalent, propice aux pique-niques et aux tests balistiques. Un désert blanc, comme une salle d’exposition naturelle, chaque mouvement peut provoquer diverses interprétations. Comme un léger écho, nous entendons le monologue désespéré de Marilyn Monroe sur la violence des hommes dans « The Misfits »  (1961).

Foerster AtomicPark

 

« Expodrome » (2007)

Expodrome consiste en un aménagement de l’espace, conçu et pensé comme une zone poly-sensorielle que le visiteur est invité à traverser librement. Cette exposition permet à l’artiste d’explorer ses principes de création : elle valorise la transversalité des domaines artistiques (le cinéma, la musique, la mode et la littérature) et le privilège accordé à l’aspect sensoriel. L’exposition apparaît fondamentalement comme un environnement, un « climat », dont il nous faut faire l’expérience. Émerge ainsi une certaine forme d’écologie esthétique, une écologie qui « n’est pas l’extérieur, sans lien avec nous, mais là où l’on respire, où l’on cohabite, là où se construisent les conditions de nos existences. » Expodrome serait une île, une expérience « aux bords de l’exposition ». Tandis que le visiteur se déplace au cœur de ces lieux fantasmagoriques, ce dernier fait l’expérience d’une variété de sensations, d’atmosphères, de récits amorcés. Le Tapis de lecture l’invite à se laisser absorber, et à trouver dans les différents livres disposés au sol de quoi remplir d’imaginaire les « coquilles » dessinées par l’exposition. Toujours, Dominique Gonzalez-Foerster « fait transiter l’œuvre d’un champ à l’autre, de l’art au cinéma ou à l’architecture ». Considérant que ces champs ne sont ni cloisonnés ni séparés, elle y trouve autant de « zones de transfert, d’existences intermédiaires (…). Selon cette même logique transversale, l’exposition Cosmodrome témoigne de la multiplicité des collaborations dont l’artiste se nourrit inlassablement.

 

 

« T.H. 2058 » (2008)

En 2008, son exposition personnelle T.H.2058 lui permet de mettre en action son univers citationnel. Elle occupe l’entrée de taille monumentale de la Tate Modern de Londres, en installant un rideau de lamelles colorées, le squelette d’un animal préhistorique, des sculptures géantes en référence à des œuvres connues de Calder, Bruce Nauman, Louise Bourgeois et 200 lits superposés tantôt jaune, tantôt bleu sur lesquels sont posés des ouvrages de science-fiction, le tout accompagné d’une bande-son de bruits de gouttes d’eau et d’une sélection de films. Cette mise en scène d’éléments hétéroclites s’inspire d’un fait divers imaginé par l’artiste française, l’invasion de Londres dans 50 ans par des forces inconnues et pendant laquelle son environnement tient lieu de refuge pour les Londoniens. Gonzalez-Foester montre une fois de plus son intérêt pour la mise en scène d’un lieu, plutôt que son attachement à la production d’objets.

 

https://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/exhibition/unilever-series/unilever-series-dominique-gonzalez-foerster-th2058

 

« Chronotopes & Dioramas » (2010)

 

« Desert Park » (2010)

Dominique Gonzalez-Foerster développe un nouvel environnement extérieur constitué d’une petite collection d’autobus en béton préfabriqués de taille réelle qui s’arrêtent sur un vaste champ de sable blanc et désertique à côté de la forêt tropicale.

 

« Belle comme le jour »  (2012)

Dans une réinterprétation regorgeant de références cinématographiques (Belle de Jour de Luis Buñuel et de Belle toujours de Manoel de Oliveira), une jeune femme très semblable à Catherine Deneuve habite à l’Hôtel Regina et visite le Louvre et finit par avoir une conversation troublante avec un inconnu. Séverine est profondément touchée par l’histoire d’un moine et d’un chien, qui la jette sur le chemin de la séduction, du plaisir et de l’obsession – et du châtiment qui en découle. L’œuvre est une étude des désirs inconscients, du masochisme et de la soumission, mais peut également être vue comme un moyen pour un cinéphile passionné d’imiter des films dans sa propre vie.

Foerster Belle 1

 

« M.2062 » (2012-2014)

Avec M.2062 (la partie de l’opéra), Dominique Gonzalez-Foerster fait le théâtre d’une «partie d’échecs féerique aux règles altérées ». Dominique Gonzalez-Foerster a réalisé seize apparitions, entre 2012 et 2014, dans des lieux et des contextes différents où elle incarnait tour à tour des personnages comme Edgar Allan Poe, Ludwig II, Lola Montez, Fitzcarraldo, Scarlett O’Hara, Emily Brontë, Marilyn Monroe. Ensemble, ces apparitions, ces personnages prennent la forme d’un opéra fragmenté, intitulé M.2062, qui tente l’expérience de rentrer à l’intérieur de l’œuvre et d’être l’œuvre. A l’occasion de l’exposition que le Centre Pompidou consacre à son œuvre et de l’invitation lancée à l’artiste, Dominique Gonzalez-Foerster présente la pièce QM.15

 

« Splendid Hôtel » (2015)

À Madrid, le visiteur entre dans le Splendide Hotel, au cœur du parc du Buen Retiro, un établissement pourvu d’une chambre unique impénétrable recouverte d’un tapis évoquant l’époque de construction du Palacio de Cristal. Des fauteuils à bascule entourent cette mystérieuse chambre, invitant les visiteurs à s’asseoir pour se plonger dans les livres qui y sont déposés, pour un voyage dans le temps explorant le contexte de construction du palais.

