« Les échos de la forêt » Mathilde Souchaud (2022)

Avec « Les échos de la forêt », Mathilde Souchaud a écrit une pièce grave, une pièce même très grave, mais dans le même temps, elle a écrit une pièce « très drôle », une tragi-comédie familiale.

« L’histoire se répète deux fois, disait Karl Marx (on le sait, on le répète). Une première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce ». C’est ce que Mathilde Souchaud fait dans sa pièce qui avoisine les grands mythes familiaux antiques. Dans la famille « de » Mathide Souchaud, un lourd secret est gardé. Cette famille se réunit dans une maison (de famille) isolée, dans une profonde forêt. Toutes les familles sont-elles pathogènes ? Allez savoir… Cette famille entière (une fratrie, un père, un oncle, une cousine, le mari de la cousine, leur enfant, leur petite chienne qui s’appelle Nénette…) qui se réunit au fond d’une forêt dans une maison isolée : c’est « tout bon » ou « tout mauvais » … Un membre « rapporté » de la famille (le petit ami du fils benjamin) pose même la question : « Pourquoi vous êtes-vous réunis ? » En effet, il ne suffit pas d’être une famille pour justifier une réunion. Certaines réunions de famille peuvent virer au cauchemar. C’est ce qui adviendra à cette famille-là. Leur réunion virera effectivement de la sorte…

Au démarrage du regroupement familial, le membre (féminin) de la famille qui pose problème (la fille cadette), qui constitue la marque « du mal », se tient silencieux et prostré, comme s’il était transparent, comme absent, durant de longues scènes.

Comme préalable, cette famille est en deuil, un deuil qui dure depuis vingt ans. A proportion du deuil, la maison est « hantée ». La défunte est toujours « là » (il s’agit de la mère) (la place de la mère, des mères dans cette pièce est prépondérante) .

Être une famille, faire famille sont choses difficiles. De même être parent ou enfant. Au fil de la pièce, les témoignages de ces difficultés se multiplieront.

Dans les familles, il se trouve « toujours » un membre, un personnage pour faire l’apologie de la famille, pour vanter la génération, la postérité, la parentalité. Ce membre n’est pas nécessairement, loin s’en faut, exemplaire, il n’est pas toujours sans défauts. Tandis qu’il chante les louanges de la vie familiale, de la parentalité, du sens du sacrifice, de la vertu maternelle ou de l’épouse, l’enfant de ce membre panégyrique peut, durant de longues minutes, se goinfrer de gâteaux d’apéritif sous les yeux estomaqués du reste de l’assemblée…

Les familles peuvent devenir un lieu de chaos et de désordre. Des belettes peuvent avoir été cachées sous le tapis. Tous les symboles obscurs, notamment animaliers, peuplant les profondeurs de la forêt, peuvent venir se ficher dans la baie du salon ou dans les vitres de la maison familiale. Au prélude, c’est le cas d’un chevreuil, venu littéralement s’encastrer dans la baie vitrée du salon (on entend peut-être encore le bruit – et la violence – du choc…) . Plus tard, ce sera le cas d’un oiseau qui suivra l’exemple du gibier. Avec leur véhicule, sur la route qui conduit à la maison à travers le bois, les « estivants » ont télescopé d’autres animaux  : une famille de lapins, un renard…

La famille, on l’a dit, peut recéler un lourd secret, un « secret d’Œdipe ». Celui-ci pourrait se transmettre, s’il l’on n’y prenait pas garde, de génération en génération. De Polichinelle, il pourrait devenir trop lourd pour certains membres de la famille. (« Évidemment »), il pourrait être méconnu du membre le plus concerné de la famille… Dès lors, il pourrait peser des tonnes…

Dans le même temps, l’homme dupé (le père de famille) pourrait contenir en lui mille charades à raconter, mille devinettes à soumettre, mille énigmes toutes plus alambiquées et plus difficiles à résoudre les unes que les autres, il pourrait les soumettre à sa famille, les connaître toutes, exceptée l’énigme principale dont il ignorerait tout…

Ainsi, cet homme ne serait pas la Sphinx (celle qui pose les énigmes), mais plutôt le passant, l’interrogé, l’abusé…

Prodigue de signes avant-coureurs, la petite chienne de la famille pourrait être le « membre » le plus malade de la colonie pathologique. Elle pourrait trembler de tous ses membres, gémir continument, vomir par instants et suite à sa mort, être enterrée, par un membre de la famille, au fond du jardin…

Dans cette famille, les couples pourraient être fragiles. Le désir de postérité pourrait être entravé. Le désir pas forcément, mais l’amour pourrait peiner à s’épanouir. Un membre (masculin) pourrait rechigner à s’engager et reculer devant l’idée de la paternité. A la limite du délai légal, il pourrait demander à son épouse d’avorter…

Certains membres de cette famille pourraient vouloir maintenir farouchement caché le secret familial. A la faveur d’élans de rage, d’irrépressibles pulsions, ils pourraient – pourquoi non ? – se vouer au massacre des autres membres de la famille, de celles et ceux – un oncle, un époux, un frère – qui ne toléreraient plus cette chape de plomb et qui seraient enclins à divulguer la vérité. Leur petit descendant pourrait suivre l’exemple. A pleines dents, il pourrait se jeter sur le gibier mort et mordre la chair faisandée, comme auspice – pourquoi pas ? – d’un coup de fourchette qu’il pourrait asséner dans l’œil de sa propre mère. Les autres membres de la famille pourraient se précipiter au secours de la suppliciée et s’efforcer d’arracher les dents du couvert fichées dans l’œil de leur cousine…

Ainsi, la farce pourrait virer au cauchemar et devenir tragique…

Dans l’épilogue, tout le monde pourrait se réveiller et reprendre la vie d’avant comme si « rien » ne s’était passé…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s