 

« Helen & Gordon » (2015)

Helen & Gordon

 

« 1887 – 2058 » (2015)

À travers un labyrinthe de chambres, d’environnements et de passages, l’exposition intitulée « Dominique Gonzalez-Foerster. 1887-2058 » que lui consacre le Centre Pompidou met en correspondance une trentaine d’œuvres. À caractère rétrospectif et prospectif, l’exposition propose dans l’espace une chronologie ouverte qui s’étend de 1887 à 2058. Elle conjugue plusieurs siècles et plusieurs climats en trouvant son origine à la fin du 19ème siècle, traverse les expériences du 20ème siècle et projette le spectateur dans des paysages et des intérieurs tropicaux ou désertiques. Ces réalités parallèles, ces espaces scéniques – où coexistent les genres du paysage, du portrait et des chambres d’époque – deviennent une demeure de fiction aux multiples entrées. Parfois scènes, terrains de jeu ou récits introspectifs, les chambres, les films et les « apparitions » de Dominique Gonzalez-Foerster font exister, à la manière d’un opéra ou d’une comédie musicale, toutes sortes d’apparitions cinématographiques, littéraires et scientifiques…

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cLboMKK/rAozMX6

 

« Pynchon Park » (2016)

 

« Costumes & Wishes for the 21st Century » (2016-2017)

 

 

« Opera House » (2016)

A Rotterdam, Dominique Gonzalez-Foerster a été invitée par l’artiste/commissaire Belge Erich Weiss pour réaliser une intervention dans la Maison Sonneveld, une maison de 1933 classifié par le UNESCO comme une ‘Iconic House’. Comme titre elle a choisi Opera House – car son intervention se résume comme une scénographie subjective,  une espèce de ‘Opéra domestique’. La pièce s’inspire directement des anecdotes qui entourent l’arrivée de la famille Sonneveld (propriétaires de la maison) à leur nouvelle résidence familiale. Dominique Gonzalez-Foerster a installé stratégiquement plusieurs objets dans les chambres et  a créé une bande de son spécifique, utilisant les haut-parleurs intégrés dans les murs, pour convertir cet endroit muséal en un espace qui se convertit en un lieu théâtral permettant aux visiteurs une exploration active de l’espace. Pour cela elle se base sur des morceaux de opéra du XX° siècle.

 

 

« Infinite Garden, De Giverny à l’Amazonie »  (2017)

L’exposition Infinite Garden, De Giverny à l’Amazonie décrit la nature dans la perspective d’un printemps métaphorique. La germination, la floraison et la dégénérescence suggèrent les cycles de la Terre, où la halte hivernale est la promesse de futures révolutions.  Terre fertile de formes, le jardin inspire aux artistes des morphologies et des métamorphoses fantastiques révélant l’intelligence d’un monde non humain. Les explorations de la Terre mènent aux extrémités de la nature connue vers des territoires préservés qui deviennent de nouvelles réserves de formes et de motifs. Martian Dreams Ensemble nous transporte sur Mars et retour à travers rêves, projections et désirs. Au travers de la musique et d’approches spatiales et graphiques, l’Ensemble joue avec les possibilités du format de l’exposition. L’exploration du monde de la science-fiction accompagne le travail de Dominique Gonzalez-Foerster depuis près de 20 ans. Cela a commencé en 2001 avec Cosmodrome.

Contrastant avec la jungle colorée environnante, une boîte obscure abrite le Mangrorama, un diorama spécialement créé par Dominique Gonzalez-Foerster avec Joianne Bittle (2017) : dans une « fascinante luminescence, une triple baie vitrée s’ouvre sur un paysage de mangrove et de marais où les livres ont pris la place des espèces animales et semblent faire partie d’un étrange rituel. Dans ce jardin-bibliothèque, une littérature fertile célèbre les transformations, la forêt, la biodiversité, formant une bibliographie qui tropicalise la pensée et végétalise l’esprit » (cartel). Mais on peut aussi y voir dans des ruines qui rappellent l’éphémère de toute civilisation humaine.

 

 

« Intensité Assouvissante »  (2018)

 

Dominique Gonzalez-Foerster signe le clip de Julien Perez : Cerveau (2018)

 

 

 

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